Lafarge en Syrie: un des intermédiaires entre le cimentier et les jihadistes mis en examen

Vue générale de l'usine de ciment Lafarge àJalabiya en Syrie, le 19 février 2018
Vue générale de l'usine de ciment Lafarge àJalabiya en Syrie, le 19 février 2018 - © Delil souleiman

Un des hommes soupçonnés d'avoir servi d'intermédiaire entre le cimentier Lafarge et des groupes terroristes en Syrie a été mis en examen pour "financement du terrorisme" fin août à Paris, a appris lundi l'AFP de sources concordantes.

Jusqu'ici visé par un mandat d'arrêt, Amro Taleb, un Syro-Canadien, s'est présenté de lui-même chez les juges d'instruction parisiens, qui l'ont placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire français, a confirmé une source judiciaire.

Contacté par l'AFP, son avocat n'a pas souhaité faire de commentaire.

Cet homme, qui avait été recruté par le cimentier en 2013 officiellement comme "consultant environnement", apparaît dans l'enquête comme ayant servi d'intermédiaire entre la filiale syrienne de Lafarge et des fournisseurs réputés proches de l'organisation Etat islamique (EI).

Selon des notes des services de renseignement français déclassifiées, dont l'AFP a eu connaissance, Amro Taleb aurait notamment participé à une réunion en décembre 2014 avec "l'émir de Daech", Abou Loqman, pour relancer l'usine de Jalabiya (nord) tombée aux mains des jihadistes.

Lafarge SA, propriétaire de Lafarge Cement Syria (LCS), est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via cette filiale, près de 13 millions d'euros à des groupes jihadistes, dont l'Etat islamique (EI), et à des intermédiaires afin de maintenir l'activité de son site en Syrie, alors que le pays s'enfonçait dans la guerre.

Huit cadres ou dirigeants mis en examen

Au total, huit cadres ou dirigeants ont été mis en examen pour "financement du terrorisme" et/ou "mise en danger" dans cette information judiciaire déclenchée en juin 2017, après les plaintes des ONG Sherpa et du Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l'Homme (ECCHR).

Lafarge est de son côté poursuivi depuis juin 2018 pour "complicité de crimes contre l'humanité", "financement du terrorisme", "violation d'un embargo" et "mise en danger de la vie" des anciens salariés de l'usine de Jalabiya.

Si l'existence de remise de fonds à des "groupes armés" est ressortie d'un rapport d'enquête interne, le groupe conteste toute responsabilité dans la destination de ces versements à des organisations terroristes et rejette les accusations de "complicité de crimes contre l'humanité".

Lafarge et trois dirigeants -Bruno Lafont, ex-PDG, son ancien directeur Sûreté, Jean-Claude Veillard, et l'un des ex-directeurs de la filiale syrienne, Frédéric Jolibois- ont contesté devant la justice leurs mises en examen. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris doit se prononcer sur ces requêtes le 24 octobre.

Outre Amro Taleb, le nom d'un autre intermédiaire, Firas Tlass, est cité dans l'enquête. Il est visé par un mandat d'arrêt.

En garde à vue fin 2017, les cadres de Lafarge se sont défendus de toute complicité avec M. Taleb, l'accusant d'être un "escroc" ayant tenté de racketter l'entreprise.

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