Le recyclage de nos matelas se fera progressivement dès 2021: du recyparc à l'entreprise, voici comment cela va se passer

Dès le premier janvier 2021, les consommateurs payeront une contribution environnementale à l'achat d'un matelas neuf, afin de mettre en place une filière de recyclage. TVA comprise, elle s'élèvera à 4,25 euros pour les matelas bébé, 8,50 euros pour les matelas une personne, 17 euros pour les matelas double.

Cette contribution appelée aussi responsabilité élargie du producteur (REP) permettra de financer la mise en place d'une filière de recyclage, allant de la collecte au traitement en passant par le démantèlement des matelas.

En contrepartie, il ne faudra plus payer - en direct ou via une taxe forfaitaire - pour se défaire de son vieux matelas. On pourra s'en débarrasser gratuitement en le déposant dans un recyparc. Le cout du traitement du déchet matelas ne sera donc plus imputée au citoyen mais au consommateur.

Aujourd'hui, les vieux matelas représentent une quantité impressionnante de déchets. Près d'un million de matelas usagers sont jetés chaque année. La grande majorité d'entre eux est mélangée aux autres encombrants en vue d'être incinérée et, par ce biais, valorisée énergétiquement.

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Aujourd’hui, les matelas sont jetés avec les autres encombrants. © RTBF

Tout reste à faire

Pour pouvoir recycler les matelas, il faudra d'abord bien les collecter. Un matelas humide n'est pas un bon candidat au recyclage. Les parcs à containers vont devoir mettre en place une collecte sélective viable dans des conteneurs adaptés en vue de protéger les matelas des intempéries et éviter les risques sanitaires.

Les régions se sont accordées sur le fond mais pas sur le timing. En effet, les échéances varient. Si en région flamande et bruxelloise, on sera apte à collecter les matelas courant 2021, les recyparcs wallons ne sont pas prêts et devront se mettre en ordre pour 2023.

Des recyparcs déjà saturés

Au recyparc de Wavre, on est encore en pleine réflexion. "A partir du premier janvier, nous allons comptabiliser les matelas qu'on reçoit" explique Etienne Offergeld, Directeur du département collectes et recyclages chez inBW. "Et on va tester un certains nombre de scénarios de reprise pour voir comment on peut les collecter de la manière la plus rationnelle, en préservant ce qui doit être préservé pour les filières de recyclage".

La mise en place d'une collecte préservante des matelas demandera pas mal d'adaptations et d'investissements à cette intercommunale qui gère 17 recyparcs dans le Brabant wallon. "On devra collecter dans des conditions qui préservent de l’humidité. Des manipulations spéciales devront être faites et là, il y a tous les aspects sanitaires qui devront être évalués pour qu'on ne demande pas n'importe quoi au personnel. Enfin, il y a le stockage qui va prendre de la place, alors que nos recyparcs sont déjà saturés".

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Les recyparcs wallons doivent mettre en place la collecte préservante des matelas pour 2023. © RTBF

Une seule entreprise en Belgique

Aujourd'hui, le recyclage des matelas reste marginal. Si plusieurs entreprises traitent ce type de déchet en France et aux Pays-Bas, il n'en existe qu'une en Belgique. Implanté à Sombreffe, Suez Belgique, y démantèle les matelas usagers depuis 2015. Avec les conventions environnementales en préparation dans les trois régions depuis plusieurs années, la société française avait flairé l'aubaine et les potentialités de développement de l'activité. 

"Aujourd'hui, avec la mise en place de l'obligation de reprise, les volumes à traiter vont considérablement augmenter", explique Benoit Remacle, directeur Stratégie et marketing. "Nous sommes en phase pilote. Notre volonté c'est de passer à la phase industrielle. Cela implique tout une série d'investissements pour automatiser le processus et clairement, notre objectif est de passer de 70.000 matelas traités aujourd'hui à 650.000 dans le meilleure des cas demain. Ce qui représente une création potentielle de 20 emplois supplémentaires également".

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Démantèlement des matelas dans le centre de tri de Sombreffe. © RTBF
Les mousses des matelas sont compactées pour prendre la forme de balles. Elles seront recyclées dans le secteur de la construction ou de l’automobile. © RTBF

Jusqu'ici 10 employés se chargent du démantèlement des matelas sur le site. Cela commence par la découpe de l'enveloppe extérieure du matelas au cutter, prochainement par une machine. Cette partie extérieure, en textile, ne sera pas recyclée mais valorisée énergétiquement. Elle servira de combustile de substitution pour les cimenteries. A l'intérieur du matelas, les ouvriers trient les différentes composantes - latex, mousses ou ressorts - pour qu'elles puissent être recyclées.

"Si on parle des ressorts métalliques, on va les utiliser dans le secteur de la sidérurgie pour la fabrication des produits métalliques nouveaux. Pour les mousses, il y a deux applications principales. Dans le secteur de la construction pour réaliser des panneaux d'isolation acoustiques ou thermiques ou dans le secteur de l'automobile pour rembourrer les sièges de voitures".

Une grande difficulté subsiste : les matelas n'ont jusqu'ici jamais été conçus pour être recyclé. La présence de différentes couches de mousses et de colles rend trop souvent le matelas impropre au recyclage. "Avec la superposition des mousses qui sont collées, on a des difficultés pour séparer les différents matériaux" confie Benoit Remacle qui espère qu'"il y aura un dialogue qui va s'instaurer entre les acteurs, depuis les producteurs jusqu'aux recycleurs, afin d'améliorer les choses notamment en terme d'éco-conception".

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En novembre 2020, une entreprise limbourgeoise a mis son premier modèle circulaire sur le marché. © RTBF

Les premiers modèles circulaires sur le marché

Certains fabricants de matelas ont commencé à innover. Chez Veldeman Bedding, une entreprise familiale basée au Limbourg depuis 1966, on vient de mettre un premier modèle éco-responsable sur le marché. Ce matelas est pensé pour être facilement recyclé. "Il est composé de deux housses extérieures en 100% polyester mais la grande innovation se trouve à l'intérieur", détaille fièrement Geert Geerkens, directeur ventes et stratégie. "Il n'y a pas de mousse en polyuréthane, c'est du 100% ressort en acier carbone et sans colle. C'est une innovation mondiale. Aujourd'hui, il n'existe que 4 machine au monde qui permettent de concevoir ce produit dont une se trouve dans notre usine".  

L'entreprise a investi 1 million d'euros pour acquérir la fameuse machine permettant de mettre les ressorts en sachet de polypropylène sans les coller mais en les soudant à chaud. Ce qui signifie que les deux composantes pourront être séparées sans être abimées pour le recyclage. "Avec ce système, on investit pour un avenir plus durable qui garantit que le produit peut être recyclé en fin de vie et réutilisé pour la même fonction. On pourra aussi facilement changer une des composantes sans pour autant changer de matelas".

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Les ressorts sont mis en sachet sans être collés mais grâce à une soudure à chaud. © RTBF

L'entreprise a misé sur une technologie nouvelle mais non sans réticences au départ. "Il a d’abord fallu convaincre l'entreprise même", confie le directeur Stratégie. "Convaincre la direction et les collaborateurs au sein du groupe que c'est l'avenir. Et puis, les détaillants, les distributeurs et les magasins qui eux, doivent convaincre les consommateurs que c'est un investissement sur le long terme".

Un véritable défi alors que ce premier modèle circulaire a un certain prix. 900 euros le matelas 1 personne. "Au niveau confort, il n'y a pas de différence. Par contre, au niveau du prix, on se situe dans le moyen-haut de gamme et cela reste un défi pour nous de créer des produits circulaires dans les premiers quartiles du marché".

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Il n’existe que 4 machines au monde permettant de souder à chaud les ressorts, dont une se trouve dans le Limbourg. © RTBF

Sujet JT : "Matelas : le défi du recyclage" du 3/01/2021

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