Le Canada et son uranium: entre peur et intérêt

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Les perspectives de l'industrie nucléaire à-travers le monde ont relancé l'intérêt pour l'uranium dormant dans le sous-sol canadien et, inévitablement, les appréhensions de ceux qui craignent la pollution radioactive de leur pays.

A Québec, devant l'hôtel du parlement de la Belle Province, d'étranges prospecteurs miniers installent leur campement à côté des fortifications de la vieille ville.

Ce sont en fait des militants écologistes qui ont obtenu par internet un permis d'exploration en bonne et due forme pour creuser sous le parlement québécois. Ils protestent ainsi contre l'exploration de l'uranium, alors que les élus en discutent en commission parlementaire.

"Les résidus miniers radioactifs, ça ne nous intéresse pas", dit Marc Fafard, porte-parole de "Sept-Îles sans uranium", un des groupes qui s'opposent à cette industrie.

"Et je pense qu'aucune municipalité dans notre région, ni le gouvernement, ne pourraient en assurer la gestion, une fois terminée l'aventure de l'extraction, qui dure habituellement une dizaine d'années".

Le Canada, numéro 1 mondial de l'uranium

Le Canada fournit quelque 30% de la production de ce minerai utilisé dans la fabrication de combustible pour les réacteurs nucléaires. Or, une centaine de nouveaux réacteurs doivent être lancés dans le monde d'ici dix ans.

Pour l'instant, l'uranium canadien provient de trois mines situées au nord de la province du Saskatchewan. La capitale provinciale Saskatoon accueillait d'ailleurs cette semaine une importante conférence internationale de cette industrie.

Mais l'appétit pour l'uranium déborde les frontières de cette province. Plusieurs compagnies lorgnent le Québec, où des dizaines de sites uranifères sont en cours d'exploration.

Inquiétude dans la population

Des citoyens sont toutefois inquiets. En décembre dernier, une vingtaine de médecins de la petite ville de Sept-Îles, dans la première région concernée, dans le golfe du Saint-Laurent, menaçaient de démissionner en bloc pour faire pression sur le gouvernement, craignant pour la santé de la population.

Au même moment, des manifestations contre l'uranium faisaient la manchette des journaux de la province.

Les opposants au nucléaire demandent un moratoire de trois ans sur l'exploration et l'éventuelle exploitation de ce minerai, le temps que la population s'informe et décide si elle veut de cette industrie.

Une demande "ridicule" qui ferait fuir les investisseurs, affirme Yvan Loubier, porte-parole de la société Uracan, qui fait actuellement de l'exploration dans le nord du Québec.

Face à cette opposition citoyenne, les sociétés minières se défendent d'être des pollueurs.

"Il est clair que ça ne comporte pas de danger pour la santé, ni pour la sécurité", explique Yvan Loubier, invoquant les 60 ans d'expérience d'exploitation en Saskatchewan.

Mais cela ne convainc pas Marc Fafard: "L'industrie nous ment. C'est ridicule, c'est frustrant", dit-il.

"Le nord du Québec, c'est un grand réseau de lacs interconnectés, les risques sont trop élevés", fait-il valoir, expliquant que des contaminants radioactifs risquent de se retrouver dans les rivières qui coulent vers les villes et les villages près du fleuve Saint-Laurent.

"L'exemple du Saskatchewan ne se compare pas avec le Québec", insiste le militant écologiste.

Malgré leurs efforts, les arguments des opposants ne semblent pas convaincre le gouvernement de la province, qui a rejeté la demande de moratoire dès le début des travaux de la commission parlementaire.

 

La page facebook de l'association "sept îles sans uranium"

 


AFP

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