Le Dow Jones bat des records à New York: "On doit en trouver la raison dans la politique monétaire"

L’actualité économique de ce vendredi 4 août est marquée par un septième record d’affilée pour le Dow Jones, l’indice à la Bourse de New York. Il affichait 22 026 points en clôture jeudi soir à New York. Le Dow Jones a déjà gagné 11% depuis le début d’année. Et le mouvement est peut-être en train de s’essouffler puisque le célèbre indice boursier de Wall Street n’a gagné que 0,04% cette nuit, alors que les 2 autres grands indices boursiers à New York, le S&P 500 et le Nasdaq, se sont eux légèrement repliés.

Est-ce que ça veut dire que les grands indices boursiers américains sont en train de se retourner, qu’il faut peut-être s’attendre à une correction plus ou moins importante ? Il est toujours très délicat de faire des pronostics de ce type.

Ce qui est certain, c’est qu’après des périodes de forte hausse, une correction finit toujours par se produire. Elle fait naturellement partie des scénarios de Bruno Colmant, responsable de la recherche économique à la banque privée Degroof Petercam. "C’est toujours possible, analyse-t-il. Les marchés expriment ce qu’on appelle un sentiment. Celui-ci est très volatile et peut être un peu dépressif ou au contraire euphorique. Je crois que, s’il se passe quelque chose, on doit en trouver la raison essentiellement dans la politique monétaire."

Un contexte monétaire tout à fait particulier

Bruno Colmant poursuit : "Les taux d’intérêt sont extrêmement bas, tant aux États-Unis qu’en Europe et on sait que progressivement les banques centrales veulent normaliser la politique monétaire, c’est-à-dire progressivement augmenter les taux d’intérêt. Si les marchés ressentaient une hausse des taux d’intérêt imminente ou trop importante, cela pourrait certainement déprimer le marché. Donc aujourd’hui, les marchés tiennent en partie grâce à un contexte monétaire qui, de manière historique, est tout à fait particulier."

C’est ce contexte qui a permis au marché boursier de grimper tant et plus, en particulier aux États-Unis. A l'heure actuelle, les actions américaines sont considérées comme particulièrement chères au regard des bénéfices qu’elles sont capables de générer.

"Sous l'angle historique, c’est vrai que les valorisations sont élevées, reconnaît Bruno Colmant. Mais on n’a pas du tout atteint les niveaux qu’on avait connus en 2000 quand la bulle Internet a éclaté. Ceci étant, quand on s’intéresse de manière très particulière et très ciblée aux actions technologiques, on se rend compte que leur valeur boursière est essentiellement justifiée par des bénéfices à venir, au-delà de l’année 2020 ou 2025."

Position de monopole

Pour l'économiste, cela veut dire que "les personnes qui achètent par exemple Facebook, Amazon, voire Apple, parient sur la capacité d’innovation, mais aussi payent ce qu’on appelle une prime de monopole. C’est-à-dire que les investisseurs s’attendent à ce que ces entreprises technologiques restent dans une position de monopole et affirment de manière croissante leur monopole."

Or, le poids des grands groupes technologiques américains est extrêmement important sur les grands indices boursiers. Mercredi, par exemple, l’indice Dow Jones a franchi le seuil des 22 000 points. Mais cette hausse est entièrement à mettre au crédit d’Apple, dont l’action venait de grimper de 5 %. C’est en tout cas ce que disait après coup un analyste interrogé par l’Agence France-Presse.

Dans le même temps, le dollar, lui, n’en finit pas de perdre de la valeur par rapport à l’euro. Est-ce que c’est normal ? Sur ce point, il y a peut-être un élément d’explication qui renvoie moins au dollar qu’à l’euro selon Bruno Colmant. "C’est une situation un peu atypique parce que, si les capitaux s’orientent vers les États-Unis pour alimenter la Bourse américaine, la devise locale, c’est-à-dire le dollar, est recherchée et une devise recherchée coûte plus cher. Donc son court augmente."

Un euro qui se renforce, c’est un dollar qui se déprécie

Pour ce spécialiste, c'est bien là le paradoxe. "On a une Bourse américaine qui augmente, qui est certainement alimentée par des capitaux en partie étrangers, mais on ne voit pas que, de manière massive, les banques centrales ou les particuliers achètent des dollars. Donc c’est une situation un tout petit peu particulière. Mais de nouveau ce paradoxe doit trouver son explication dans une politique monétaire qui, en Europe, va peut-être se rétablir plus rapidement qu’aux États-Unis. Ce qui explique que l’euro se renforce par anticipation. Et donc un euro qui se renforce, c’est un dollar qui se déprécie."

En l’occurrence, l’euro s’est envolé de plus de 10% face au dollar, en quelques mois. Il faut ce matin près de 1,19$ pour 1€. On n’est plus très loin du seuil que certains qualifient toujours de symbolique de 1,20$ pour 1€.

L’euro plus cher risque d’avoir un impact négatif sur les grandes sociétés exportatrices de la zone euro. Un impact négatif sur leur revenu, mais aussi sur leur position compétitive. Et ce parce que leurs produits ou leurs services vont devenir plus chers.

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