Le FMI craint réellement l'éclatement de la zone euro

Des piétons passent devant le siège du Fonds monétaire international à Washington
Des piétons passent devant le siège du Fonds monétaire international à Washington - © Mandel Ngan

Le sommet des 28 et 29 juin devait la mettre bas, mais la crise, loin d'être éteinte, continue de menacer la survie de la zone euro malgré les avancées réalisées lors du sommet, estime le Fonds monétaire international dans un rapport publié mercredi, qui plaide pour que l'union bancaire se concrétise rapidement et qui appelle la BCE à agir. Mais la discorde règne toujours parmi les Européens.

C'est une mise en garde solennelle et fort peu habituelle dans l'univers feutré des grandes organisations internationales: "Malgré des décisions politiques majeures, les marchés financiers restent soumis à de vives tensions dans certaines parties de la région, ce qui remet en question la pérennité de l'union monétaire elle-même". Ces mots, le FMI les écrit dans son rapport annuel sur la zone euro et cela sonne comme un dernier appel aux politiques européens pour qu'ils prennent la mesure de la crise.

Ce diagnostic fait écho aux propos de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui s'est dite mercredi "optimiste" mais pas "assurée" de la réussite du projet européen car "certains pays en Europe ont encore beaucoup de travail" pour regagner la confiance des marchés.

L'Allemagne veut-elle la survie de l'euro ?

C'est pourtant l'Allemagne qui est montrée du doigt pour le peu d'empressement qu'elle met à faire avancer les mesures susceptibles de contrecarrer les ravages de la crise des dettes souveraines. Des mesures que, paradoxalement, elle a elle-même cherché à imposer. Dernier épisode de cette valse-hésitation germanique: la saisine de la cour constitutionnelle allemande pour vérifier la conformité du Mécanisme européen de solidarité et du pacte fiscal avec la constitution allemande. La Cour ne rendra pas son verdict avant septembre, ce qui obscurcit l'horizon et contribue à entretenir l'inquiétude des marchés. D'aucun se posent désormais ouvertement la question: l'Allemagne n'a-t-elle pas fait le choix de laisser la zone euro éclater, pour lui substituer une zone "euro-mark" réduite aux quelques pays de l'orbite allemande.

L'Union bancaire européenne, la priorité

Le FMI relève dans son rapport que "les liens négatifs entre les finances des Etats, les banques et l'économie réelle sont plus forts que jamais".

Pour y remédier, "la première priorité est de mettre en place une union bancaire à l'échelle de la zone euro" avec une supervision commune, une garantie des dépôts et une autorité chargée de gérer les défaillances bancaires.

Le FMI estime que "les progrès qui ont été faits dans cette direction lors du sommet des 28 et 29 juin sont les bienvenus" mais qu'il faut accélérer le mouvement.

En effet, "l'aggravation de la crise laisse penser que les causes profondes ne sont pas traitées", tranche sévèrement l'institution. Or "seule une action convaincante et concertée pour compléter l'Union économique et monétaire peut stopper le déclin de la confiance à l'égard de la région".

Qui doit payer ?

A cet égard, le FMI estime que le mécanisme commun de garantie des dépôts et le fonds de gestion des défaillances des banques, deux des piliers de l'union bancaire, devront être financés non seulement par le secteur mais aussi avoir "recours à des ressources fournies par les gouvernements et la BCE". Or, à ce propos également, certains Etats ont clairement laissé entendre que le secteur privé devrait l'alimenter seul.

Deuxième chantier préconisé par le FMI: mettre en place des mesures de relance de la croissance.

L'institution a publié le 15 juillet des prévisions de croissance pour la zone euro de -0,3% cette année et de 0,7% en 2013 (contre 0,9% prévus précédemment).

Le constat n'est guère brillant: la demande intérieure va rester faible, les ajustements budgétaires vont peser sur la croissance, les exportations ne vont pas beaucoup profiter de la baisse de l'euro et le chômage va rester élevé. En revanche, l'inflation devrait "décliner significativement et pourrait même devenir négative", souligne le FMI.

Le risque de déflation, qui pourrait se concrétiser dès le début de 2014, est "relativement faible dans les économies en croissance rapide, mais sérieux dans les pays de la périphérie" de la zone euro.

Réformes structurelles

La relance de la croissance passe par une meilleure compétitivité car la zone euro perd du terrain par rapport à ses concurrents, souligne le rapport, qui appelle à des réformes structurelles. Revoir en profondeur le marché du travail, les systèmes de retraites, la fiscalité, pourrait entraîner une "hausse du PIB de 5% sur cinq ans", selon le FMI.

Mais cette exigence de réformes structurelles revête souvent la forme de plans d'austérité et de reculs des droits sociaux: abaissement du niveau des prestations sociales, rallongement des carrières, assouplissement des règles de licenciement. Toutes mesures qui soulèvent aujourd'hui l'indignation des populations concernées, à l'instar des Espagnols confrontés à un plan d'austérité drastique.

Le FMI presse la BCE d'intervenir

Dans l'intervalle, la BCE peut et doit intervenir estime l'institution financière: "étant donné que l'inflation est faible et diminue, la BCE a la possibilité de baisser ses taux et de déployer d'autres mesures non conventionnelles qui allégeraient la pression de certains marchés", souligne le FMI. Ces mesures non conventionnelles, c'est essentiellement un programme d'achat d'obligations d'Etat et une nouvelle opération de prêt à court terme de la BCE aux banques, sur le modèle de ce qu'elle a déjà fait à deux reprises en décembre et février. Elle leur avait alors prêté au total quelque 1000 milliards d'euros sur trois ans à des conditions très avantageuses, pour stimuler l'octroi de crédit et donc l'économie. Problème ici encore: ces mesures non conventionnelles ne font par définition pas partie des missions de la BCE. Partisane de la stricte orthodoxie en la matière, l'Allemagne rechigne à faire jouer à la BCE un rôle que le traité ne lui octroie pas.

Après les eurobonds, les eurobills

Par ailleurs, l'institution estime que la zone euro devrait renforcer son intégration budgétaire en "introduisant des formes limitées mais évolutives de mutualisation de la dette". On parle ici, non plus d'eurobonds -l'Allemagne y est farouchement opposée- mais plutôt d'un outil proche des bons du Trésor américain, l'eurobill. Il s'agirait de mutualiser de la dette à court terme, pour faire face à des besoins de financement limités mais à des taux avantageux en raison de la sécurité offerte par ces bons émis à l'échelon européen.

T.N. avec AFP

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