Pourquoi Doel 3, arrêté jusque fin novembre, pourrait ne jamais redémarrer

Le gouvernement Di Rupo attend les résultats des expertises en cours sur les défauts relevés dans la cuve du réacteur Doel 3, ainsi que les examens en cours sur la cuve de Tihange 2, de même fabrication. Dans certains des pays où existent des cuves semblables, comme la Suède par exemple, on met en œuvre aussi de nouveaux examens.

En fait, les gouvernements, les agences de contrôle, l'industrie nucléaire, tout le monde est à la fois inquiet et impatient d'y voir clair. Le problème est qu'on va sans doute devoir décider avec beaucoup d'incertitude. Et c'est sans doute le principe de précaution qui sera au cœur des discussions.

8000 microcavités

Tout le monde est bien embarrassé par ce qui se passe à Doel 3, et peut-être à Tihange 2. Car, c'est une première dans les contrôles nucléaires, alors que d'habitude on examinait uniquement les zones délicates de soudure, cette fois-ci les ingénieurs de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire ont scanné aux ultrasons toute la cuve et sur toute son épaisseur. Ils ont donc découvert, dans le corps du métal de 20 cm d'épaisseur un nombre important - près de 8000 - de petites flaques ou bulles, des microcavités en quelque sorte, dans la partie inférieure de la cuve, et près de 1000 dans la partie supérieure.

S'il n’y en avait que quelques-unes, ce ne serait pas grave, mais c'est surtout leur nombre et leur concentration qui pose un gros problème. Car elles pourraient fragiliser l'acier. En effet, une rupture de cuve nucléaire chargée de son cœur radioactif, ce serait un évènement très grave, considéré d'ailleurs comme impossible, donc pratiquement jamais retenu dans les scénarios. Ceci dit, ça n'est jamais arrivé.

Le problème, c'est que c'est une situation inédite. On n’a jamais vu autant de petites bulles dans la masse, mais c'est aussi parce que l’on n’a jamais fait un examen aussi minutieux et complet d'une cuve, et ça il faut bien le mettre au crédit du régulateur belge. Mais il a ainsi jeté un joli pavé dans la mare, car vingt-deux cuves sont concernées dans huit pays.

D'où viennent ces bulles ?

Ce sont sans doute des petites bulles d'hydrogène qui se sont installées lors de la fabrication de la cuve, soit dans l'acier, soit lors du forgeage. Il est possible qu'elles ne se soient jamais agrandies. Mais il faut le démontrer, c'est ce que l'agence de contrôle demande à Electrabel.

L'exploitant doit reconstituer le point de départ mais, premier problème, la firme qui a forgé a disparu et des papiers importants relatifs au contrôle de la cuve à sa livraison manquent pour le moment.

Deuxième problème, ces défauts peuvent-ils s'aggraver ? Pour ça, on utilise d'habitude des modèles, des critères fixés par l'ASME (l'association des ingénieurs américains), qui fait office de référence mondiale. Mais elle n'a jamais pris en compte une telle quantité simultanée de microfissures ou de flaques d'hydrogène. On n’a donc pas l'expérience nécessaire. C'est pour ça qu'on va aussi consulter des experts internationaux, qui vont aider l'Agence à apprécier la situation après les réponses d'Electrabel.

Il est en outre possible que l'exploitant ait de grandes difficultés à apporter la démonstration requise par l'Agence de contrôle. Et si on fait jouer le principe de précaution, on ne redémarre pas parce que, même si le risque est petit, le danger est trop grand en cas de pépin, c'est ce que Willy De Roovere le patron de l'Agence a laissé sous-entendre, et ça va sûrement faire un gros débat.

M. Molitor

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