La zone euro replonge dans la crise grecque, avec l'Espagne à l'horizon

Le français Baroin ne sera plus aux côtés de son homologue allemand Schauble lors de la réunion ecofin du lundi 14 mai, pour cause de transition en France
Le français Baroin ne sera plus aux côtés de son homologue allemand Schauble lors de la réunion ecofin du lundi 14 mai, pour cause de transition en France - © Archive AFP / Georges Gobet

La zone euro va envoyer lundi soir un message de fermeté à la Grèce qu'elle menace d'abandonner à son sort si le pays ne parvient pas à sortir de la paralysie politique, mais les craintes entourant l'Espagne devraient aussi largement occuper les débats. En tout cas, un tabou a sauté: la sortie de la Grèce de l'euro est désormais une option.

Les ministres des Finances de l'Union monétaire se retrouvent à Bruxelles à partir de 17H00. Transition politique oblige, la France ne sera pas représentée par le ministre François Baroin, mais par son directeur du Trésor.

Pour leur première réunion depuis les législatives en Grèce et la présidentielle en France, les ministres réunis au sein de l'Eurogroupe ne devraient pas prendre de décisions majeures, mais faire un état des lieux alors que la crise de la dette semble repartie de plus belle.

Dans l'incapacité de former un gouvernement depuis le 6 mai, la Grèce s'achemine vers de nouvelles élections en juin, qui pourraient voir les partis opposés à l'austérité obtenir la majorité et signer la sortie du pays de l'euro.

La question de la sortie de l'euro est clairement posée

Mobilisés pendant des mois pour éviter ce scénario, les Européens perdent désormais patience. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a tapé du poing sur la table la semaine passée, en affirmant que la Grèce doit désormais choisir si elle veut rester ou non dans le club de l'euro.

Sa porte-parole a minimisé lundi la portée des propos. "Nous voyons le futur de la Grèce dans l'euro et nous voulons qu'elle reste dans la zone euro. C'est selon nous la meilleure solution pour la Grèce, sa population et pour l'Europe dans son ensemble", a-t-elle déclaré.

Mais le changement de ton n'en est pas moins évident. D'autres ténors européens ont confirmé cet avertissement voilé aux électeurs grecs qui, s'ils rejettent majoritairement l'austérité, veulent à près de 80% rester dans l'euro.

Dans un entretien publié lundi par le Financial Times, le gouverneur de la banque de Belgique, Luc Coene, souligne qu'"un divorce à l'amiable, si nécessaire, serait possible". "Les conséquences seraient plus graves pour la Grèce que pour le reste de la zone euro", a renchéri le gouverneur de la Bundesbank Jens Weidmann, également cité dans le quotidien.

Suivre la ligne

Le gouvernement allemand a pour sa part répété lundi son exigence que la Grèce respecte la ligne austère conclue avec les créanciers internationaux en échange d'un soutien jugé indispensable pour son maintien dans la zone. "Le deuxième programme pour la Grèce est assorti d'objectifs et d'un contenu clairs", a affirmé une porte-parole du ministère des Finances. "Ce programme est valable même après les élections", a-t-elle ajouté

Mais d'autres leaders européens sont sortis du bois au cours du week-end pour exiger davantage de souplesse pour la Grèce. Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui préside l'Eurogroupe, a évoqué un allongement d'un an du délai imparti à la Grèce pour mettre en oeuvre une série de réformes structurelles et de mesures budgétaires.

Dans une interview à cinq grands quotidiens européens, le Premier ministre belge, Elio Di Rupo, a lui aussi demandé plus de temps. "Voyez-vous en Allemagne, ce sont deux partis qui négocient la formation d'un gouvernement. En Belgique j'avais six partis. Et en Grèce il y en a également au moins trois, cela prend du temps. Nous devons leur laisser du temps", a-t-il déclaré, dans une critique à peine voilée de l'intransigeance allemande. "La Grèce est un pays indépendant. Les partis doivent former seuls un gouvernement. Nous les Européens devrions nous retenir de tous conseils", a-t-il ajouté.

Ce lundi c'est Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères qui a demandé plus de temps pour la Grèce.

"Il faudra dix, quinze ou vingt ans à la Grèce" pour rétablir son économie, juge M. Reynders. Dès lors, "il faut prévoir des prêts à taux réduits sur une longue période", semblables à ceux octroyés par le FMI à la Turquie. "Les plans à deux ou trois ans ne tiendront pas la route", estime-t-il.

Si l'Europe laisse tomber la Grèce, Fitch pourrait dégrader tout le monde

Malgré les déclarations laissant supposer qu'une sortie de l'euro se ferait sans trop de mal, un tel scénario aurait de très lourdes conséquences, a de son côté averti l'agence Fitch, qui placerait "probablement les notes de tous les pays présents dans la zone euro sous surveillance négative". Avec à la clé, la menace d'abaisser les notes des pays dans un délai relativement court. Comme l'explique l'eurodéputé belge Philippe Lamberts, la dette grecque est désormais en grande partie logée dans la Banque centrale européenne et, par delà, dans les Etats qui composent la zone euro. De dette détenue par le privé, la dette grecque est ainsi devenue largement une dette détenue par le public.

Lundi matin, les marchés financiers tremblaient. Les Bourses à Madrid et à Milan perdaient environ 3% tandis que Paris et Francfort se repliaient fortement.

La faiblesse des banques espagnoles

Aux angoisses sur la Grèce, s'ajoutent les inquiétudes pour l'Espagne, qui vient de durcir les règles concernant ses banques, en leur imposant 30 milliards d'euros de nouvelles provisions.

Saluée par la Commission européenne, cette réforme suscite des questions, de nombreux observateurs se demandant si les établissements bancaires vont pouvoir faire face seuls à ces nouvelles règles et si Madrid n'aura pas besoin à terme d'aide pour recapitaliser ses banques. A ce stade, il n'y aura qu'un "échange d'informations" sur la situation en Espagne, a indiqué une source européenne.

Autre sujet en toile de fond: la situation budgétaire de Madrid. "Le gouvernement (de Mariano Rajoy) continue de dire qu'il va respecter les objectifs de réduction budgétaire, mais il n'y a plus grand monde qui le croit capable de respecter la trajectoire", affirme une source diplomatique européenne.

L'Espagne a promis de revenir dans les clous européens, avec un déficit à 3% du PIB l'an prochain, mais selon les prévisions économiques de la Commission européenne, son déficit public devrait s'élever à 6,3% en 2013, si elle ne prend pas de nouvelles mesures.

Concilier croissance et austérité, l'équilibre impossible

Madrid pourrait bénéficier de l'indulgence de Bruxelles, qui a déjà émis des signaux en ce sens, mais aucune annonce n'est attendue dans l'immédiat, car la Commission doit rendre publiques fin mai ses recommandations sur les réformes structurelles de chaque pays de l'Union européenne.

Ce dossier risque en attendant de relancer le débat sur le délicat arbitrage entre croissance et austérité, à la veille de la première rencontre entre le nouveau président français François Hollande, considéré comme le chantre de la croissance en Europe, et la chancelière allemande Angela Merkel.

T.N. avec agences

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