Le secteur des nouvelles technologies, l'avenir? "On a besoin de nouvelles compétences"

"Shift to digital", mutation vers le digital, c’est le nom du plan de restructuration de Proximus, confirmé hier dans une communication officielle de l’entreprise publique. Cela signifie l’engagement de 1250 personnes, mais aussi la perte de 1900 emplois.

Tout est une question d'acquérir de nouvelles compétences, pour Arnaud Spirlet, le directeur général de Cisco (une société spécialisée dans l’accompagnement des entreprises dans leur transformation numérique) pour la Belgique et le Luxembourg, invité de Jour Première vendredi. 

Engager quel genre de profil?

Mais faut-il former les travailleurs qui sont déjà là depuis 20 ou 30 ans? Pour ceux qui ne peuvent pas être formés, faut-il s'en séparer pour engager des personnes plus à l'aise avec la technologie?

"Les deux. La première question, c’est: qui aujourd’hui, dans son travail, a un principe de formation continue ? Qui a suivi des formations, alors qu’il est déjà dans sa société depuis 25 ans, 15 ans, 10 ans ou 5 ans ? Qui est prêt à investir cinq ou six heures par semaine, toutes les semaines, pour se reformer à quelque chose de nouveau ? Qui a envie de le faire et qui a le temps de le faire ? Est-ce que la société a laissé le temps pour pouvoir le faire ? Par exemple, est-ce que tous les vendredis après-midi, les employés qui le veulent peuvent suivre une formation pour aller vers ceci ? Des accompagnements sont donc possibles."

Et dans les calculs, explique-t-il, "je dirais que laisser partir un employé coûte énormément d’argent, alors que former un employé coûte probablement seulement le tiers".

Viser les métiers dans les nouvelles technologies

L'autre aspect de la transformation digitale, c'est que les entreprises considèrent que les métiers d’avenir se trouvent dans ces secteurs des nouvelles technologies.

"C’est-à-dire qu’on a l’intelligence artificielle qui arrive et on sait qu’il y a des métiers qui vont disparaître. On sait qu’il y a des boulots répétitifs qui vont être remplacés par un ordinateur qui va pouvoir exécuter des tâches simples assez rapidement. Donc oui, on a besoin de se reformer et on a besoin de nouvelles compétences ; c’est sûr et certain."

Et pour cela, il faut pousser les jeunes à se diriger vers ces filières-là. "C’est ce qu’on appelle le STEM au niveau mondial, c’est-à-dire toutes les sciences —Science, Technology, Engineering, Mathematics. Par exemple, on calcule par pays combien d’élèves suivent un cours qui est orienté STEM. En Belgique, on ne score pas beaucoup par exemple. C’est important parce que ce sont ces gens-là qui vont pouvoir être réengagés par Proximus, par exemple, ou par toutes les sociétés qui vont chercher des spécialistes."

En Belgique, il existe de bonnes filières mais, pour Arnaud Spirlet, "la question est de savoir si les jeunes sont suffisamment attirés et suffisamment sensibilisés tôt là dedans. Aussi bien la Wallonie que la Flandre ont fait des initiatives, (Decoding) par exemple, CoderDojo, des choses comme ça, STEM for Wallonia qui marche très bien aussi, où très jeune, on essaie de sensibiliser les jeunes filles — il y a très peu de jeunes filles qui sont intéressées à faire de l’ingénierie par exemple, ce qui est dommage — mais les jeunes garçons aussi à ce genre de formations, à ce genre de matières, qui sont peut-être plus arides ou moins sexy au départ, mais qui sont probablement les plus porteuses d’emplois dans le futur".

Comment réussir le virage numérique?

Un conseil aux entreprises à présent, pour réussir ce virage numérique, sans forcément avoir de dégâts sociaux: le " digital bridge ".

"On va faire un pont de compétences, on va voir qui dans la société pourrait être à risque dans les cinq prochaines années. Ce n’est pas très compliqué de savoir et on va avoir un dialogue ouvert avec ces personnes en disant : " est-ce que vous voulez vous former ? Voilà les différentes possibilités. Est-ce que vous voulez qu’on s’engage ensemble sur ce trajet ? " Il n’est pas trop tard pour le faire. Au Luxembourg, on a déjà démarré ce genre de choses avec le ministre du Travail", explique-t-il. 

"En Belgique, on commence tout doucement à le faire, mais ce n’est pas du tout impossible et ce ne sont pas de longues et lourdes études. Je pense que quelqu’un qui fait aujourd’hui du back-office peut très bien faire de l’encodage. OK, il fait de l’encodage, maintenant est-ce que cette personne peut travailler avec une machine d’intelligence artificielle ? Probablement, mais ça demande une certaine formation et ça demande l’envie de changer son métier."

Il ajoute qu'il faut avoir "avoir une volonté politique très forte derrière. Tout le monde doit être gagnant. L’État sera gagnant parce qu’il y aura moins de chômage, les sociétés seront gagnantes parce que les coûts de formation sont moins forts que les coûts de layoff, et à l’arrivée les gens en seront gagnants parce qu’ils auront un métier " d’avenir ". Mais ça demande une chose, et je pense que c’est une question de mentalité qu’on voit très fort en Chine et qu’on voit très fort aux États-Unis, c’est la formation permanente. Il faut être prêt à changer d’emploi tous les cinq ou six ans, sur des compétences nouvelles tous les cinq ou six ans, avoir envie de le faire et avoir l’espace pour le faire".

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