Le coronavirus risque d'anéantir les progrès enregistrés dans les pays pauvres

Le coronavirus risque d'anéantir les progrès enregistrés dans les pays pauvres
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Le coronavirus risque d'anéantir les progrès enregistrés dans les pays pauvres - © RODGER BOSCH - AFP

De laborieux progrès en matière de développement réalisés ces dernières années, anéantis en quelques mois par la pandémie de coronavirus: c'est le risque majeur que les pays pauvres encourent actuellement, a mis en garde vendredi David Malpass, le président de la Banque mondiale.

Dès le début de la crise, l'institution de Washington s'est portée au chevet des pays les plus vulnérables en particulier d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, s'engageant à fournir 160 milliards de dollars au cours des quinze prochains mois, soit jusqu'en juillet 2021.

Alors que ces pays manquent de presque tout, elle va financer de nombreux projets sur le terrain pour accélérer le dépistage du Covid-19, mettre en place des cordons sanitaires, faire de la prévention, apporter un soutien logistique aux équipes médicales ou encore aider à la continuité de la scolarité.

"Mais ce sera clairement insuffisant", a reconnu David Malpass à l'issue des réunions de printemps qui se sont tenues en mode virtuel.

"Si nous n'agissons pas rapidement pour renforcer les systèmes et la résilience (de ces pays), les progrès de développement enregistrés ces dernières années peuvent facilement être perdus", a-t-il commenté.

"Nous avons une longue route devant nous", a-t-il ajouté. "Des centaines de millions de personnes ont besoin de soutien".

Récession

Il a rappelé qu'avant même la paralysie de l'économie mondiale, "les besoins de développement étaient aigus". "Le fardeau de la dette et les problèmes de viabilité de la dette étaient énormes", a-t-il souligné.

Et ce sont ces mêmes pays, et ces "personnes extrêmement pauvres dans le monde", qui seront "gravement touchés par la récession mondiale".

Le président de la Banque mondiale comme la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva ont insisté cette semaine sur le caractère inédit de cette crise. Elle est "sans précédent" et ses effets sanitaires, économiques et sociaux "dévastateurs dans le monde entier", a redit David Malpass.

Le FMI table sur une récession mondiale de 3% cette année.

Et la contraction du PIB pourrait être plus sévère encore si la pandémie n'est pas maîtrisée d'ici fin juin et si les mesures de confinement devaient se poursuivre au second semestre.

Kristalina Georgieva a estimé que la crise, baptisée le "Grand Confinement", pourrait être la pire depuis la Grande Dépression des années 30.

"Nos estimations suggèrent un ralentissement mondial beaucoup plus profond que celui de la Grande Récession (suivant la crise financière de 2008), compte tenu de la baisse de la production, des investissements, de l'emploi et du commerce", a souligné le président de la Banque mondiale.

La pandémie de Covid-19 a déjà contaminé plus de 2,1 millions de personnes dans le monde.

Transparence

Le FMI et la Banque mondiale ont été à l'initiative de moratoires sur la dette des pays les plus pauvres pour leur permettre d'affronter la crise.

Sur ce point, David Malpass a indiqué lors d'une conférence de presse virtuelle avoir présenté cinq mesures pour s'assurer que les pays en bénéficiant se montrent transparents sur leur dette et sur la manière dont ils vont faire usage du budget dégagé.

Si les pays en voie de développement sont transparents, "ils sont beaucoup plus attrayants pour les investissements rentables provenant du monde entier et des secteurs privés du monde entier", a-t-il argué.

En contrepartie du moratoire annoncé cette semaine, "il y aura une surveillance de la façon dont les gouvernements utilisent l'espace budgétaire créé par l'allégement de la dette".

"Si un gouvernement économise de l'argent en ne payant pas ses créanciers, on s'attend à ce qu'il l'utilise pour la santé, l'éducation, la reconstruction économique, pour l'allouer à des moyens concrets pour aider les habitants", a-t-il insisté.

Inspirer la confiance

Se tournant vers l'avenir, quand la pandémie sera vaincue et que l'économie reprendra, il a souligné l'importance de rétablir la confiance des populations afin qu'elles participent pleinement à la reprise économique.

"Inspirer la confiance sera l'un des plus grands défis pour les gouvernements, ils devront parler avec force (...) de la valeur des personnes, la valeur de (..) leur pays", a-t-il dit.

Car sans confiance, pas de solide reprise économique.

Selon les projections actuelles du FMI, la reprise est attendue l'année prochaine mais le rythme devrait être "nettement inférieur à la tendance d'avant la crise", a d'ores et déjà prévenu Kristalina Georgieva.