La tarification de l'électricité est-elle adaptée aux "prosumers"?

La tarification de l'électricité est-elle adaptée aux "prosumers"?
La tarification de l'électricité est-elle adaptée aux "prosumers"? - © HAND OUT - LOIC NICOLAS - BELGAIMAGE

Plus l'on consomme d'électricité, plus la facture augmente. Le constat semble d'une logique implacable. Pourtant, selon deux professeurs d'économie de l'Université de Liège, ce mode de tarification doit évoluer.

Aujourd'hui, des dizaines de milliers de ménages wallons produisent leur propre électricité. On les appelle les "prosumers", contraction de "producteurs" et de "consumers" (consommateurs).

La tarification au volume dépassée?

Alors qu’ils utilisent le réseau de distribution d’électricité pour injecter et pour prélever de l’électricité, les prosumers, des particuliers ayant par exemple installé des panneaux photovoltaïques sur leur toit, ne contribuent presque pas à son financement. Cela s’explique par le fait que la facture est basée sur la consommation nette, c’est à dire le solde entre les prélèvements et les injections d’électricité sur le réseau.

Selon ces deux professeurs, l'essor de ces unités de production décentralisée ringardise la tarification simple au volume.

"La tarification actuelle est inadaptée parce que l'on a un mécanisme qui est le mécanisme du compteur qui tourne à l'envers", explique Axel Gautier, professeur d'économie à HEC Liège.

"Ce mécanisme du compteur qui tourne à l'envers fait que la facture des ménages 'prosumers' est basée sur les importations nettes d'énergie, c'est-à-dire la différence entre la consommation et la production d'énergie", poursuit-il. "Donc si on a une installation qui est suffisamment grande pour couvrir sa consommation annuelle, la facture est virtuellement zéro et donc on a une tarification qui n'est plus en adéquation avec les services qui sont rendus".

Dans les faits, le producteur consommateur ne paye pas ou pas suffisamment pour les services que rend le gestionnaire du réseau électrique comme la disponibilité d'énergie à toute heure du jour et de la nuit, et les coûts, bien sûr, que ces services induisent. 

Car en qui concerne les propriétaires d'une installation photovoltaïque, lorsque ceux-ci produisent de l'électricité dont ils n'ont pas immédiatement besoin, cette électricité surnuméraire est injectée sur le réseau qui leur sert alors de mécanisme de stockage.

"Prenons une installation photovoltaïque. Elle est reliée au réseau et elle utilise le réseau pour deux choses. Pour importer de l'énergie quand la production locale est insuffisante et pour exporter l'énergie quand la production est excédentaire", avance Axel Gautier.

"Double flux"

Les deux économistes de HEC Liège proposent ainsi une redevance fixe plus élevée pour l'accès au réseau et aussi de nouveaux outils, comme l'installation généralisée de compteurs double flux.

"Un double flux qui compte d'une part les importations du réseau comme tout un chacun et d'autre part, qui compte les exportations vers le réseau lorsque la production des panneaux solaires est excédentaire", explique Axel Gautier. "Ce qu'on pense, c'est que le prix appliqué pour l'injection et les prélèvements doit être différent. Pour le moment, avec le compteur qui tourne à l'envers, le prix de l'injection et le prix du prélèvement sont identiques."

La logique derrière ce mécanisme veut que l'électricité produite par exemple un dimanche après-midi en été, par un particulier qui dispose de panneaux solaires, n'a pas la même valeur économique que l'électricité que ce même particulier va prélever en soirée en plein hiver, au moment où la demande connaît des pics.

"Pour le réseau, en fait ce n'est pas nécessairement le volume de consommation qui est important, mais c'est aussi la consommation de pointe", poursuit Axel Gautier. "Une façon de faire évoluer la tarification, c'est d'avoir une partie volumétrique qui est liée au nombre de kilowattheures consommés, mais aussi d'avoir une partie capacitaire qui est liée à la consommation de pointe".

Dès lors, cette évolution n'entraînerait pas forcément une augmentation de la facture finale pour les consommateurs qui n'ont pas d'installations de production électrique chez eux. Pour ceux qui en disposent, il est fort probable que la facture soit davantage élevée pour les services du réseau que ce qui est en vigueur aujourd'hui.

L'étude d'Axel Gautier et Julien Jacquemin est disponible en ligne sur le site de la revue Regards économiques.

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