Le mécanisme des aides à l’embauche fonctionne-t-il en Wallonie?

Le chômage des jeunes et des moins qualifiés reste plus important en Wallonie que dans le reste de la Belgique. Il existe pourtant des aides à l’embauche régionalisées qui visent justement ces deux publics particuliers.

Mais est-ce que ce mécanisme wallon des aides à l’embauche fonctionne-t-il ? Selon l’évaluation de l’IWEPS, l’Institut wallon de la prospective et la statistique, les résultats sont assez mitigés.

La création nette d’emplois reste limitée et cantonnée, majoritairement à des emplois temporaires. Ces aides à l’embauche, appelées impulsion en Wallonie, permettent effectivement de créer des emplois en Wallonie pour les publics ciblés, réputés les plus vulnérables, mais il y a aussi des effets indésirables à ces subsides, dont entre autres la destruction d’emplois.

L’emploi qui est stimulé par ce type de politique est potentiellement moins productif

C’est ce qu’on appelle un effet de substitution. Ces subsides, en visant certains profils, font que les employeurs préfèrent, dans certains cas, une personne moins qualifiée ou avec moins d’expérience à une personne plus qualifiée.

Globalement, la création nette d’emplois est plutôt positive, mais pour deux emplois créés, il y en a un qui sera détruit, ce qui vient nuancer l’effet de ces aides à l’embauche sur le volume total de l’emploi.

Et ce n’est pas non plus concluant pour les bénéficiaires de ces aides. Les jobs créés grâce aux aides à l’embauche sont souvent loin d’être pérennes et ne sont pas forcément prolongés au-delà de la durée du subside.

« Ce qu’on montre, c’est que l’emploi qui est stimulé par ce type de politique est potentiellement moins productif et a donc une probabilité de survivre qui est moindre. Les gens qui seront engagés perdront donc leur emploi parce que cet emploi ne va peut-être pas survivre à la fin du subside. C’est un emploi qui est là parce qu’il est aidé », précise Mathieu Delpierre, attaché scientifique à l’IWEPS.

Cela crée donc un autre effet indésirable pour certaines personnes : des allers-retours entre chômage et emploi.

Le bénéfice pour la personne est positif en termes d’expérience professionnelle

Les résultats de l’IWEPS montrent aussi une légère baisse des investissements de la part des entreprises et une légère contraction de la croissance économique. Bien que ces aides à l’embauche ne visent pas à stimuler l’investissement ou la croissance économique.

« Finalement, le but de cette politique n’est peut-être pas d’accroître le volume de l’emploi. Même si l’emploi est de courte durée, peut-être que le bénéfice pour la personne est positif en termes d’expérience professionnelle et pour ce qu’elle pourra atteindre plus tard dans sa carrière sur le marché de l’emploi. »

Augmentant sans doute au passage les chances, à long terme, de retrouver un boulot.

Or le coût d’une telle politique d’aide à l’embauche ciblée et limitée dans le temps est moindre que, par exemple, le coût des réductions de cotisations patronales qui, elles, concernent tous les emplois, et ça, peu importe que ces emplois existent déjà sans subsides ou non.

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