Programme de Syriza: "rien d'extravagant" pour Thomas Piketty

Thomas Piketty s'exprime sur le programme économique de Syriza
Thomas Piketty s'exprime sur le programme économique de Syriza - © JANERIK HENRIKSSON - BELGAIMAGE

L'objectif du parti de gauche radicale ayant remporté les élections légistaltives en Grèce est clair : mettre fin à l'austérité, renégocier la dette et relancer la croissance. Voilà les grandes lignes ressortant du programme du parti. Réaliste? Thomas Piketty, économiste français et auteur du best-seller "Le capital au XXIème siècle", livre son avis sur la question.

La situation économique très compliquée de la Grèce se résume en quelques chiffres. En quatre ans, le pays compte 200 000 fonctionnaires de moins, les salaires ont été réduits de 30%, les retraites amputées, les dépenses d'éducation ont diminué de 28% et le chômage de plus de 25%.

Que dit le programme de relance économique de Syriza?

La victoire du parti de gauche radicale, Syriza, signifie d'abord une volonté claire de changer la donne et de contrer les mesures d'austérité.

Connu depuis plusieurs mois, le programme du parti de Tsipras "prévoit la mise en œuvre d’une dizaine de mesures visant principalement à relever le niveau de vie des Grecs les plus vulnérables en agissant sur le niveau de salaire ou de retraite", précise Le Monde. Il s'agit de revenir à un salaire minimum de 750€ (plutôt que 586€ aujourd'hui), et de baisser l'âge de la retraite de 67 ans à 62 ans. Il est aussi prévu d'introduire des allègements fiscaux et de mettre en place des aides sociales aux plus démunis.

Ce programme sera étalé sur un ou deux ans et le coût de son ensemble est estimé à environ 12 milliards d’euros.

"Ce que propose Tsipras n'a rien d'extravagant"

La priorité grecque est de rétablir le niveau à la situation d'avant-crise. Il s'agit d'une politique de relance. Pour l'économiste Thomas Piketty, "ce que propose Tsipras n'a rien d'extravagant". Le discours de Piketty se veut rassurant. "Je suis impressionné par cette fraîcheur, cette nouveauté", a-t-il déclaré ce lundi matin sur France Inter.

Il précise encore que "ces partis de la gauche de la gauche sont infiniment moins effrayants que la droite de la droite. Il faut essayer de construire avec ces partis pour une Europe qui fonctionne mieux." N'ayant jamais été au pouvoir, Syriza pourrait reprendre la question de la modernisation de l'administration fiscale grecque, "à condition qu'on les aide", précise Piketty.

"Imprimer des milliards d'euros, c'est facile"

La Banque Centrale Européenne (BCE), créancier principal de la Grèce, revêt une responsabilité importante dans la situation économique grecque. Mais pour Piketty, "on ne peut pas tout demander à la BCE pour solutionner ça." Avec 18 dettes publiques et taux d'intérêts différents, la tâche de régulation de la BCE est en effet compliquée. "Imprimer des milliards d'euros, c'est facile" ironise l'économiste, "c'est plus facile que de réécrire un code des impôts ou d'investir dans universités au niveau européen."

"On a besoin de restructurer la dette grecque"

La Grèce n'est pas un cas isolé. D'autres pays, comme l'Italie et le Portugal, ont des niveaux de dette publique alarmants. "On a besoin de restructurer la dette grecque mais aussi de repenser la façon dont on organise la zone euro. Les gouvernements doivent reconnaitre que le nouveau traité budgétaire adopté en 2012 n’a pas marché", préconise Thomas Piketty.

La réussite de la Grèce conditionnée à la collaboration européenne

Pour Piketty, c'est limpide : le programme de Syriza n'est réalisable que si les gouvernements européens décident d'apporter leur aide à la Grèce.

"En 2011-2012, France et Allemagne ont été très égoïstes, c’est cela qu’il faut remettre en cause", regrette Piketty. "On a besoin d’une puissance publique très forte, et pas de petits états morcelés qui chacun se font la concurrence les uns avec les autres pour piquer la place fiscale du voisin."

La Grèce peut rembourser sa dette sur cinquante à soixante ans

Si on veut rembourser 200% du PIB, il faut cinquante à soixante ans sans inflation, estime Piketty. Or, avec une inflation nulle et une croissance nulle, on ne peut pas réduire une dette publique telle que celle de la Grèce.

Des pays comme l'Allemagne et la France ont eu ce niveau de dette publique (200% du PIB) en 1945, et s'en sont sortis avec l'inflation ou par la répudiation complète de la dette. C'est pourquoi Piketty propose de reprendre le problème européen dans sa totalité et ne pas se focaliser uniquement sur le cas grec.

Besoin de nouveaux traités

L'économiste suggère plus de démocratie et de solidarité au sein de la zone euro. Il propose notamment de permettre à chaque pays de décider ensemble les niveaux de déficit : "On ne peut pas avoir la France ou l’Allemagne qui décide pour le reste de l’Europe".

"Il faut arrêter de dire qu’on ne peut pas modifier les traités alors qu’on le fait tout le temps.", conclut-il. Le programme de relance de Syriza met donc le doigt sur des enjeux qui dépassent les limites de la Grèce, et appelle plutôt les pays membres de la zone euro à leur emboîter le pas pour permettre à ce pays de s'acquitter de sa dette.

Y. Salami avec Le Monde et France Inter

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