Le gaz de schiste: opportunité énergétique ou risque écologique?

Manifestation en France contre l'exploitation du gaz de schiste
Manifestation en France contre l'exploitation du gaz de schiste - © AFP/PHILIPPE MERLE

L'exploitation du gaz de schiste en Europe est un sujet extrêmement sensible ! Il y a d'un côté les adversaires résolus et de l'autre les partisans qui le sont tout autant. Pourtant, le dossier ne semble pas suffisamment mur pour que l'on puisse trancher définitivement sur la question. Le responsable pour Total de cette technologie, Bruno Courme, était mercredi l'invité de la Société royale d'Economie politique de Belgique.

Trancher, c'est ce que le président français, François Hollande, a fait en affirmant qu'aucun permis ne serait accordé pendant son quinquennat. Il met ainsi fin à une polémique de plus en plus virulente.

Pour les grandes industriels européens, l'Europe fait fausse route si elle ferme définitivement la porte au gaz de schiste. Le lobbying est intense. Mais le dossier n'est pas mûr... Personne n'est capable d'estimer avec précision le potentiel de gaz de schiste. Étonnamment, le sous-sol européen est mal connu et il faudra du temps pour le mesurer.

Beaucoup de "si", mais des industriels volontaires

Malgré le véto français, Total persévère sur ce projet. Bruno Courme en est le responsable au niveau européen. "C'est un processus qui est long en soi et qui, dans le contexte européen, est certainement aussi rallongé par un certain nombre de questions que se pose la société civile", commente-t-il.  "Des questions qui sont parfaitement justifiées, auxquelles on devra répondre", ajoute Bruno Courme, en soulignant cependant qu'aux États-Unis, il n'a pas été nécessaire de répondre avec autant de détails. "C'est un processus qui est long ,qui prend plusieurs années, il y a un certain nombre d'étapes qui sont d'abord de l'exploration, puis vraisemblablement passer par un pilote de production, qui sera donc une production réelle mais de taille limitée, et puis ensuite une production industrielle un peu plus importante à grande échelle si jamais le potentiel est là", explique-t-il.

Il y a encore beaucoup de "si" avant d'envisager une éventuelle exploitation du gaz de schiste. Travaillant pour Total, Bruno Courme est juge et partie. Et quand on lui demande s'il est indispensable d'aller au bout de la démarche, il marche sur des oeufs. "L'Europe a besoin de gaz, je crois que tout le monde s'accorde plus ou moins là-dessus", dit-il. "Ensuite, la position d'un avenir industriel à ce sujet, c'est pas dire si on doit le faire ou pas, c'est plutôt dire, si un pays ou une société décide de le faire, quels sont les enjeux (...) quels sont les risques", ajoute-t-il, tout en soulignant que "puisque c'est une entreprise industrielle, (...) il y a un certain nombre de désagréments qui sont associés, qu'on ne peut pas éviter".

Les risques potentiels sont d'ailleurs bien présents dans les esprits. Ils sont de trois ordres: la fracturation, l'étanchéité du puits et l'environnement en surface. Mais le débat est technique, et les avis sont souvent très tranchés. La grande difficulté, et Bruno Courme le reconnait, c'est de trouver un arbitre consensuel.

Des risques potentiels encore mal estimés

Du côté des géologues universitaires, les difficultés apparaissent question objectivité. L'un des deux experts approché a travaillé longtemps pour un grand groupe énergétique...  et l'autre s'appelle Jean-Marc Baele. Il est professeur de géologie à l'Université de Mons. Il définit le cadre indispensable avant toute exploitation éventuelle du gaz de schiste. "Ce qu'il faut mettre en place tout d'abord", dit-il, "c'est un cadre législatif qui soit adapté et veillé à ce qu'il soit appliqué".

Un cadre législatif pour réglementer la proposition des fluides de fracturation, mais aussi pour obliger un projet à passer par une phase d'exploration géologiques suffisamment poussée afin de détecter par exemple d'éventuelles failles qui pourraient être réactivées par des opérations industrielles, explique Jean-Marc Baele, "afin de détecter des aquifères en surface d'eau potable, etc, et de mesurer un petit peu la durabilité de ce site".

M. Visart, avec W. F.

 

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