Le Belge n'a jamais autant épargné, pourtant il y perd

Il n’y a jamais eu autant d’argent dormant sur les carnets d’épargne belges qu’en 2019. En tout, 278 milliards d’épargne reposaient dans les banques en octobre dernier (derniers chiffres compilés par la Banque Nationale). C’est 12 milliards de plus qu’un an auparavant, c’est 100 milliards de plus qu’il y a 10 ans. En même temps, paradoxalement, l’épargne n’a jamais si peu rapporté tellement les taux d’intérêt sont faibles pour l’instant.

Le coût de la vie augmente plus vite que l’épargne

La plupart des banques proposent aujourd’hui un taux d’intérêt autour de 0,11% sur l’épargne, c’est le minimum légal en Belgique. Pour 100€ déposés sur un carnet de dépôt, vous aurez donc 100,11€ après un an. En même temps, l’inflation a été de 1,3% en 2019 (selon les prévisions de la Banque Nationale).

Prenons un simple exemple : une veste qui coûtait 100€ il y a un an, en coûte 101,3 aujourd’hui (+1,3%). Il y a un an, avec 100 euros, on pouvait donc acheter cette veste. Si on a laissé ces 100 euros dormir à la banque, en retirant les 100,11€ aujourd’hui (+ 0,11%), on ne peut plus s’acheter la veste à 101,3€. Laisser son argent à la banque fait perdre en pouvoir d’achat.

Mais alors, pourquoi les Belges, qui en ont les moyens, épargnent plus que jamais si cela rapporte moins que jamais ?

Une habitude tenace

Les Belges ont la réputation d’être de prudents épargnants, pas très téméraires quand il s’agit de leurs économies. "C’est culturel observe Sylviane Delcuve Senior Economosit chez BNP Paribas Fortis, les Belges ont toujours aimé l’épargne. Notamment parce que la fiscalité chez nous y est favorable. Le message est ancré dans les têtes : l’épargne est un placement fiscalement intéressant. On baigne là-dedans et on ne se pose pas de question. On met son argent sur son livret d’épargne". Et comme la population augmente, mécaniquement, de plus en plus de Belges épargnent.

D’autant que, en plus d’être plus nombreux, les Belges ont aussi gagné plus l’année passée (+2,7% selon les prévisions de la Banque nationale). "Les revenus des ménages ont été dopés par la bonne santé du marché du travail, par les indexations de fin 2018, par des réformes fiscales,… rappelle Philippe Ledent, Chef Économiste chez ING. Une partie de ces revenus a été consommée une autre a été épargnée et cette part-là est plus élevée".

Sécurité, disponibilité, facilité

Une autre raison de ce succès, surprenant au premier abord ce sont les avantages de l’épargne malgré ses faibles taux d’intérêt. Elle est sûre : En cas de faillite d’une banque, l’Etat garantit jusqu’à 100.000 euros. Elle est disponible : si vous avez besoin de cet argent qui dort à la banque il est accessible immédiatement, ce n’est pas le cas s’il est investi, dans l’immobilier par exemple. "L’épargne est ce qu’on appelle liquide, explique Philippe Ledent de chez ING. Elle offre la facilité de pouvoir venir rechercher son argent à tout moment. Et manifestement le belge continue de privilégier une épargne liquide et sûre".

L’épargne, pas si bête que ça malgré les taux

Et puis, et peut-être surtout, les alternatives à l’épargne ne sont plus aussi intéressantes qu’avant : "Pendant longtemps, les Belges ont eu un goût prononcé pour les obligations par exemple rappelle Sylviane Delcuve de chez BNP Paribas Fortis. Les rendements de ces obligations sont devenus tellement faibles aujourd’hui que les gens s’en détournent et préfèrent laisser leur argent sur leur carnet d’épargne ou même sur un compte à vue en attendant des jours meilleurs".

Même constat pour Philippe Ledent : "Le compte épargne, si on regarde rationnellement, n’est pas si mal loti que ça. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une période de taux très bas sur les marchés aussi, souvent même négatifs. Un placement qui vous offre un rendement de 0,11% comme les comptes épargne, avec les mêmes avantages d’absence de risque, de liquidité que les comptes épargne, ça n’existe presque plus sur ces marchés. Finalement ces 0,11% sur un carnet épargne, même si on perd du pouvoir d’achat, ce n’est pas si bête que ça parce que les alternatives avec un même niveau de sécurité font perdre encore plus d’argent". Si l’investisseur souhaite aller chercher des rendements plus élevés que celui de l’épargne il devra donc se tourner vers des produits plus risqués.

Des alternatives plus rentables mais plus risquées

Il existe bien sûr des alternatives intéressantes aux comptes épargnes mais souvent elles sont méconnues : "Il y a la bourse, les produits d’assurance énumère Sylviane Delcuve, mais il y a parfois une peur de se lancer dans ce genre de produits. Les gens me disent "holà là, c’est compliqué, je ne sais pas quel produit acheter". Les gens ont du mal à s’y retrouver et renoncent en se disant que ce n’est pas pour eux". C’est finalement l’immobilisme qui l’emporte.

Et puis, outre la méconnaissance de ces alternatives plus intéressantes, il y a le risque qu’elles présentent. En matière d’investissement, il faut évidemment toujours mettre le rendement potentiel dans la balance avec le risque. "Or, des investissements avec des rendements qui permettent ne fût-ce que de compenser l’inflation, même pas la dépasser, seront plus risqués que l’épargne tranche Philippe Ledent. Nous sommes dans une période où il faut accepter de prendre des risques pour aller chercher du rendement", ce que manifestement le belge n’est pas prêt à faire.

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