Le salaire minimum s'envole en Californie et au Royaume-Uni, vraiment une bonne nouvelle?

Les métiers de l'horeca, parmi ceux qui bénéficieront de la mesure en Grande-Bretagne
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Les métiers de l'horeca, parmi ceux qui bénéficieront de la mesure en Grande-Bretagne - © FlickR/Kamal Hamid

Le gouvernement de David Cameron a l'intention de doper le revenu minimum britannique pour le faire augmenter de pratiquement 40% d'ici 2020.

Cette décision part d'un constat: les salaires les plus bas ne décollent pas au Royaume-Uni malgré la vigueur de la reprise économique, il faut donc un coup de pouce des pouvoirs publics d'autant que, par ailleurs, le gouvernement britannique a sensiblement réduit une série de prestations sociales.

Signal intéressant, les organisations patronales britanniques ont plutôt bien accueilli la hausse du salaire minimum, mais il est vrai que, dans le même temps, le gouvernement de David Cameron a annoncé une baisse sensible de l’impôt des sociétés.

Aux Etats-Unis aussi

Autre exemple, la Californie – qui serait la 12ème puissance économique du monde si elle n’était pas un Etat américain – vient, elle aussi, de décider d'augmenter le salaire minimum. Il passera de 10 dollars de l’heure actuellement à 15 dollars en 2022: +50%.

Les autorités de la Californie estiment que cette mesure relève de la justice économique alors que le débat sur les inégalités prend de l'ampleur aux Etats-Unis, elles espèrent aussi que leur volontarisme servira d’exemple dans les autres Etats du pays.

Quelles conséquences sur l’emploi ?

La hausse du salaire minimum est certainement une bonne chose pour ceux qui vont en bénéficier. Mais pour le reste, le débat est vif entre économistes sur les conséquences possibles sur l’emploi d’un relèvement du salaire minimum. "Le salaire minimum est un outil – parmi d'autres – utilisés par les pouvoirs publics pour essayer de diminuer le risque de pauvreté des travailleurs à bas salaires, explique l'économiste Bruno Van der Linden, professeur à l'UCL. C’est aussi un moyen – parmi d'autres – pour essayer de réduire les inégalités salariales".

Quant à l'impact sur l'emploi, dit-il, ça va dépendre du niveau du salaire minimum par rapport au salaire médian, le salaire qui sépare en deux l'ensemble des salariés: 50% des salariés ont un salaire supérieur à la médiane, 50% un salaire inférieur. "Aux Etats-Unis par exemple, indique Bruno Vanderlinden, le salaire minimum représente seulement 37% du salaire médian et en général, on ne voit pas beaucoup d’impact sur l’emploi des jeunes peu qualifiés ou de travailleurs migrants tandis qu’en France, où le salaire minimum représente environ 60% du salaire médian, les études tendent à montrer que l’augmentation du salaire minimum a un impact sensible, pas sur l’emploi de monsieur 'Toutlemonde', mais sur l’emploi de personnes qui sont typiquement jeunes, peu qualifiées, migrants récents… Cela signifie que certains d’entre eux risquent de perdre leur emploi et que d’autres dans une situation similaire vont avoir plus de difficultés à trouver un emploi".

Un outil à manier avec prudence

Le niveau du salaire minimum est donc à manipuler avec beaucoup de prudence. En Belgique, le salaire minimum interprofessionnel est de l'ordre de 1500 euros brut par mois. Faut-il le revoir à la hausse? Bruno Van der Linden reste prudent, surtout, dit-il, "qu’on manque cruellement d’études fouillées sur le sujet en Belgique. Intuitivement, on voit deux effets à une éventuelle hausse du salaire minimum. D’abord, un effet négatif sur l’emploi de certains groupes spécifiques qui sont en l’occurrence les plus fragiles, mais d’un autre côté, en augmentant le salaire poche, ça doit aussi avoir des effets positifs d’incitation à accepter ou à chercher un emploi. Mais vu les niveaux du salaire minimum dans la plupart des secteurs, mon anticipation – et ce n’est rien d’autre qu’une anticipation – c’est que l’effet net sur l’emploi risque d’être négatif".

L’Allemagne, elle, s’est dotée d’un salaire minimum il y a un an et elle prévoit de l’augmenter de 3,5% le 1er janvier 2017, l’heure de travail coûtera alors 8,8 euros. Difficile en tout cas de percevoir un impact massif sur l’emploi : il n’y a pas eu de vagues de licenciement en Allemagne et le chômage est de l’ordre de 5%.

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