Le jour où l'intelligence artificielle fait son entrée dans les smartphones

Selon Gartner, l’apport de l’intelligence artificielle dans le smartphone réside dans sa capacité de personnaliser l’usage du mobile.
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Selon Gartner, l’apport de l’intelligence artificielle dans le smartphone réside dans sa capacité de personnaliser l’usage du mobile. - © NICOLAS ASFOURI - AFP

A quelques jours d’intervalle, Huawei et Apple commercialisent des téléphones dotés d’intelligence artificielle. Une tendance lourde qui devrait rapidement se généraliser chez tous les constructeurs. Mais inutile de rêver, les premiers exemplaires sont chers, très chers et les applications encore peu nombreuses. 

L’intelligence artificielle est la capacité, pour une machine, de jouir d’une certaine autonomie pour régler des problèmes dont la résolution est normalement assurée par un humain. Et cela comprend la faculté de faire des choix. C’est le cas des robots dont le plus bel exemple est la voiture autonome.

Mais cette fois, il est question d’intégrer cette intelligence dans un smartphone. Avec cette contrainte particulière que l’accès au big data qui se cache dans le Cloud est rendu plus difficile. Le smartphone doit devenir intelligent en mode autonome. Et c’est toute la difficulté de l’exercice.

Pour le bureau d’études Gartner, l’apport de l’intelligence artificielle dans le smartphone réside dans sa capacité de personnaliser l’usage du mobile. Le téléphone sait où se trouve son utilisateur, s’il travaille ou est en congé. L’intégration de l’AI dans le mobile rend ainsi les applis plus utiles en leur permettant d’intégrer les modèles de comportement de l’utilisateur.  

C’est cette intelligence qui tente de faire son entrée -au-chausse –pied- dans l’univers très miniaturisé des smartphones. Après la qualité d’affichage, le design et la miniaturisation, les trois leaders que sont Samsung, Apple et Huawei se font maintenant la guerre sur le terrain des neurones de silicium. Apple avec son processeur Bionic et Huawei avec son Kérin 970. Samsung, lui ne communique pas, signe, peut-être d’un certain retard. Le premier smartphone " intelligent " annoncé est le Mate10 de Huawei présenté ce 16 octobre, suivi par l’iPhone X, le 26 du mois.

Dans quel domaine se développe l’AI mobile?

Le chinois Huawei investit particulièrement dans la photo. Il a équipé son smartphone "très" haut de gamme de 3 caméras. L’intelligence ne vient donc plus du photographe, mais de l’appareil photo. Un appareil qui utilise un algorithme capable de comparer le futur cliché avec des milliers de photos mémorisées dans différentes circonstances (paysage, mer, montagne, chien anniversaire…). Il va donc systématiquement utiliser les paramètres les plus indiqués pour chaque environnement. Avec ce risque, bien sûr, que tout le monde se retrouve avec les mêmes types de photos de chien, d’anniversaire ou de vacances à la mer. Et c’est le même algorithme qui, sur une photo de groupe pourra focaliser non pas sur une zone, mais sur chaque visage

Tant Huawei que Apple comptent sur l’intelligence artificielle de leurs caméras pour ouvrir de nombreuses possibilité dans le domaine de la reconnaissance faciale. Pour la sécurité d’accès à son smartphone d’abord, pour les paiements mobiles ensuite, mais aussi pour un usage marketing. Un magasin dont vous vous approcherez pourra vous reconnaître visuellement.

La traduction immédiate

Un autre secteur de développement est la traduction en temps réel d’un texte écrit dans un choix de 60 langues. Avec un prototype du Mate 10 de Huawei utilisant une appli Microsoft, nous avons fait le test de traduction d’un poème rédigé en allemand. Il suffit de photographier le texte pour voir s’afficher la traduction française sur l’écran. Ce procédé n’est pas neuf, mais désormais il est rendu plus rapide grâce à la faculté du téléphone de réaliser tout le traitement dans le smartphone. Pour la reconnaissance d’un texte parlé, le processus est pourtant plus lent, car il faut, cette fois, recourir à l’intelligence du cloud.

Cette traduction au vol est un grand fantasme des informaticiens. Déjà dans les années 90, HP évoquait cette application dans une vidéo. Un quart de siècle plus tard, Google réalise ce rêve avec ses écouteurs Pixels Buds attendus au Etats-Unis pour les fêtes. Prix : moins de 150 euros.

La réalité augmentée

Troisième secteur de prédilection de l’AI mobile: la réalité augmentée qui désigne l’intégration d’information dans une image réelle qui s’affiche à l’écran du smartphone. Un domaine qui peinait à se développer et que l’intelligence artificielle embarquée par Huawei et Apple permettra de domestiquer. Par exemple pour des applis de jeux en 3D. Selon des sources proches de la marque à la pomme, l’intelligence pourrait aussi prendre la forme d’un clavier prédictif.

Les puces d’intelligence artificielle faisant à peine leur apparition, les applications pour mobile ne sont pas légion. Huawei évoque bien une solution destinée aux malvoyants qui, en présentant leur smartphone devant eux, sont avertis des obstacles. Et comme pour la traduction automatique, le concept n’est pas neuf, mais le processus est considérablement accéléré.

Le défi de la miniaturisation de l’intelligence artificielle

L’une des difficultés rencontrées par les constructeurs est de disposer de l’intelligence artificielle sans recourir aux données du cloud. Parce que l’accès au Big Data est plus lent et très glouton en énergie. Ce qui a obligé Huawei a embarquer pas moins de 64 à 256 Go de mémoire interne (et 6 Go de RAM) dans son Mate 10. Réalisé le processus en interne évite de consommer de la batterie en allant dans le cloud et du point de vue de la sécurité, rien ne sort du smartphone.

Le secret: une troisième unité de calcul

Aujourd’hui, un smartphone dispose généralement de deux moteurs de calcul: l’unité centrale (CPU) et l’unité graphique ( GPU). Le premier est spécialisé dans le traitement des données et le second dans le traitement graphique. Mais cette fois, le nouveau processeur Kirin 970 de Huawei ajoute un troisième moteur baptisé NPU Neural Processing Unit). Il est décrit par le constructeur comme " un système de prédiction de comportement intelligent qui a conscience du contexte, qui a connaissance des attentes du propriétaire et assure ainsi une allocation plus intelligente des ressources. " Lors d’une prise de vue, il serait capable de la comparer plus de 2000 photos en une minute

Arne Herkelmann, (Head of Portfolio pour l’Europe de Huawei) assure que son nouveau bateau amiral sera 5 fois plus rapide qu’un iPhone 7 et 20 fois plus rapide qu’un Galaxy 8. À vérifier bien sûr.

 

Huawei a—t-il une longueur d’avance sur ses concurrents directs ?

Huawei est le premier à annoncer, ce 16 octobre, la disponibilité de son premier mobile "intelligent". Mais Apple commercialisera dans quelques jours (la vente en magasin est prévue le 3 novembre) son iPhone X équipé de sa puce A11 Bionic. Le constructeur revendique six cœurs au lieu de 4, une vitesse accrue de 25 % et des performances augmentées de 70%. L’autonomie devrait être accrue de 2 heures par rapport à l’iPhone 7. (chiffres constructeurs)

Dans le passé, Tim Cook a plusieurs fois affirmé que l'intelligence artificielle et la réalité augmentée ont un rôle important dans la stratégie de Apple. Comme son concurrent chinois, la puce Bionic A11 revendique un système neuronal basé, ici, sur une technologie dDynamiQ d’ARM. optimisée pour l’intelligence artificielle. On pense notamment aux capacités de "machine learning", et de reconnaissance d’objets. Apple travaille sur un ANU (Appel Neural Unit) comparable au NPU de Huawei et qui devrait permettre, lui aussi, d'exécuter localement des tâches sophistiquées sans avoir à communiquer avec les serveurs d'Apple.

Qualcomm, fabricant des puces Snapdragon pour mobiles a développé un processeur doté d’un module chargé de gérer l’intelligence artificielle. Quant à Google, il compte sur son TPU (Tensor Processing Unit) qui gère aussi l’intelligence artificielle, mais dans les centres de données. Seul Samsung (que nous avons contacté) demeure en retrait par rapport à une tendance pourtant forte du marché.

Huawei est donc aujourd’hui le premier à commercialiser un mobile intelligent, mais il ne restera pas seul très longtemps. Raison pour laquelle l’entreprise chinoise se dit favorable à l’ouverture aux autres pour partager "ses compétences", mais Arne Herkelmann, nous a clairement assuré qu’il ne sera pas question de commercialiser ses nouvelles puces intelligentes auprès d’autres constructeurs.

Siri, Allo, Cortana…des assistants intelligents, mais pas trop

Une autre source d’intelligence bien connue de nos smartphones est l’assistant vocal de type Siri ou Cortana. Le site O1.net publie un document réalisé par une équipe de chercheurs de l’université de Cornell qui ont testé le QI de ces assistants. Et, faut-il s’en réjouir (?), aucun de ces assistants n’atteint l’intelligence humaine d’un enfant de 6 ans. 

Alors que le petit homme affiche un QI de 55,5, le meilleur des assistants, (Google) plafonne au QI de 47, devant Bing (32) et Siri (24). Et, à ce jour, aucun assistant ne peut apprendre ni générer de nouvelles connaissances. Le test remonte à 2016, 

A quoi ressembleront les machines mobiles intelligentes ?

Extérieurement cela restera un smartphone assez classique, avec écran toujours plus grand de 5,5 ou 6 pouces. La batterie, plus imposante atteindra 4000 mAh. De quoi afficher 20h de vidéo en continu ou 30h d’appel en 3G. Et, si l’on en croit l’annonce faite par Huawei, il suffira de 30 minutes pour recharger près de 60% de la batterie de son dernier modèle.

La caméra devient plus intelligente, la possibilité de disposer de 2 cartes sim se généralise, en même temps que la tendance offrir une meilleure résistance à l’eau et à la poussière.

Gartner prédit qu’en 2020, l’intelligence artificielle figurera parmi les 5 priorités d’investissements de 30% des entreprises. Le bureau d’études ajoute que les domaines les plus prometteurs se trouvent dans les applications d’intelligence artificielle pour mobile. Nous serons rapidement fixés...

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