Suppression d'emplois chez KBC: les banques belges se portent-elles si mal ?

La très bonne santé des banques belges
La très bonne santé des banques belges - © Tous droits réservés

Comment se portent les banques belges ? Les récentes annonces de suppression d’emplois -  1400 postes pour la KBC dans les trois prochaines années, 2200 chez BNP Paribas Fortis sur cinq ans, 3500 chez ING, 771 chez Belfius - pourraient faire croire que le secteur se porte mal. En réalité il n’en est rien. Que du contraire.

Nos banques affichent une insolente bonne santé. Témoins, leurs bénéfices pour le dernier semestre. KBC, qui annonce ce mercredi 4 septembre que 1400 emplois passent à la trappe, publie ses résultats pour le dernier semestre 2019. Un bénéfice net de 745 millions d’euros, "supérieur à nos attentes", selon son CEO Johan Thijs. Championne de Belgique pour ses résultats, BNP Paribas Fortis, annonce un bénéfice de 1,050 milliard d’euros, soit une progression de 5% par rapport à 2018.

:

Les taux négatifs ne mettent pas les banques en danger

Petite piqûre de rappel : l’activité bancaire repose sur trois activités essentielles. La collecte de dépôts, l’octroi de crédits et les investissements de l’épargne. Pendant longtemps, les dépôts ont été très rentables, puisque les banques pouvaient replacer avec bénéfice l’argent déposé sur les comptes courants et que les comptes d’épargne étaient rémunérés plus faiblement.

Aujourd’hui, les taux d’intérêt sont négatifs, donc les banques ne gagnent plus d’argent sur les dépôts. Mais attention, nous dit Eric De Keuleneer, professeur à la Solvay School : "La communication des banques, qui brandissent l’épouvantail des taux négatifs, est fallacieuse. Tout le monde reprend le même argument : avec les taux négatifs, les banques ne gagnent plus d’argent. C’est faux ! ING s’était servi de ce prétexte quand il a annoncé ses réductions d’emploi. Or, la rentabilité d’ING est excellente ". Explication : l’activité de dépôt n’est qu’une petite partie de l’activité des banques. Elles tirent leur profit du crédit aux personnes et aux entreprises. C’est très rentable et peu risqué.

Quant aux investissements de l’épargne – achat de titres, fonds de placement - cela reste très rentable. Pour Eric De Keuleneer, "les banques n’ont aucun problème de rentabilité en Belgique".

Pourquoi sabrer dans l’emploi ?

Il reste que le secteur bancaire évolue, tout comme les habitudes des consommateurs. Chez KBC, 56% de la clientèle utilise les canaux digitaux pour ses opérations. Quelques clics sur leur "home banking" et l’affaire est clôturée, en tout cas pour les opérations les plus fréquentes. Il y a donc de moins en moins d’agences: 40% en moins chez BNP d’ici 2021 par exemple. Dès lors, les banques ont moins besoin de personnel de proximité et moins d’employés au siège, puisque beaucoup de manœuvres sont automatisées.

Ce virage digital, entamé depuis plusieurs années explique les nécessaires suppressions d’emploi. "Chez KBC, 14.000 personnes travaillent encore au siège, nous dit Jean-Michel Cappoen, du Setca. C’est trop. Chez ING, ils sont 7000, chez BNP, 12.000. C’est dommage, mais c’est une réalité. Plutôt que de former des gens qui ont été habitués à des tâches administratives, les banques préfèrent recruter d’autres profils, plus jeunes et tournés vers le digital. Avec le développement de l’intelligence artificielle, le mouvement va se poursuivre. Les activités autrefois exécutées dans les agences sont désormais gérées par des plateformes informatiques ".

Ces réductions d’emplois sont également dues aux caractéristiques du marché de l’emploi. En Belgique, les augmentations barémiques sont automatiques en fonction de l’ancienneté. Un travailleur plus âgé coûtera donc plus cher qu’un jeune. Eric de Keuleneer : " Les banques préfèrent donc prépensionner et engager du personnel moins cher. Rester dans l’entreprise avec une diminution de salaire, cela ne se fait pas en Belgique ".

Dernier élément, les délocalisations. KBC a développé une grande partie de son activité en République tchèque et en Bulgarie. Certaines banques sous-traitent les tâches administratives en Inde.

Peut-on encore avoir confiance dans les banques ?

Une étude récente de Test-Achat souligne que le consommateur belge a moyennement confiance en son banquier. Un indice de 62/100 pour ING et BNP Paribas Fortis, 67/100 pour Belfius, 70/100 pour KBC.

La crise de 2008 est passée par là et avec elle la peur de voir son épargne disparaître au cours d’une éventuelle faillite. Le risque est cependant très faible. Depuis 2008, les banques sont obligées de détenir plus de capitaux pour pouvoir éponger d’éventuelles pertes et elles sont soumises à de stress tests, pour vérifier leur capacité à résister aux chocs économiques et financiers.

Il est vrai que les fonds de garanties ne sont bien souvent pas suffisants, mais il reste un filet de sécurité : l’Etat, qui devra mettre la main à la poche en cas d’insolvabilité d’une banque. Ce n’est pas le scénario idéal, mais l’épargnant sauvera son épargne – 100.000 euros maximum – dans tous les cas. Pour être certain de retrouver son argent, il est conseillé de répartir son épargne entre plusieurs banques. Le mot de la fin au professeur Eric De Keuleneer, qui n’y va pas par quatre chemins : " Ces banques sont hyperprotégées, et elles veulent faire des bénéfices considérables. Pourquoi tabler sur 10 ou 15% par an ? Elles pourraient se contenter de 6 à 7% de rendement. Ce serait largement suffisant ".

En Belgique, les banques sont les entreprises qui dégagent les plus gros bénéfices.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK