Belfius: après sa démission, Alfred Bouckaert renvoyé en correctionnelle

Le président de Belfius, Alfred Bouckaert, a démissionné
Le président de Belfius, Alfred Bouckaert, a démissionné - © Belga

C'est un vrai coup de tonnerre qui a éclaté ce jeudi matin dans le paysage financier belge! Freddy Bouckaert, le président de Belfius a démissionné. L'information a été donnée par nos collègues du Tijd. Freddy Bouckaert est rattrapé par un dossier de fraude déjà ancien: la cour de Cassation vient de rejeter son pourvoi contre son renvoi en correctionnelle. Le gouvernement dit "prendre acte" et va tenter de trouver un remplaçant dans les meilleurs délais.

C'est en 2000 qu'une petite dizaine de banquiers belges sont inculpés pour faudre fiscale. Dans les années nonante, ils auraient aidé certains de leurs clients à utiliser un mécanisme fiscal permettant de déduire des impôts payés à l'étranger. Problème: ce mécanisme, appellé QFIE, quotité forfaitaire d'impôts payé à l'étranger avait été abrogé en 1990. Après cette date, c'était donc illégal. 

La Cour de cassation a définitivement confirmé mercredi le renvoi d'Alfred Bouckaert, ainsi que d'une série d'autres inculpés, devant le tribunal correctionnel dans ce dossier de fraude fiscale. Inculpé dans ce dossier vieux de plus de 10 ans, pour lequel le parquet avait requis un non-lieu, Alfred Bouckaert a finalement été renvoyé devant le tribunal correctionnel, malgré un appel devant la chambre des mises en accusation et un pourvoi en cassation, a précisé jeudi le parquet de Bruxelles.

Une instruction pour fraude a été ouverte en 1996 par le parquet de Bruxelles, ce qui a conduit à l'inculpation d'Alfred Bouckaert en 2000. En 2007, le parquet a requis un non-lieu en faveur du banquier mais la chambre du conseil de Bruxelles a tout de même décidé en 2009 de son renvoi devant le tribunal correctionnel. Une ordonnance qui a par la suite été confirmée par la chambre des mises en accusation. Cette dernière n'a pas suivi les arguments de la défense qui arguait la prescription des faits. Les avocats des différentes personnes concernées ont alors introduit un pourvoi en cassation mais la Cour de cassation a rejeté ce pourvoi ce mercredi.

L'oiseau rare

Ce qui est sûr, c'est que c'est une très mauvaise nouvelle pour Belfius et pour le gouvernement. Quant l'Etat reprend Dexia Banque à l'automne 2011, le gouvernement recherche l'oiseau rare pour assumer la présidence du conseil d'administration. Un chasseur de tête écume le marché et propose Alfred, dit Freddy, Bouckaert. Chase Manhattan Bank, Crédit Lyonnais, Axa, un beau parcours, une solide expérience et, en bonus, du charisme. Freddy Bouckaert devient donc le 24 novembre 2011, le premier président de Belfius avec comme mission de remettre la banque sur pied, de la rendre solide et rentable avec l'objectif assumé que l'Etat puisse la revendre. C'est donc en plein chantier que Belfius se retrouve sans président pour son conseil d'administration.

Une tuile pour le gouvernement

Une tuile de plus pour une banque décidément maudite, mais aussi pour le gouvernement. Celui-ci prendra "toutes les initiatives nécessaires" en vue de pourvoir "dans les meilleurs délais" au remplacement d'Alfred Bouckaert qui a démissionné de la présidence du Conseil d'administration de Belfius, a indiqué jeudi le ministre des Finances Koen Geens interrogé à la Chambre par Georges Gilkinet (Ecolo).

"Le gouvernement ne peut que prendre acte, il ne lui appartient pas de commenter une telle décision", a précisé le ministre. "Le gouvernement est conscient de la nécessité de procéder à un remplacement rapide et efficace afin que le redressement de la banque observé depuis 2012 ne puisse pas être perturbé", s'est borné à dire Koen Geens, une réponse qui n'a pas satisfait Georges Gilkinet qui entendait savoir si le gouvernement allait profiter du changement de présidence à la tête de la banque publique pour en faire une institution "éthique".

Ce n'est "pas acceptable" vu le caractère "systémique" de l'institution, a-t-il ajouté, soulignant que cet épisode lui en rappelait d'autres de "la très mauvaise saga Dexia". Le député aurait également souhaité savoir selon quels critères le nouveau président serait engagé et si le gouvernement pourrait cette fois s'assurer que sa candidature serait irréprochable.

Ecolo a protesté parce qu'il aurait souhaité entendre le Premier ministre au nom du gouvernement.

T.N. avec Michel Visart

Alfred Bouckaert était l'invité du "Grand Oral" RTBF/Le Soir le 27 avril dernier - à revoir en intégralité ci dessous

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