La Suède a-t-elle privilégié la santé de son économie à celle de sa population ?

Le coronavirus n’a pas fini de mettre la Suède à la une de l’actualité. Après sa politique de non-confinement, son refus encore aujourd’hui de recommander l’usage du masque, c’est maintenant les conséquences de la crise sanitaire sur son économie qui posent question.

Selon Statistics Sweden, le taux de croissance de l’économie au deuxième trimestre, soit au cœur de l’épidémie, a été de -8,6%. La chute est brutale, bien plus profonde que celle engendrée par l’explosion de la bulle immobilière et bancaire nordique au début des années 90 ou la crise financière mondiale de 2008. Mais elle est légèrement inférieure aux prévisions gouvernementales, et surtout moins douloureuse que celle subie par d’autres pays européens (-11,9% en moyenne) et notamment l’Espagne (-18%), la France (-13,8%), ou l’Italie (-12,4%).

Le non-confinement pour sauver son économie ?
 

Pour Magdalena Andersson, ministre des Finances, la Suède a subi "un ralentissement substantiel, mais de moindre ampleur que dans d’autres pays. Aujourd’hui, ajoute-t-elle, nous avons vu qu’il était correct de dire que oui la Suède serait affectée, mais que l’impact de la crise y sera moins fort".

Une "performance" qui a aussitôt réveillé une polémique née avec le coronavirus : la Suède s’est-elle convertie au non-confinement pour sauver son économie ? Le pays, qui affiche un taux de mortalité deux fois et demie plus élevé que celui de la Suisse, dix fois plus élevé que ses voisins scandinaves, a-t-il privilégié la bonne santé de ses entreprises à celle de ses citoyens ?

Depuis le début de l’épidémie, les autorités suédoises ont multiplié les conférences de presse, notamment avec les journalistes étrangers, pour démontrer le contraire et marteler que "la Suède souffre aussi du coronavirus, comme les autres pays".

La Suède trébuche, mais ne tombe pas

L’absence de confinement obligatoire n’a pas empêché les Suédois de suivre les recommandations du gouvernement. Même si les commerces sont restés ouverts, ils ont moins consommé, ont évité les restaurants, les rassemblements, et se sont moins déplacés. Le tourisme et le transport aérien ont été fortement impactés.

Presque aussi dépendante de ses exportations que l’Allemagne, la Suède a vu aussi nombre de ses entreprises fermer, ou réduire leurs effectifs, et le chômage devrait atteindre un pic de 10%. Les chaînes de production des constructeurs automobiles Volvo et Scania, par exemple, ont dû s’arrêter faute d’être approvisionnées en pièces détachées.

La différence avec d’autres économies, qui ont fait le grand plongeon, n’en reste pas moins perceptible. La volonté de garder les écoles ouvertes a permis aux parents qui voulaient travailler de le faire. Les faillites de petits commerces n’ont pas explosé, et les entreprises n’ont utilisé qu’une petite fraction des 3,8 milliards d’euros d’aides mis à leur disposition. Certains grands groupes suédois ont d’ailleurs affiché des performances financières bien meilleures qu’attendues.


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"Il s’agit, comme prévu, d’un ralentissement dramatique, admet Torbjorn Isaksson, analyste en chef à la banque Nordea. Mais par rapport à d’autres pays, par exemple l’Europe du Sud, c’est considérablement mieux." Pour Robert Bergqvist, économiste à la banque SEB, l’exception suédoise ne tient d’ailleurs pas au seul non-confinement : "Il y a aussi la structure particulière de notre économie, moins dépendante du tourisme, et une très bonne infrastructure digitale", qui a favorisé le télétravail.

La plupart des pays européens sont entrés en récession économique, ce qui se définit par une baisse de la croissance lors de deux trimestres consécutifs… Ce ne sera cependant pas le cas de la Suède qui affichait encore 0,1% de croissance au premier trimestre 2020, au tout début de l’épidémie. Selon des prévisions de l’Institut suédois de recherche économique, publiée le 13 août dernier, le pays devrait finir l’année avec une croissance de 2% au troisième et quatrième trimestre, et afficher une performance globale en 2020 de -4,8%. "Je crois que nous avons passé le pire", soupire Ylva Hedén Westerdahl, prévisionniste en chef de l’Institut.

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