Le Bitcoin célèbre ses 10 ans: les marchés financiers veulent s'inviter à la fête

Janvier 2018, le groupe « Kasotsuka Shojo », un grils band dont le nom peut se trauidre par « Les Filles Crypto », monte sur scène avec l’intention « d’éduquer le public aux cryptomonnaies
Janvier 2018, le groupe « Kasotsuka Shojo », un grils band dont le nom peut se trauidre par « Les Filles Crypto », monte sur scène avec l’intention « d’éduquer le public aux cryptomonnaies - © KAZUHIRO NOGI - AFP

Il y a un mois, penchés sur le gâteau d’anniversaire d’une faillite, nous soufflions les dix bougies de la chute de la banque américaine Lehman Brothers. Ce 31 octobre, c’est le Bitcoin, la première des cyptomonnaies qui fête sa décennie d’existence. Les deux événements sont intimement liés, l'intention initiale du Bitcoin étant de permettre "des paiements en ligne directement d’un tiers à un autre sans passer par une institution financière".

Longtemps une source d'intérêt pour les seuls passionnés d'informatique, militants et...criminels désireux de blanchir de l'argent sale, le Bitcoin a connu des hauts et des bas. Passé d'une valeur affichée de quelques centimes à un peu plus de 5000 euros en dix ans, le Bitcoin a indéniablement pris de l’ampleur - aussi comme phénomène. Au moins 2000 autres cryptomonnaies ont été créées dans son sillage. Mais force est de constater que dix ans après son lacement, le Bitcoin n'est toujours pas un moyen de paiement répandu.

Toujours pas une monnaie

Le Bitcoin ne sera peut-être même jamais une monnaie fiduciaire. Jean-Luc Verhelst, l’auteur du livre "Bitcoin the blockchain and beyond", confirme:"le Bitcoin est principalement une façon de garder de la valeur aujourd'hui, et pas du tout un moyen d’échange. Pour la simple raison qu’il y a un nombre de Bitcoins limités, ce qui engendre naturellement l’équivalent d’une politique monétaire déflationniste, qui n’encourage pas à l’échange. Alors oui, il est possible de s’échanger des Bitcoins sans intermédiaire, mais leur nombre limité en fait quelque chose de rare – que les gens ont plutôt tendance à les garder".

Produit spéculatif très volatile

Si le Bitcoin n’est pas adopté massivement comme moyen de paiement, c’est aussi et surtout pour une question de confiance. Le marché des cryptomonnaies n’est absolument pas régulé, donc très volatile. Et personne n’a envie d’utiliser au quotidien une monnaie dont la valeur peut fondre du jour au lendemain.  Pour Jean-Luc Verhelst, "le Bitcoin ne sera sans doute jamais aussi cadenassé qu’une monnaie supervisée par une banque centrale".

Et si les acheteurs ont tendance à "conserver" leur achats en cryptomonnaie, c'est aussi, soulignons-le quand même, justement pour son potentiel spéculatif. La volatilité du Bitcoin, et les risques qui y sont liés n’en font pas - loi de là - une valeur refuge traditionnelle comme l’or, beaucoup plus stable. Le lien entre le cours du Bitcoin et les autres actifs sur les marchés financiers est d'ailleurs quasiment nul.

Bientôt mainstream, le Bitcoin ?

Les annonces se multiplient, les grandes firmes de Wall Street présentent des projets plus ambitieux les uns que les autres pour le Bitcoin. Un exemple? Le principal opérateur boursier du monde (ICE, maison maison du New York Stock Exchange) lance à partir du mois de novembre un plateforme globale d’achat et de vente de Bitcoin, "Bakkt", plateforme qui compte parmi ses partenaires Microsoft, et qui permettra aussi de convertir des unités de cryptomonnaie en dollars, et de payer….chez StarbucksDes noms aussi célèbres que Starbucks, Microsft, et le NYSE...associés, de près ou de loin au Bitcoin? Ce n'est pas un hasard évidemment, l'ambition affiché est de renforcer - ou de créer - de la confiance vis-à-vis des cryptomonnaies. 

Intérêt des marchés, le paradoxe

Attirés par des gains parfois très juteux dans un marché hautement spéculatif, les marchés financiers "classiques" cherchent d'ailleurs à mettre le grapin sur le marché des cryptomonnaies. "Il est clair que les crypto-actifs (monnaies, utilities, securities,…) grandissent et intéressent désormais les investisseurs", analyse Jean-Luc Verhelst. "Cela devient une classe d’actifs comme il en existe d’autres – parmi l’ensemble des instruments financiers. Et l’intérêt des banques d’investissements légitime, quelque part, ces actifs, génère de nouveaux capitaux, de nouveaux volumes et plus de liquidités. Et c’est quelque chose de sain"

Quelque chose de sain, et de stabilisant à terme, sans doute. Mais que les marchés financiers (sujets à régulation eux) soient les premiers acteurs traditionnels à adopter massivement le Bitcoin est aussi pour le moins paradoxal.

Paradoxe suprême: le Bitcoin, né du désir de contourner les institutions financières pourrait bien se retrouver comme valeur sous-jacente de produits dérivés 

Imaginez des obligations ou des produits dérivés liés au Bitcoin. Paradoxe suprême: le Bitcoin, né du désir de contourner les institutions financières pourrait bien se retrouver comme valeur sous-jacente de produits dérivés. Parce que certains analystes annoncent déjà que pour contrôler les cryptomonnaies, les marchés financiers seraient en fait susceptibles de les titriser – d’utiliser en fait, des techniques financières qui – quand elles ne sont pas ou pas suffisamment régulées – ont déjà démontré leur nocivité potentielle, notamment dans la crise des subprimes de 2007.

[Note : la titrisation, c’est le financement de l’achat d’un actif (créances, biens immobiliers,…) par de l’emprunt sur les marchés – emprunt sous forme d’émission d’un "titre".]

Vers une démocratisation?

Mais outre le paradoxe, Jean-Luc Verhelst souligne que la démocratisation serait bien là: "Le fait que cette titrisation existe, permettrait à des personnes qui ne s’y connaissent pas ou qui ne possède pas de Bitcoins, de quand-même participer à son économie – avec les gains et pertes potentielles" que cela impliquera.

 

Archive : Soir Première 04/10/2017

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