Le bitcoin est-il une monnaie fiable?

Quel sont les atouts et le risques liés à cette monnaie virtuelle, cryptographique et décentralisée, née en 2008? "Traditionnellement, une monnaie nécessite un Etat, qui légitime son existence, et des banques qui garantissent sa rareté et son utilisation ", explique Sébastien Arbogast, ingénieur civil en informatique.

Dans le cas du bitcoin, on se passe des Etats et des banques. " Ce sont des algorithmes qui garantissent la sécurité la circulation de la monnaie. Dans le circuit classique, la monnaie est créée grâce au crédit. Toutes les dix minutes des bitcoins sont créés à partir de rien. La politique monétaire est réglée par algorithmes. En 2100, il y aura 21 millions d’unités de bitcoins en circulation".

Au cours d‘aujourd’hui le bitcoin vaut environ 4280 dollars. Mais est-ce vraiment une monnaie ? Pour Bruno Colmant, chef économiste à la Banque Degroof-Petercam, une monnaie à deux fonctions : permettre des transactions et thésauriser. " Si une monnaie ne sert qu’à consommer, elle se détruit immédiatement, c’est l’hyper inflation. Si elle ne peut être que conservée, elle conduit à une hyper déflation. Aujourd’hui le bitcoin est plutôt une monnaie qu’on thésaurise ".

Ces monnaies virtuelles ont toutefois un poids réel, explique Bruno Colmant. " Il y a environ 700 cryptomonnaies. Et quand on prend les cent premières, leur capitalisation avoisine les 150 milliards de dollars ". Mais pour l’économiste, le bitcoin ne pourra pas devenir une monnaie universelle. " Si on avait une seule économie dans le monde, on aurait une seule monnaie. Mais nous avons différentes monnaies car les rapports d’échange entre les biens et les services, entre le capital et le travail sont différents."

Sébastien Arbogast ne pense pas que le bitcoin soit d’abord destiné à thésauriser. " Il est conçu comme un système de cash numérique. Il permet des transactions rapides et par-delà les frontières. Et il n’est quasiment plus utilisé pour de activités illégales parce qu’il reste traçable, contrairement à d’autres monnaies ".

Encore faut-il voir si on peut se passer d’une banque centrale. Pour Bruno Colmant, on peut s’en passer. " C’est une invention du 20ème siècle. Mais les Etats seront toujours attentifs à garder un monopole. Car ils veulent lever l’impôt et s‘endetter dans une devise qu’ils contrôlent ".

Sébastien Arbogast et Bruno Colmant répondaient aux questions d’Arnaud Ruyssen dans Soir Première.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK