Le compliqué confinement du vêtement

Ce n'est pas parce que le Conseil national de Sécurité annonçait vendredi la réouverture de la majorité des commerces pour ce 11 mai que d'un coup d'annonce magique les problèmes disparaissent pour le secteur. Car le 11 mai c'est dans deux semaines, une éternité pour ce secteur dont la situation économique est déjà extrêmement tendue comme l'expliquait ce matin notre collègue Michel Gassée sur les antennes de la RTBF. 

Pour chaque jour qui passe, les magasins qui doivent rester fermés perdent ensemble 140 millions d’euros de chiffre d’affaires selon l’organisation patronale du secteur, Comeos. Conséquence, les stocks débordent et cela est également une source d'inquiétude comme l'explique Pascale Schyns, administratrice d’une entreprise familiale qui emploie une vingtaine de personnes et exploite cinq enseignes de vêtements à Liège :" Assez inquiète par rapport à notre stock qui est énorme, qui venait juste d’arriver, tout comme les beaux jours. Donc, ça dure et on ne voit pas tellement encore comment on va s’en sortir pour essayer d’écouler tout ce stock".

Mauvais timing

En fait, la décision de confiner est tombée au plus mauvais moment pour les commerces de vêtements. Si pour les consommateurs cela peut sembler secondaire, le cycle des collections hiver-été est une mécanique de précision précise Pascale Schyns: "Notre marchandise est livrée, facturée et payée majoritairement en janvier et février pour la saison d’été. Et donc, à partir de début février, notre collection est mise en vente pour l’été. Mais depuis mi-mars, comme vous le savez, on est à l’arrêt. Pour le moment, notre état de stock est de 15% au niveau des ventes et on s’inquiète vraiment de voir comment on va pouvoir écouler les 85% restants".

15% du stock vendu, alors qu’habituellement à cette période de l’année, c’est trois fois plus. C’est simple, pour Pascale Schyns, mars et avril sont les deux mois les plus importants de la saison d’été, avec les communions, les fêtes, les mariages, etc.


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Rattrapage ?

La suite de la saison va-t-elle permettre à ce type de commerce de se rattraper au moins un peu, c’est évidemment l’espoir de tous les commerçants. Tout dépendra si les consommateurs vont revenir en masse ou pas. Autre incertitude, ce sont les soldes. Reportées au mois d’août, pas sûr que ce soit une bonne idée pour cette commerçante à Liège : "Je ne suis pas sûre que ce soit vraiment une solution idéale parce qu’on a déjà remarqué que quand les soldes étaient trop tard, les clients... en plus on est dans un pays limitrophe avec beaucoup d’autres pays, donc il faudrait que ce soit quelque chose de généralisé". Généralisé, donc coordonné avec les Pays-Bas, l’Allemagne, voire la France, parce que c’est vrai qu’il est extrêmement facile d’aller faire ses achats à Maastricht ou à Cologne quand on habite à Liège, ou en France si on habite de l’autre côté de la Belgique.

Saison d'hiver à financer

Autre point épineux, supporter les investissements nécessaires afin de préparer la saison d'hiver. Car dans ce secteur les commandes ont déjà été passées et les livraisons sont prévues pour juin et juillet. Et avec la livraison, bien sûr les factures à honorer. C’est d’ailleurs un peu la quadrature du cercle : il faut vendre la plus grande partie de son stock possible avant le début du mois de juillet pour pouvoir récupérer de l’argent, qui va permettre d’acquitter les factures qui commencent à tomber pour la collection d’hiver, et aussi bien sûr faire de la place pour les nouveaux vêtements et les chaussures qui arrivent.