Le FMI s'inquiète d'un risque de "déraillement" de l'économie mondiale: exagéré?

La directrice du FMI, Christine Lagarde, le 8 janvier 2016 à Yaoundé
La directrice du FMI, Christine Lagarde, le 8 janvier 2016 à Yaoundé - © Stephen Jaffe

L'économie mondiale peut "dérailler": en pleine tempête boursière, le FMI a abaissé mardi ses prévisions de croissance et lancé une mise en garde face au ralentissement chinois et à la méforme persistante des autres pays émergents.

"La croissance mondiale pourrait dérailler si les transitions importantes de l'économie mondiale ne sont pas bien gérées", prévient le Fonds monétaire international dans ses nouvelles projections trimestrielles.

Ce n'est pas la première fois que le FMI s'inquiète pour l'économie mondiale, mais visiblement ses experts semblent de plus en plus préoccupés. Une dépêche AFP publiée sur ce site évoque un possible déraillement de l'économie mondiale, le mot semble exagéré mais c'est quand même un solide avertissement. Vu la tension et des doutes actuels, les mots sont importants. 

Le Fonds Monétaire International dit ceci : un nouveau choc économique pourrait faire dérailler les projections de croissance. La nuance est de taille, n'empêche que, de trimestre en trimestre, les experts du FMI sont de plus en plus pessimistes. Ils viennent une fois de plus de revoir à la baisse leurs prévisions de croissance mondiale: 3,4 % pour cette année et 3,6 pour 2017. Dans les deux cas, un abaissement de 0,2 % avec des risques importants.

Sans surprise, ils viennent des pays émergents, la Chine en tête. Si la croissance est plus faible qu'annoncée par Pékin, cela fera mal et la confiance s'en ressentira. 

Le FMI ne le dit pas, mais c'est déjà évident sur les marchés, l'aversion au risque grandit et ce n'est pas vrai seulement en bourse. Les investissements des entreprises pourraient s'en ressentir.
La Russie reste en récession. Quant au Brésil, il continue à s'y enfoncer.

Avec un autre risque important: si le dollar devait trop s'apprécier, les pays émergents seront d'autant plus fragiles. Enfin, une escalade des tensions politiques pourrait affecter le commerce, les flux financiers et le tourisme. On vous le disait : guère optimiste, le FMI!

Chute de l'or noir

Désormais, note le FMI, les effets positifs de la chute de l'or noir s'"atténuent" à mesure qu'augmentent les pertes des pays producteurs, "soumis à rude épreuve", et que fondent les investissements dans l'extraction de pétrole et de gaz.

Certains pays émergents n'avaient pas besoin de ça. Déjà frappée par des sanctions liées à la crise ukrainienne, la Russie devrait rester en récession cette année (-1,0%) tout comme le Brésil (-3,5%) qui pâtit, selon le FMI, "d'incertitude politique" et des "répercussions persistantes" du scandale de corruption de la compagnie pétrolière Petrobras.

Le géant d'Amérique latine devrait entraîner une nouvelle fois dans sa chute l'ensemble du sous-continent pour lequel le FMI prévoit une nouvelle récession de 0,3% cette année.

L'Afrique subsaharienne est comparativement mieux lotie avec une croissance attendue de 4,0% cette année.

Dernier péril pour les émergents, la normalisation progressive de la politique monétaire américaine, amorcée en décembre, a déjà contribué à un "durcissement" de leur financement, à un assèchement des flux de capitaux et à de "nouvelles dépréciations monétaires", souligne le FMI.

Le défi des migrants

Du côté des pays industrialisés, les États-Unis continuent de mener le bal même si le FMI abaisse légèrement sa prévision cette année (-0,2 point, à 2,6%) en arguant de la "vigueur du dollar", qui pèse sur l'activité manufacturière, et de la chute de l'activité du secteur pétrolier.

Ancien épicentre de la crise, la zone euro se relève peu à peu et voit sa prévision rehaussée de 0,1 point à 1,7%, malgré un petit "fléchissement" des exportations.

L'Espagne (2,7%), l'Allemagne (1,7%) et, dans une moindre mesure, la France (1,3%) devraient porter l'économie de la région cette année, selon le FMI.

L'afflux de migrants en Europe constitue toutefois un "grave problème" pour un marché du travail déjà au ralenti, et requiert des mesures d'intégration pour "débloquer" les bienfaits économiques à plus long terme, exhorte le Fonds.

"La vague de réfugiés constitue un grave problème pour la capacité d'absorption des marchés du travail de l’Union européenne et met à l'épreuve les systèmes politiques", note l'institution.

Plus généralement, alors que les attaques terroristes ne faiblissent pas et que l'instabilité reste forte au Moyen-Orient, le Fonds s'inquiète d'une possible "escalade des tensions géopolitiques" qui minerait davantage la confiance et perturberait le commerce mondial.

Consulter les perspectives de l'économie mondiale du FMI

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