Le FMI abaisse ses prévisions de croissance : ce qui inquiète, c'est la dette des entreprises

Le Fonds monétaire international (FMI) abaisse une nouvelle fois ses prévisions de croissance économique dans le monde en 2019. Le FMI, qui table sur une croissance mondiale de 3,5% en 2019, explique cette décision par la persistance de tensions commerciales et la montée des risques politiques. Parmi ceux-ci, le Brexit au Royaume-Uni, ou encore la fronde sociale en France.

Le problème, selon Christine Lagarde, la patronne du FMI, c’est que ce ralentissement est plus vif que prévu. « Après deux années d’une solide expansion, l’économie mondiale croît plus lentement qu’attendu et les risques augmentent, a-t-elle déclaré. Est-ce que cela signifie qu’une récession mondiale nous attend au coin de la rue? Non, mais le risque d’un déclin plus accentué de la croissance mondiale a certainement augmenté. »

Autre facteur de risque : l’endettement de l’économie mondiale qui était de près de 250.000 milliards de dollars à la fin du troisième trimestre 2018 ; chiffres de l’Institut de finance internationale. L’évolution est assez inquiétante selon Philippe Ledent, économiste chez ING Belgique. « La dette mondiale continue d’augmenter relativement à l’activité économique mondiale, explique-t-il. C’est dans ce sens-là que c’est quand même relativement inquiétant. Ça veut dire que fondamentalement on a un monde qui, pour générer de l’activité, semble devoir s’endetter. Et cet endettement n’amène pas nécessairement un surcroît important de croissance dans le PIB mondial. »

La dette des entreprises a doublé en 10 ans

Pendant ce temps, les taux d’intérêt ont déjà commencé à remonter dans certaines parties du monde. Ce n’est pas encore le cas en Europe, mais c’est le cas notamment aux États-Unis, ce qui rend la dette plus lourde à supporter. Ce n’est pas vraiment l’évolution de la dette publique dans le monde qui inquiète le plusLa dette publique, c’est vrai, est très élevée. La dette des ménages, elle, est plutôt sous contrôle. En fait, la dette qui inquiète le plus pour le moment, c’est la dette des entreprises, en particulier aux États-Unis. Là, elle a doublé en 10 ans pour atteindre près de 10.000 milliards de dollars.

Comme l’explique Philippe Ledent : « Dans le cas des États-Unis, on sait que les entreprises sont quand même très endettées. Alors, évidemment, tant que les taux sont bas, il n’y a pas de problème. Quand les taux remontent et quand les primes de risque remontent, parce que le coût de financement pour les entreprises peut augmenter uniquement parce que les primes de risque augmentent, sans que les taux de la Banque centrale n’augmentent. Donc il faut surveiller ça. Ça les expose évidemment à des charges d’intérêt plus élevées et, dès lors, éventuellement à des problèmes financiers. Ce sont ces fameuses entreprises zombies qui arrivent finalement à garder la tête hors de l’eau uniquement en raison de charges d’intérêt très faibles, en raison de taux d’intérêt très bas. »


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Certains aux États-Unis n’hésitent pas à parler de bulle à propos de la dette des entreprises. Or, les bulles finissent toujours par éclater. Question : est-ce que l’éclatement de cette bulle éventuelle serait capable de provoquer la prochaine crise financière? Pas forcément, selon Philippe Ledent. Les crises financières, dit-il, commencent généralement là où on ne les attend pas. Et il y a, ajoute-t-il encore, 36 raisons qui pourraient causer la prochaine crise financière. Ça signifie aussi qu’on finira bien par avoir une crise financière, et ça, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Derrière, il y a la récession, etc., toutes les conséquences extrêmement désagréables pour tout le monde.

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