Le Japonais Toshiba plombé par sa filiale Westinghouse l'an passé

Le Japonais Toshiba plombé par sa filiale Westinghouse l'an passé
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Le Japonais Toshiba plombé par sa filiale Westinghouse l'an passé - © TORU YAMANAKA - AFP

Le conglomérat industriel japonais Toshiba redoute une perte colossale record pour l'exercice clos 2016/17, plombé par sa filiale nucléaire américaine Westinghouse, un tonneau des Danaïdes qu'il a fini par placer en faillite pour solder l'affaire.

Le géant diversifié, qui avait déjà laminé sa réputation en 2015 avec un scandale de falsifications de comptes sur plusieurs années, évalue à 950 milliards de yens (près de 8 milliards d'euros) sa perte nette annuelle 2016/17.

Toujours incapable de donner des résultats définitifs, Toshiba, dont l'action est menacée de radiation, a publié cette nouvelle estimation pour répondre en partie aux exigences des autorités boursières et des actionnaires excédés par ses péripéties incessantes depuis deux ans.

Le groupe, plongé dans une tourmente qui a déjà décimé une équipe complète de dirigeants, prévient que les chiffres présentés lundi sont susceptibles d'être révisés une fois examinés à la loupe par les commissaires aux comptes.

Faillite de survie

Toshiba évalue son chiffre d'affaires de l'exercice d'avril 2016 à mars 2017 à 4.870 milliards de yens, contre 5.154 milliards un an plus tôt.

Il jauge son gain d'exploitation à 270 milliards de yens. Précédemment, Toshiba pensait accuser une perte d'exploitation de 500 milliards, mais cela intégrait, avant le dépôt de bilan, les mauvaises performances de Westinghouse qui n'existe désormais plus dans les comptes consolidés. Cette firme avait été rachetée au prix fort par Toshiba en 2006 dans l'espoir de devenir le plus important concepteur mondial de réacteurs nucléaires. C'était avant le drame de Fukushima en 2011 et ses conséquences financières sur le secteur.

Toshiba a passé en perte exceptionnelle (hors exploitation) les charges relatives à Westinghouse qui avait mal calculé les risques liés à la construction de centrales nucléaires aux Etats-Unis, ce qui l'a obligé à défalquer 1.260 milliards de yens. D'où le catastrophique résultat net.

Sur le plan purement opérationnel, le chiffre d'affaires a dévissé de 6% à 8% dans trois des cinq activités centrales, mais les gains d'exploitation ont augmenté après avoir subi un accident de parcours en 2015/16, déjà à cause de Westinghouse.

Les profits ont été particulièrement importants dans le segment du stockage de données et des composants, un domaine que Toshiba va cependant devoir en partie délaisser du fait d'une trésorerie totalement asséchée par la déroute de l'activité nucléaire à l'étranger.

Western Digital dit non

Reste que la vente espérée de l'entité de puces-mémoires, Toshiba Memory, la pépite du groupe, pour renfluer les caisses, se heurte à l'opposition du partenaire SanDisk, désormais propriété du géant Western Digital, qui dénonce une stratégie unilatérale en violation des accords liant les deux groupes depuis 17 ans.

Western Digital a assigné le japonais devant la cour d'arbitrage de la Chambre internationale de commerce, exigeant que Toshiba ne cède pas à un tiers ses parts de leur activité conjointe sans le consentement de SanDisk.

"La tentative de Toshiba de vendre la société affiliée Toshiba Memory est explicitement interdite sans l'accord de SanDisk", assure le groupe américain qui exploite avec Toshiba des usines de puces-mémoires au centre du Japon.

"Nous croyons fermement que nous fournissons à Toshiba la solution optimale pour relever ses défis", a-t-il ajouté, disant regretter de se sentir forcé de passer par la justice pour faire valoir ses droits, "tous les autres efforts pour parvenir à une résolution ayant à ce jour échoué".

Par ailleurs, alors que Toshiba est fermement décidé à céder la filiale incriminée au plus offrant (il examine actuellement les propositions d'entreprises de diverses nationalités), le gouvernement japonais, qui sait l'importance stratégique des technologies en jeu, aimerait que ces actifs ne partent pas dans des mains étrangères.

Selon le Financial Times, les pouvoirs publics seraient prêts à garantir des emprunts bancaires à hauteur de 900 milliards de yens (7,3 milliards d'euros) pour que Toshiba choisisse un acquéreur nippon ou à tout le moins considéré comme proche des intérêts japonais.

Espérant malgré les embûches mener à bien sa restructuration comme il l'entend, Toshiba a donné des prévisions pour 2017/18 (exercice débuté le 1er avril).

Il s'attend à un nouveau recul de son chiffre d'affaires, à 4.700 milliards de yens, évalue à 200 milliards de yens son gain d'exploitation, en repli à cause des variations de changes, mais pense afficher un résultat net positif de 50 milliards de yens.

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