Le Royaume-Uni touché par de graves pénuries : "Il n’y a pas assez de chauffeurs et c’est lié au Brexit, à la politique d’immigration"

Un Noël sans dinde ni Christmas pudding ? La perspective fait trembler de nombreux Britanniques car le Royaume-Uni vit en ce moment la pire pénurie de son histoire depuis la seconde guerre mondiale.

Dans les supermarchés, il est devenu habituel de traverser des rayons entièrement vides. Même les fast-foods sont touchés.

Chez Mc Donald’s les milk-shakes ont disparu de la carte, chez KFC l’offre de menus a été réduite et le sel vient à manquer, tandis que Nando’s, le spécialiste du poulet grillé, a dû fermer près de 45 restaurants par manque d’approvisionnement en poulet.

Un manque de chauffeurs poids lourd

"Tous les secteurs de l’économie sont touchés par cette pénurie, explique Jonathan Portes, professeur d’économie au King’s College de Londres. Cela concerne parfois des choses insignifiantes, comme l’eau en bouteille qui est devenue très difficile à trouver dans certains supermarchés. On peut évidemment survivre sans eau en bouteille, mais cette pénurie touche aussi le secteur médical. De plus en plus de médecins se plaignent aujourd’hui de manquer d’éprouvettes pour réaliser des analyses sanguines, ce qui les force parfois à reporter des examens importants pour leurs patients. Et ça, c’est beaucoup plus inquiétant. "

Cette pénurie est une conséquence directe du manque de chauffeurs poids lourd dont souffre aujourd’hui le Royaume-Uni. Il en manquerait actuellement près de 100.000 dans tout le pays. De nombreux camions restent donc bloqués dans les entrepôts, ce qui allonge évidemment les délais de livraison pour les détaillants comme pour les grossistes, tous secteurs confondus.

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Un manque de chauffeurs poids lourds © RTBF

Des conséquences en Belgique

"D’habitude, on passait les commandes le lundi et elles arrivaient le mercredi, explique Ryan Pearce, le gérant du Stone Manor, un supermarché spécialisé dans les produits britanniques installés dans la banlieue bruxelloise depuis 1983. Mais maintenant, avec cette pénurie de chauffeurs, on doit parfois attendre trois semaines pour être livré. Du coup, nous avons décidé de passer nos commandes auprès de grossistes installés en Irlande. On y trouve presque les mêmes produits qu’au Royaume-Uni, ce qui ne change pas grand-chose pour nous finalement ".

Cette astuce permet Ryan Pearce de contourner deux problèmes à la fois : les difficultés d’approvisionnement en provenance du Royaume-Uni et toutes les difficultés administratives engendrées par le Brexit. Mais pour de nombreux opposants au Brexit, les deux problèmes seraient liés.

Selon eux, la pénurie de chauffeurs serait en fait une conséquence indirecte du Brexit, car depuis le divorce du Royaume-Uni avec l’union européenne de nombreux Polonais, Roumains et Bulgares, qui occupaient des postes de chauffeurs outre-manche, sont rentrés dans leur pays. Une vague massive de départs qui n’a toujours pas été compensée par de la main-d’œuvre locale. Une analyse que réfute jusqu’ici le gouvernement britannique, pour qui cette pénurie de routiers s’expliquerait plutôt par la pandémie de Covid19 qui tiendrait de nombreux chauffeurs éloignés de leur camion.

Covid ou Brexit ?

"C’est aussi ce que l’on peut lire sur les réseaux sociaux, raconte ce client britannique du Stone Manor. Il y a des gens qui disent que tout ça c’est à cause du coronavirus. Mais le virus est partout et les magasins en France, en Belgique, aux Pays-Bas ne manquent pas de nourriture. Alors pourquoi ça se passe uniquement au Royaume-Uni ? Je ne vois qu’une réponse. C’est à cause du Brexit."

Cette pénurie alimente aujourd’hui l’interminable débat sur les conséquences du Brexit au Royaume-Uni. Pour les partisans du divorce, la crise ne serait due qu’à la pandémie, tandis que les plus europhiles de Britanniques sont convaincus qu’il s’agit d’un des nombreux effets négatifs du Brexit. Mais qui dit vrai dans cette affaire ?

"Si on y regarde de plus près, on doit reconnaître que c’est une combinaison de facteurs, explique Catherine Barnard, professeur de Droit du travail à l’Université de Cambridge. Le Brexit en est certainement un, même si le gouvernement prétend toujours le contraire. Il est vrai que c’est d’abord la crise du Covid qui a poussé les chauffeurs routiers à rentrer chez eux. Mais ces chauffeurs, qui pratiquaient un métier peu qualifié, ont aujourd’hui beaucoup de mal à revenir travailler au Royaume-Uni à cause de la nouvelle politique d’emploi du gouvernement qui veut favoriser la mise au travail de la main-d’œuvre locale. En résumé, on peut donc dire que cette pénurie de chauffeurs est liée au Brexit, à la politique d’immigration ainsi qu’au sous-investissement dans un secteur qui n’a jamais été considéré comme très 'glamour'. Il a juste fallu que les gens aient des difficultés à trouver du milk-shake chez Mc Donald’s ou de poulet chez Nando’s, pour qu’ils commencent à prendre conscience du problème."

Un problème qui mettra certainement plusieurs mois à être résolu car trop peu de Britanniques possèdent actuellement le permis de conduire pour poids lourd. Dinde et Christmas pudding risquent donc de se faire assez rares à Noël.

Conséquences du Brexit : JT 11/02/2021

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