Le salon Computex: et si le PC avait encore un avenir?

A Computex, les Taiwanais sont rois.
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A Computex, les Taiwanais sont rois. - © PATRICK LIN - AFP

Si vous déambulez parmi les stands du CES de Las Vegas, de l’IFA berlinois ou du Mobile Congress de Barcelone, vous aurez bien du mal à y croiser un PC. Même le CeBIT de Hanovre n’est plus, depuis longtemps, le quartier général des ordinateurs. Heureusement, il reste Computex, le temple informatique de TaiPei (Taïwan) voué au dieu PC et à ses apôtres les disques durs, les cartes graphiques, les puces et les barrettes de mémoires. Une sorte de retour dans les années  80-90. Mais en beaucoup plus moderne.

Un salon très national

Après avoir accueilli un petit millier d’exposants, Computex 2017 a refermé ses portes le 3 juin. Un salon né en 1980 pour faire la promotion des entreprises taiwanaises d’abord et de l’IT ensuite.

Si Taïwan a le PC chevillé à la carte mère, c’est simplement parce que les entreprises locales en vivent largement. C’est le cas d’Acer, Asus MSI, BenQ, et bien d’autres qui fabriquent des PC, mais aussi (surtout) des tas de composants. Des processeurs aux mémoires et des écrans aux cartes graphiques. Le tout est assemblé sur place sous forme d’ordis, ou revendu aux marques américaines et européennes qui n’ont plus de " constructeurs " que le nom. Comme l’écrit justement le site 01Net.com, 65% des entreprises présentes à Computex " jouent à domicile ".

Qu’est-ce qui sauve les ordis?

Après une lente descente aux enfers provoquée par l’arrivée des tablettes, puis des smartphones, les entreprises demeurent de grosses consommatrices de PC de bureau. S’ajoutent les joueurs de haut vol (les gamers) et les adeptes du tuning. Leurs châssis totalement personnalisés et parfois transparents dévoilent des barrettes de mémoire équipées de LED à couleur variable selon la puissance d’utilisation. Le modding  attire aussi les foules. Une activité qui consiste, cette fois, à créer des jeux pour ordinateur à partir de jeux existants. Car Computex, est avant tout une affaire de "nerds", des passionnés de la bidouille.

La folie de l’overclocking

Une particularité de Computex est l’overclocking, (surcadençage)  qui désigne l’art de débrider les processeurs. En pratique, la mission est de faire fonctionner les puces plus rapidement que ne le permettent leurs spécifications techniques. Au risque de les faire exploser. Des équipes d’overclockeurs se sont d’ailleurs opposées à TaiPei en utilisant de l’Azote et même de hélium pour  refroidir les puces soumises à des cadences infernales. Certains processeurs  comme  ceux d’AMD sont  conçus pour être overclockés, mais pas jusqu’aux limites atteintes cette semaine où des processeurs conçus pour tourner à 4,2 GHz ont dépassé les 6,voire 7 GHz.  

Les grandes nouveautés

La première des innovations concerne le cœur du PC: le processeur. Quiconque possède un ordinateur (Mac ou PC) connaît les processeurs Intel i3, i5 et i7, une gamme créée par Intel  il y a déjà plusieurs années. S’y ajoute désormais Le processeur ’i9 qui possède jusqu’à 18 cores, soit 18 unités de calcul que l’on peut comparer à 18 cylindres d’un moteur de voiture. Des processeurs vendus au prix fort: de 1000 à 2000 dollars pièces (selon le nombre de cœurs). Et il s’agit des prix pratiqués par achat de 1000 pièces. Comme toujours, AMD, l’éternel concurrent de Intel, a montré des processeurs semblables, dotés de 16 cœurs (Ryzen 9).

La loi de Moore tient toujours la route

Et, bien sûr, la course à la miniaturisation, qui doit donner raison à la loi de Moore se poursuit. Cette théorie veut que la puissance d’un processeur double pratiquement tous les 2 ans. C’est ici qu’intervient la prochaine technologie de gravure à 5 nm permettant d'augmenter les performances des microprocesseurs de 40%, sans en augmenter la taille ni, surtout, les émissions de chaleur.

Ce nouveau procédé de gravure, mis au point par IBM, devrait permettre de concevoir une puce capable de renfermer 30 milliards de transistors sur une surface de la taille d’un ongle. Cette technologie résout partiellement l’obstacle de la chaleur diffusée par les processeurs. Dans ce cas-ci, IBM revendique une économie d'énergie de 75% pour le même niveau de performances qu’une puce gravée en technologie 10 nm. La  technologie de gravure 5 nm ne sera en production qu’en 2020.

Les "gaming PC" font aussi régime

La course se fait sur la vitesse, mais aussi sur le poids, Nvidia, champion des cartes graphiques, promet des PC de jeu (presque) aussi fins que des ultrabooks: 18 mm d’épaisseur, soit la moitié de l’épaisseur des PC de gaming traditionnels. Pour réduire l’encombrement du châssis, il a fallu sélectionner des puces, améliorer l’efficacité énergétique et minimiser les nuisances sonores de la ventilation. Les gamers qui ne veulent pas changer de PC ont une alternative: des cartes graphiques externes, à brancher sur un laptop.

Les claviers de gamers ont aussi leur particularité: ils sont mécaniques pour résister à un usage intensif, les touches sont lumineuses et un processeur spécifique est associé à une mémoire intégrée. A lui seul, le clavier devient un ordinateur.

Une dernière nouveauté: l’ordinateur desktop totalement dépourvu de fil à l’intérieur du châssis pour réduire les déperditions électriques.

La mauvaise nouvelle est que pour bénéficier de toutes ces nouveautés, il faudra, encore une fois, mettre la main au portefeuille. Les portable destinés aux joueurs dépassent rapidement les 1000, 2000 voire 3000 euros. Pour les desktops de jeu, la note peut aller beaucoup plus haut.

 

La nécessaire remise à niveau

Mais Computex, comme les autres salons, est en train de s’adapter en s’ouvrant aux secteurs d’avenir que sont les objets connectés, l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle. Car la baisse des ventes d’ordinateurs n’est pas encore éradiquée. Une tendance que l’on constate en Belgique comme dans le reste du monde. Selon les chiffres GFK, 1,318 million de PC se sont vendus chez nous en 2014, contre seulement 1,264 million  en 2016. Dont près de 900 mille notebooks. Paradoxalement, ce sont les ordinateurs de bureaux, bien que moins nombreux qui se portent le mieux. Du moins en unités, car le prix moyen par desktop continue à fondre.

 

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