Le rejet du projet de fusion Siemens-Alstom fait débat chez les économistes

Comme attendu, la Commission européenne a rejeté le projet de fusion entre les activités ferroviaires des géants français Alstom et allemand Siemens, qui espéraient devenir un géant européen du rail.

La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a estimé que cette fusion aurait été problématique en termes de concurrence pour les autres acteurs de ce secteur. Un débat s’ouvre sur cette décision. La Commission devait-elle accepter cette fusion ? A-t-elle fait une erreur ? Eric De Keuleneer, professeur d’économie à l’ULB Solvay, était l'invité du Plus de Matin Première.

"Économiquement et sur le temps long, c’est évidemment une erreur complète, avance Bruno Colmant, de la banque Degroof Petercam. C’est la concurrence chinoise qui va s’imposer en Europe alors qu’on avait une chance unique dans le domaine ferroviaire d’avoir un champion européen. Ici il y avait une opportunité massive ; elle est ratée. Je crois qu’on va se rendre compte dans 10 ou 15 ans que c’était peut-être une erreur économique importante", met-il en garde.

Pourtant son collègue économiste Eric De Keuleneer n'est pas de cet avis. "Franchement, je crois que c’est une bonne décision. D’abord, elle est en conformité avec les règles européennes, et la Commission est chargée de faire appliquer les règles. De plus, la constitution d’un quasi-monopole n’aurait probablement pas été une bonne chose à long terme, comme le dit la Commission dans son communiqué", avance-t-il.


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Le pire est évité

Selon lui, les consommateurs auraient été les premiers mécontents de la situation. La SNCB, par exemple, aurait dû payer des prix plus élevés pour acheter son matériel. "Ça se serait reflété dans les tarifs tôt ou tard, affirme-t-il. De plus, des monopoles ne conduisent pas à des innovations ou à des gains d’efficience. D’ailleurs, une des motivations de la Commission est que les deux candidats à la fusion n’ont pas pu démontrer qu’ils allaient faire des gains d’efficience. Ils n’allaient pas pouvoir réduire leurs coûts, sauf à massacrer l’emploi comme on le voit dans de nombreuses fusions."

Un cas différent d'Airbus

De telles fusions se sont effectivement déjà produites par le passé, comme avec le géant de l'aviation Airbus par exemple. Sur ce point, l'économiste tient à signaler que la situation n'était pas la même qu'aujourd'hui: "Airbus est en situation relativement dominante, mais avec un concurrent. Boeing et Airbus sont en concurrence acharnée dans le monde entier et ils produisent des équipements, des avions, qui se transportent très facilement dans le monde entier", explique-t-il.

Le matériel ferroviaire, en revanche, se transporte beaucoup plus difficilement et est soumis à des réglementations très strictes. "Si un Chinois voulait attaquer le marché européen, il a quantité de manières de le faire, et probablement pas en encourageant la création de dominateurs européens", raisonne Eric De Keuleneer.

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