Le Limbourg revit après Ford Genk: quelles leçons pour Charleroi?

Le Limbourg revit après Ford Genk: quelles leçons pour Charleroi?
Le Limbourg revit après Ford Genk: quelles leçons pour Charleroi? - © Belga

La province du Limbourg revit, économiquement. Six ans après la fermeture de Ford Genk, le plan stratégique mis en place pour limiter les dégâts sociaux et industriels vient d'être évalué. Et c'est un succès, le Limbourg a par exemple le taux de création d'emplois le plus élevé de Belgique.

Le site de l'ancienne usine Ford est presque entièrement réaffecté à de nouveaux projets (un campus pour start-ups, un projet du port de Genk, et un entrepôt logistique construit depuis février par l'entreprise Essers, à destination de l'industrie chimique)
Ce terrain va accueillir dans les semaines qui viennent - à nouveau - des centaines emplois.

Cinq ans pour récupérer les emplois perdus

Le taux de chômage dans le Limbourg est aujourd'hui inférieur à ce qu'il était avant la fermeture de l'usine. Oui, le plan SALK semble avoir donné un second souffle à l'industrie dans le Limbourg. Et ce plan limbourgeois a servi de source d’inspiration à Charleroi, qui a mis sur pied un plan similaire (CATCH), après le départ de Caterpillar, en 2016.

L'inspiration n'est pas due au hasard. Les similitudes sont nombreuses entre Ford Genk et Caterpillar. Au moment des deux fermetures , Genk et Charleroi ont un chômage plus élevé et un niveau moyen de qualification plus faible que leurs régions respectives. Les conséquences pour l'emploi ont été comparables d'un côté et de l'autre.

Les deux plans, pour le Limbourg, et pour Charleroi prévoient à peu près la même chose, dans le même délai. Avoir récupéré le nombre d’emplois perdus du fait des deux grands crashs dans les cinq ans.

Après la fermeture de l'usine Ford, ce sont en tout 8000 emplois qui sont perdus sur grosso modo 250.000 dans la région.
Pour Caterpillar, c'est 4000 emplois qui ont été perdus sur un total de 125.000. Et pour Jean-Pierre Hansen, ancien patron d’ Electrabel qui préside aujourd'hui le plan Catch à Charleroi, ces ressemblances expliquent pas mal de similitudes dans les plans stratégiques, notamment en termes de délais:

"Les deux plans, celui de SALK pour le Limbourg, et celui de CATCH pour Charleroi prévoient à peu près la même chose, dans le même délai. C’est-à-dire, dans les cinq ans, avoir récupéré le nombre d’emplois perdus du fait des deux grands crashs : 8000 emplois à Genk, et 4000 à Charleroi."

Qu'est-ce qui a donc fonctionné dans le Limbourg, et qui pourrait fonctionner à Charleroi? Nous avons posé la question à Herman Daems, l'économiste qui a piloté le plan SALK dans le Limbourg (et qui est président du conseil d'administration de BNP Paribas Fortis). Voici sa réponse:

Emploi privé et innovation

"Rien ne fonctionne sur le court terme. Il faut miser sur le long terme et aller stimuler toutes les entreprises familiales, et en particulier leurs exportations. Nous avons aussi stimulé l’innovation, en partenariat avec des universités, en créant des centres de recherches. Des centres qui avaient pour objectif de développer des activités à destination des entreprises limbourgeoises.

On a aussi créé un esprit d’entrepreneuriat. Beaucoup d’entreprises se sont lancées récemment, avec des jeunes qui ont décidé de faire ce qu’ils voulaient au lieu d’aller travailler dans une grande entreprise."

Et les chiffres donnent plutôt raison à Herman Daems: l'année dernière, la création d'entreprises a augmenté de presque 5% par rapport à 2016, avec 6700 nouvelles entreprises sur le territoire provincial. Le plan SALK a en fait "tout simplement" misé sur la création d'emplois privés.

Patience...

Charleroi a une stratégie comparable. Pour Jean-Pierre Hansen, "le bassin de Charleroi a perdu 9.000 emplois en dix ans, et sur la même période 10.000 en ont été créés". L'idée est donc bien de se reposer sur les secteurs qui ont déjà créé de l’emploi sur la  dernière décennie : manufacture de pointe, biotechnologies, logistique, aéronautique, et digital. Mais pour les résultats, à nouveau, encore quelques années de patience.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK