Le pouvoir d'achat de nombreux Belges a augmenté en 2019 : comment l'expliquer ?

Le pouvoir d’achat de nombreux Belges a augmenté en 2019 : comment l’expliquer ?
Le pouvoir d’achat de nombreux Belges a augmenté en 2019 : comment l’expliquer ? - © wutwhanfoto - Getty Images/iStockphoto

Une augmentation de 2,5% de revenu disponible pour les ménages en un an. C’est l’augmentation de pouvoir d’achat la plus élevée depuis 10 ans. Voilà ce que nous disent les derniers chiffres de la Banque Nationale. Il s’agit là d’un chiffre général, ce qui ne veut pas dire que tout le monde s’est vu devenir plus riche en un an. Cela ne précise pas non plus quels salaires ont progressé le plus. Ça ne dit rien des disparités d’évolution salariale entre secteurs. Sans compter qu’il y a évidemment des gens qui n’ont pas accès au salariat et des gens qui sont indépendants.

Mais, globalement, le pouvoir d’achat de nombreux Belges a bien augmenté l’an dernier grâce à trois facteurs que Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque Nationale belge, appelle un trio magique. "Une très belle progression du revenu disponible, une combinaison de croissance de l’emploi, du salaire réel qui a augmenté au-dessus de l’inflation (0,7%). Et il y a en plus une certaine réduction de la fiscalité. Tout ça a donc contribué à une bonne tenue de l’économie belge en 2019, meilleure que dans le reste de l’Europe."


►►► À lire aussi : L'objectif de neutralité carbone, un "choc pétrolier sur trente ans" pour la Banque Nationale


Plus de gens à l’emploi – 74.000 en plus l’an dernier – des salaires qui augmentent globalement plus vite que l’inflation, et donc plus vite que l’augmentation des prix, pour bonne partie grâce à des accords sectoriels, et une baisse de la fiscalité – moins d’impôts payés sur les revenus du travail de par le tax shift. Donc, la conjoncture économique, le contexte international fait du yo-yo, c’est vrai, mais pas le taux d’emploi chez nous, le nombre de personnes à l’emploi, qui, lui, progresse depuis six ans.

Cela veut donc dire que la Belgique a mieux résisté que ses voisins au ralentissement de la croissance économique. Avec 1,5% de croissance en 2018 et 1,4% en 2019, on constate une très faible décélération. Le ralentissement est là, mais il est léger, moins marqué que dans le reste de la zone euro. En gros, la Belgique a bien résisté, alors que l’Allemagne, par exemple, était pratiquement en récession l’an dernier.

Le facteur "coup de bol"

L’emploi et les revenus jouent évidemment un rôle, mais il y a aussi le facteur "coup de bol", la composition même du tissu économique belge, entre autres parce que le secteur industriel y est de 10% moins important dans la richesse produite qu’en Allemagne.

"Or, justement, le ralentissement de l’économie mondiale était fort concentré sur le commerce international et sur l’industrie, poursuit Pierre Wunsch. Même au sein de l’industrie, on est positionné dans les secteurs — la pharmacie par exemple ou la chimie — qui ont mieux résisté. Et même dans le secteur automobile, qui a beaucoup souffert en Allemagne, on produit plutôt des véhicules électriques sur deux sites en Belgique, et il y a pour l’instant énormément de demandes. Donc, effectivement, il y a des effets dits de composition qui ont joué favorablement."

Et les services, qui sont un pan important de l’économie belge, sont pour l’instant plutôt épargnés par le ralentissement de la croissance.

Une embellie, mais…

Ce tableau ne doit pas masquer une autre la situation des finances publiques belges s’est détériorée l’année passée, depuis que le gouvernement fédéral est en Affaires courantes. Les recettes de l’État sont en baisse et, à politique inchangée, le déficit public va se creuser dans les mois qui viennent.

Il faudra à un moment donné se poser la question de savoir si l’on n’est pas en train de faire peser sur les générations futures le poids de la dette publique de par un allégement actuel, de par l’allégement aujourd’hui de la fiscalité.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK