"Le Dieselgate a permis de faire un virage à 180 degrés aux hommes politiques"

De plus en plus de pays profitent de l'affaire VW pour proposer l'interdiction des moteurs diesel.
De plus en plus de pays profitent de l'affaire VW pour proposer l'interdiction des moteurs diesel. - © THOMAS KIENZLE - AFP

Le procès de Volkswagen, qui s’ouvre ce lundi en Allemagne, est-il aussi celui du diesel ? En septembre 2015, le Dieselgate secouait le géant allemand, accusé d’avoir fraudé les tests sur la pollution de ses moteurs, et surtout d’avoir dissimulé des informations à ses actionnaires. Les investisseurs qui entament cette procédure réclament le remboursement de la différence en quelque sorte, soit plus de 9 milliards d'euros perdus.

Pour autant, l’horizon n’est pas si sombre pour Volkswagen, même si la firme a déjà perdu plus de 27 millions d’euros en procédures judiciaires aux Etats-Unis et en retrait de véhicules. "Les ventes de Volkswagen continuent à garder un cap plutôt encourageant pour le groupe", estime Olivier Duquesne, journaliste au Moniteur Automobile, invité de Jour Première.

Il y a huit ans, on recevait des primes pour acheter du diesel

La procédure doit durer jusqu’en 2019, mais elle a déjà partiellement ébranlé le secteur. "Cette affaire pèse sur l'ensemble du monde automobile", explique Olivier Duquesne. Le Dieselgate a déjà permis de faire "un virage à 180 degrés" aux hommes politiques, note le journaliste. Depuis le 1er septembre, la nouvelle norme d’émission, le WLTP, a remplacé en Europe l’ancienne NEDC, jugée irréaliste par rapport aux consommations des véhicules.

Olivier Duquesne estime que la vision du diesel a bien changé : "il y a huit ans, on recevait des primes pour acheter des diesels. Maintenant, on nous dit : le diesel c'est fini." En Allemagne, l’interdiction est déjà en vigueur : à Hambourg, où deux portions de rue ont banni ce carburant, et bientôt à Francfort et Stuttgart. Des échéances sont même fixées : entre 2025 et 2030, les véhicules thermiques (diesel et essence) pourraient être complètement interdits. "Pour l'instant, ce sont des décisions politiques, rappelle Olivier Duquesne. Il faut voir si le public va suivre : si les véhicules non-thermiques ne se vendent pas suffisamment, il y aura un problème."

Les diesels récents polluent beaucoup moins

Mais le diesel est-il vraiment un système à bannir ? Olivier Duquesne nuance, en rappelant que le diesel est vraiment efficace pour les longs trajets : "Si on roule beaucoup sur l'autoroute, il vaut mieux avoir un diesel, si on fait beaucoup de la ville, il vaut mieux avoir un véhicule essence ou avec un système électrique." Le diesel est donc encore utile pour certains automobilistes, même si, en cas d’interdiction à l’avenir, "il faudra bien trouver d'autres solutions pour ces déplacements-là", concède le journaliste.

Si le diesel est pointé du doigt à cause des émissions de particules fines toxiques, tous les modèles de moteurs ne sont pas tous équivalents pour autant. "Les diesels récents polluent beaucoup moins", affirme Olivier Duquesne, rappelant que les moteurs Euro 6, les plus récents, disposent de la technologie qui permet de filtrer les particules. Ce qui explique, par exemple, que le Japon ait rétabli l'autorisation du diesel dans les villes alors qu'il l'avait interdit, car il estime correct le niveau de pollution des diesels actuels.

Pour l'instant, le moteur électrique est marginal

Sur ce dossier, politique et économie sont intimement liées, explique Olivier Duquesne. "L’industrie automobile est dépendante des décisions politiques", rappelle-t-il. Plusieurs pays veulent en effet interdire les moteurs à énergie fossile, comme le Royaume-Uni, qui vise la suppression des moteurs thermiques en 2025, mais aussi la Norvège, les Pays-Bas, la France et la Belgique.

Mais pour justifier de telles mesures, il faut un vrai argument économique, note Olivier Duquesne. "Pour l'instant, le moteur électrique représente moins de 2% des ventes, c'est vraiment marginal, estime le journaliste. Est-ce que dans cinq ans, le moteur électrique arrivera à dépasser les 30 ou 40% comme c'est le cas en Norvège notamment ? Seul l'avenir nous le dira."

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