La SNCB va casser le contrat avec le constructeur italien du Fyra

La SNCB mettra un terme au Fyra
La SNCB mettra un terme au Fyra - © Archive EPA/ADE JOHNSON

Le conseil d'administration de la SNCB a décidé vendredi de donner mandat à son CEO, Marc Descheemaecker, de casser le contrat conclu avec le constructeur italien des trains à grande vitesse Fyra, AnsaldoBreda, et de refuser la livraison des trois trains prévus pour la SNCB, a annoncé Marc Descheemaecker. Une décision logique et nécessaire, selon le ministre des Entreprises publiques, Jean-Pascal Labille.

Le CEO de la SNCB a également reçu mandat pour lever la garantie bancaire couvrant les avances de 37 millions d'euros déjà payées par la SNCB pour la commande. La SNCB entend aussi obtenir réparation auprès d'AnsaldoBreda, via la voie judiciaire, des dommages qu'elle a subis et évalués à "plusieurs millions d'euros".

Les analyses effectuées sur les trains ont mis en lumière des "lacunes fondamentales" dans la conception des trains Fyra (V250), ce qui posait des risques importants tant au niveau de la fiabilité que de la sécurité, a souligné la SNCB.

L'administrateur délégué de la SNCB, Marc Descheemaecker, a détaillé par le menu les ennuis survenus aux Fyra durant leur brève exploitation, entre le 9 décembre 2012 et le 17 janvier 2013 : une porte qui se détache lors d'un arrêt à Bruxelles-Central, fermeture des portes difficiles, portes vulnérables aux infiltrations d'eau, dégâts hivernaux aux marche-pieds, une partie du toit d'un train qui se détache pendant un trajet ou encore détachement d'une grille sous un train.

En outre, il a été constaté que le dessous des trains était insuffisamment protégé contre les obstacles, une formation prématurée de rouille, une protection non étanche des éléments électriques, un problème de conception des câbles et conduits, l'absence de protection solide entre deux caissons ou encore un klaxon du train inutilisable à cause de la neige.

Des tests effectués après la mise à l'arrêt des rames ont mis en évidence une surchauffe des batteries, lesquelles étaient situées sous les compartiments passagers, et un système de freinage inadapté pour un train susceptible de rouler à 250 km/h.

Marc Descheemaecker a aussi communiqué les conclusions, sans appel, du bureau d'ingénieurs anglais Mott MacDonald évoquant des problèmes fondamentaux ne pouvant être solutionnés que sur le long terme et après de sérieuses recherches complémentaires. "Mott MacDonald a notamment constaté, au sujet des câbles et des conduits, que chaque monteur d'AnsaldoBreda avait utilisé son propre modus operandi. Cette absence de standardisation fait que l'on se retrouve aujourd'hui avec 19 trains différents", a souligné Marc Descheemaecker.

Des solutions à l'étude

Etant donné la suppression du service des Fyra, la SNCB va étudier la mise en place d'une relation directe IC entre Anvers et Roosendaal durant les mois d'été ainsi que d'une relation directe Anvers-Eindhoven. En tant qu'actionnaire de Thalys, la SNCB va également demander un renforcement de l'offre de Thalys entre Paris et Bruxelles et Amsterdam.

Le service de trains Fyra entre Bruxelles et Amsterdam, mis en place fin 2012, soit cinq ans plus tard que le calendrier initialement prévu, avait connu une succession de graves problèmes techniques qui avaient conduit à sa suspension en janvier dernier pour une durée indéterminée.

Une décision logique et nécessaire, selon le ministre Labille

Jean-Pascal Labille invite la société ferroviaire à trouver une solution structurelle en instaurant au plus vite une liaison "sûre, régulière et de qualité" entre la Belgique et les Pays-Bas, selon son cabinet. Le ministre PS a dit entre autres partager les préoccupations de Toerisme Vlaanderen (voir ci-dessous). Le ministre ne s'est pas prononcé sur des options concrètes, laissant à l'entreprise publique autonome le soin d'avancer elle-même ses propositions.

Toerisme Vlaanderen souligne l'importance d'une solution de rechange

Le secteur touristique flamand souligne vendredi l'importance cruciale d'une bonne solution de rechange au Fyra, le train à grande vitesse qui reliait Amsterdam à Bruxelles. Les touristes néerlandais se rendant en Flandre dépensent en effet chaque année plus de 60 millions d'euros, estime Toerisme Vlaanderen.

Selon une enquête de 2011, environ un touriste néerlandais sur cinq séjournant en Flandre utilise le train pour se rendre dans l'une des villes d'art flamandes (Anvers, Gand, Bruges, Malines et Louvain) ou à Bruxelles. Ce marché représenterait 180 000 nuitées, pour un total de dépenses récréatives évalué à quelque 23,5 millions d'euros.

A cela s'ajoutent les dépenses effectuées par les touristes néerlandais d'un jour, ce qui représenterait environ 40 millions d'euros.

"Bien sûr, ce chiffre d'affaires ne disparaîtra pas totalement avec la suppression du Fyra", déclare un porte-parole de Toerisme Vlaanderen. "Mais nous craignons qu'une partie de ce chiffre soit perdue si aucune solution de rechange n'est prévue. Ce serait une mauvaise nouvelle pour le secteur touristique ici."

Ecolo réclame le retour du train Benelux

"Il faut (...) sans plus tarder (...) en revenir à la formule antérieure du train Benelux et de ses 16 trains offrant des liaisons régulières entre Bruxelles et Amsterdam, ou toute alternative similaire rapidement exploitable, à côté d'une offre Thalys qui ne correspond pas aujourd'hui aux besoins et aux moyens des voyageurs du train Bénélux", a affirmé le député Ronny Balcaen dans un communiqué.

Selon lui, les mesures annoncées vendredi par la SNCB aujourd'hui "ne correspondent pas à l'urgence et sont en inadéquation avec une politique orientée vers le client".

Pour Ecolo, l'abandon du Fyra - à ce jour par la seule société ferroviaire belge - est "un fiasco industriel et commercial" d'un projet insuffisamment orienté vers les besoins des voyageurs.

Dès sa mise en œuvre et le retrait du train Benelux, l'option Fyra s'est avérée plus chère pour les voyageurs, moins souple (obligation de réservation) et avec une offre restreinte tant en termes d'arrêt que de fréquences. Les problèmes au matériel roulant qui se sont rapidement manifestés, avec les problèmes de sécurité qui auraient pu en découler, ont fini de plomber le projet, a fait valoir M. Balcaen.

Le projet Fyra "se révèle aujourd'hui un gaspillage énorme de moyens", a-t-il poursuivi.

Pour les écologistes, les opérateurs en cause devront rendre des comptes, ouvrir les dossiers et les mettre à disposition des parlementaires afin que l'on sache combien d'argent a été dépensé en pure perte.

Décision pour la mi-juin aux Pays-Bas

"Nous devons d'abord nous concerter avec notre secrétaire d'Etat à l'Infrastructure Wilma Mansveld et nous prendrons une décision à la mi-juin", a indiqué vendredi Eric Trinthamer, le porte-parole des chemins de fer néerlandais (Nederlandse Spoorwegen/NS).

"Bien évidemment, nous sommes pleinement conscients de la décision de la SNCB qui a décidé, vendredi, de rompre le contrat avec le constructeur du Fyra V250. Nous devons nous concerter avec la secrétaire d'Etat et l'actionnaire. Nous enverrons nos conclusions à la secrétaire d'Etat, sur base de notre enquête technique, d'ici la mi-juin. Par ailleurs, les NS présenteront, en concertation avec le ministère, un plan pour les liaisons Pays-Bas - Belgique", a souligné la société néerlandaise dans un communiqué.

Le monde politique néerlandais est moins policé que les NS dans ses réactions. Liesbeth van Tongeren (GroenLinks) a notamment tweeté : "Le bon marché est revenu cher. La saga Fyra nous a coûté des millions d'euros. Les Belges ont arrêté les frais et je veux un débat prochainement pour savoir ce que cela signifie pour les Pays-Bas".

Farshad Bashir (SP): "Il est maintenant temps de récupérer notre argent et d'acheter des trains valables. Je vais demander à la secrétaire d'Etat Mansveld d'arrêter les Fyra aux Pays-Bas".

Sander de Rouwe (CDA) estime pour sa part qu'une enquête parlementaire est "inévitable".

D'après Belga

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