"Le commerce a besoin d'un guide, pour l'instant c'est l'anarchie"

De plus en plus de petits commerces mettent la clé sous la porte dans les centres-villes
De plus en plus de petits commerces mettent la clé sous la porte dans les centres-villes - © NICOLAS MAETERLINCK

Selon une étude du Syndicat neutre pour indépendants (SNI), le nombre de fermetures de petits commerces a augmenté de 60% en cinq ans. Les boutiques de proximité ont-elles encore un avenir? Que faire pour s'assurer de leur durabilité? L'UCM, qui constate elle aussi cette hausse et mesure une vive inquiétude chez les petits commerçants, appelle à la mise en place d'un cadastre du commerce pour atteindre un équilibre en "limitant le développement anarchique des grands centres commerciaux".

Les temps sont durs pour les commerces de détail. Comme le relève le SNI au terme d'une enquête récente, les cas de fermetures des boutiques de proximité sont de plus en plus fréquents. Coincés au beau milieu de centres-villes désertés par les clients à cause du prix des parkings ou de la concurrence des centres commerciaux en périphérie, pas moins de 7824 commerçants ont préféré jeté l'éponge cette année, selon la même enquête.

Pour Thierry Evens, responsable communication de l'UCM, "le commerce indépendant et de proximité est en difficulté, c’est clair". L'organisation patronale a elle aussi mené son enquête, qui révèle que 84% des commerçants indépendants se disent inquiets pour leur futur et estiment leur secteur menacé. Et un sur deux s'estime en danger.

Quels atouts faire valoir pour rester sur le marché ?

"Mais attention, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de perspectives d’avenir pour ce secteur !" Malgré ce constat alarmant, Thierry Evens tient à rappeler les atouts qui font la force des petits commerces. Car les centres commerciaux ne peuvent pas prétendre à une grande flexibilité ou à la même disponibilité.

"Etre attentifs aux attentes des clients, leur proposer des conseils, des services ou une gamme de produits différents des grandes surfaces, privilégier les produits régionaux ou bios sont autant d'atouts majeurs pour les petits commerçants", explique-t-il.

Il insiste plus particulièrement sur un point qui reste malheureusement encore noir, à savoir l'utilisation des nouvelles technologies, dont internet : "La mise à disposition d'un site internet pour faire ses commandes, avec un espace où le client peut par exemple y aller de ses propres suggestions, ou encore la présence sur les réseaux sociaux, sont d'autres qualités qui peuvent donner un avantage au petit commerce", explique-t-il.

Et si très peu de jeunes se lancent dans le secteur (14% de ces commerçants ont moins de 35 ans), ils lui apportent généralement un courant d'air frais et un dynamisme nécessaire à sa subsistance.

"Le commerce a besoin d'un guide, pour l'instant c'est l'anarchie"

Seulement parfois, la bonne volonté des commerçants ne suffit pas. Entre les prix d'un centre commercial en périphérie qui défient toute concurrence et l'accès souvent difficile de la petite boucherie en plein centre-ville - sans compter le prix des parkings - le client a vite fait son choix.

L'UCM déplore à ce propos un "développement anarchique" de ces centres commerciaux. "Le commerce a besoin d'un guide, d’un objectif d’équilibre. Pour l’instant c’est l’anarchie." Pour Thierry Evens, le secteur souffre d'un manque de réglementation : "Les promoteurs immobiliers viennent construire des centres un peu partout sans rencontrer aucun obstacle, puis les louent, et on retrouve toutes les mêmes marques partout".

Du coup, l'organisation patronale appelle à l'instauration d'un cadastre du commerce, "pour mesurer ce qu’il est raisonnable d’avoir comme commerces en fonction de la clientèle potentielle et sa demande". L'UCM entend par là rétablir un équilibre entre grandes surfaces et petits commerces, sans quoi, continue Thierry Evens, "les grands centres finiront aussi par se marcher sur les pieds, étant donnée la vitesse à laquelle ils fleurissent un peu partout".

Il dit espérer le retour des grandes surfaces en ville, pour que chacun ait sa chance. "Mais il faudrait alors veiller à développer des accès à des places de parking proches et à des prix raisonnables", ajoute-t-il, en plaidant pour une révision de la politique en vigueur dans les différentes communes.

Dans son enquête, l'UCM évoque 13,5% de commerces vides en Wallonie, avec des pics à 20% à certains endroits dans le Hainaut et à Liège. "Et une rue dans laquelle un cinquième des commerces sont fermés ne donne pas vraiment envie de faire ses courses", conclut Thierry Evens.

G. Renier

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