Le secteur de la construction propose le choix entre une voiture de société et un budget rénovation

Une fédération patronale qui propose de revoir le régime des voitures de sociétés? Vous ne rêvez pas. La Confédération de la construction jette un pavé dans la mare, avec cette proposition - qui ne manquera pas de susciter des débats au sein de la FEB - niveau intersectoriel et national - côté employeurs. Cette proposition est la suivante: n'importe quel employé bénéficiant d'une voiture de société pourrait choisir de troquer cette voiture contre une enveloppe "rénovation de son logement". Une mesure particulièrement attrayante, affirme le secteur, pour les "jeunes travailleurs qui n'ont souvent pas l'utilité d'une voiture de société".

Les 5,5 millions de logements belges représentent 40% des émissions de gaz à effet de serre du pays

Un parc immobilier vieux...et pollueur

Point de départ de l'argumentaire de la Confédération de la construction: le parc immobilier résidentiel belge est vieux. "Quelque 80% datent d'avant 1985, et la performance énergétique du bâti laisse donc à désirer", au point souligne la Confédération que les "5,5 millions de logements (belges) représentent 40% des émissions de gaz à effet de serre" du pays. Le constat est indéniable: le bâti des logements belges est ancien, énergétiquement inefficace, et donc polluant - majoritairement pour le chauffage des habitations (même si une étude de 2016 estime plutôt les émissions à 35% du CO2 belge) "qui explique que nos bâtiments sont 70% plus consommateurs d'énergie que tous les pays qui nous entourent". La tendance est particulièrement marquée à Bruxelles et en Wallonie. Le secteur de la construction se serait-il drapé de son plus beau voile environnemental - pour dynamiser son activité ?

Accélérer le taux de rénovation

Nous ne sommes pas en présence d'un secteur à l'agonie, loin de là. Les carnets de commande sont remplis "pour six mois", l'emploi est en croissance et le nombre de travaux est en croissance - soutenu principalement grâce aux rénovations des logements. Mais il est vrai que le taux des logements rénovés chaque année est à 0,6% des bâtiments résidentiels. or, pour atteindre les objectifs climatiques de la Belgique la confédération estime le taux de rénovation nécessaire à 2,5%. Cinq fois plus. "Nous savons que les objectifs ne seront atteint que si on se donne les moyens, que si le donneur d'ordre principalement les particuliers aient les moyens de financer ces travaux. Et là nous disons qu'il y a un souci. Nous sommes entrés dans une période de croissance molle, 1% à l'horizon 2030. On va devoir être à la fois créatifs et conscients des contraintes budgétaires".

Ouvrir la voiture de société au choix

Du coup, on s'est dit que l'option de la voiture de société présente dans le package salarial pouvait très bien être ouverte au choix", annonce Robert De Mûelenaere, administrateur délégué de la Confédération de le Construction. "Il y a des travailleurs intéressés par une voiture de société" et d'autres non - qui préfèrent habiter près de leur lieu de travail, et qui voient qu'ils vont devoir assumer des travaux de rénovations, et qui ne sont pas aidés pour cela. Nous prêchons aujourd'hui un retour à la ville. Cela pourrait décongestionner nos réseaux de mobilité - et tout cela à enveloppe budgétaire nulle".

Pour certaines catégories de population

Et donc politiquement facile à vendre. Puisqu'il s’agirait bien de transférer une partie de ce que coûtent les voitures de société vers la construction. On parle d’au moins 2 milliards d’euros par an en manque à gagner fiscal - Presque 5 milliards si l’on inclut d’autres coûts indirects. Ça peut en faire des travaux de rénovation.

il faut travailler sur la payabilité des travaux par priorité, pour ceux qui n'y arrivent pas spontanément

Et l’idée séduirait sans doute certaines catégories de population. Dont des jeunes travailleurs qui habitent en ville, qui ont une voiture de société – et qui se servent peu de leur véhicule. Mais cela souligne déjà un peu le problème de la mesure: elle ne sera pas accessible à tout le monde. Et c’est problématique à deux égards. D’abord vis-à-vis du bâti le plus vieux à rénover.

Problématique géographiquement et socialement

Robert De Mûelenaere souligne en fait lui-même cette contradiction:"C'est avant tout dans les ex-bassins industriels, sur l'axe Sambre-Meuse Hainaut-Liège que se trouvent les bâtis les plus anciens. Est-ce que se conformer au climat est un luxe? Non, évidemment. C'est quelque chose qui doit être offert à tous, sans quoi les objectifs climatiques ne seront pas atteints. Donc il faut travailler sur la payabilité des travaux par priorité, pour ceux qui n'y arrivent pas spontanément. Le plan climat social ou ne sera pas"

Sauf que les voitures de société ne sont pas toutes stationnées dans les garages du Hainaut et de la Province de Liège. Permettre aux bénéficiaires de ces voitures salaires de rénover leur logement ça ne répond donc pas a priori à toute l’urgence de la rénovation. 

Propriétaire ou locataire?

Et en plus, ceux qui ont une voiture de société en général, sont plutôt ceux qui ont déjà les moyens de rénover. ils font plutôt partie des propriétaires de logement, des ménages qui disposent d’un revenu plus important que la moyenne. Or, les performances énergétiques les moins bonnes en Belgique sont observées dans les biens en location. Les locataires c’est moins d’un tiers des ménages belges, mais des ménages qui ont des besoins en matière de rénovation énergétique souvent plus importants et des moyens financiers plus faibles. Pas sûr donc que permettre de troquer une voiture de société contre la possibilité de rénover, puisse répondre au public qui en a le plus besoin.

Enfin, l’idée n’incite pas, en tant que telle, à habiter plus près de son travail. Elle ne viendrait intéresser quelque part que ceux qui bénéficient d’une voiture de société et qui ont déjà fait le choix d’habiter près de leur boulot.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK