La sécheresse fait flamber le blé et les céréales sur les marchés mondiaux

Sécheresse et canicule font flamber le blé et les céréales sur les marchés mondiaux des matières premières agricoles cet été. Les analystes disent néanmoins ne pas craindre d'émeutes de la faim comme en 2007-2008 en raison de stocks "confortables".

Après avoir franchi la barre des 200 euros la tonne en juillet, les cours du blé ont terminé la semaine sur une hausse de 6% vendredi, après avoir frôlé jeudi les 220 euros, à 219,75 euros, en cours de séance sur le marché européen Euronext. Un pic jamais atteint depuis avril 2014.

La principale raison de cette flambée est liée à la météo : la moisson mondiale de blé a été plus faible qu'attendue, parfois dans des proportions importantes. Celle de maïs, pas encore réalisée, est aussi menacée. La sécheresse a particulièrement frappé l'Europe du nord, la Pologne, les pays baltes, la Suède et l'Allemagne, grands producteurs de céréales.

Les inquiétudes viennent surtout d'Allemagne, où la première organisation de producteurs DBV a corrigé vers le bas mercredi ses prévisions de récolte, qui étaient déjà en baisse par rapport à l'an passé. Au lieu de 41 millions de tonnes de céréales attendues, l'Allemagne ne devrait en engranger que 36.

Oxygène

"Si les prix montent, cela permettra à beaucoup de retrouver de l'oxygène", s'est félicité le président de l'association des producteurs de blé AGPB Philippe Pinta. Néanmoins, le principal syndicat français a demandé vendredi des mesures d'aide pour les agriculteurs car "la sécheresse et les prévisions météo ne permettent pas d'envisager un travail du sol, ni de réaliser des semis dans de bonnes conditions".

Du côté de la mer Noire, le service météorologique russe confirme attendre une baisse de production de céréales de 15 à 20% en Russie, pays devenu premier exportateur mondial de blé l'an passé devant les États-Unis, selon le cabinet de courtage ODA.

Dans les champs européens, on retrouve les mêmes scènes de désolation un peu partout  : tournesols flétris ou grillés sur pied, champs de blé brûlés par le soleil, et bétail épuisé. La Commission européenne a autorisé jeudi les Etats membres à aider financièrement les agriculteurs touchés.

Pays pauvres en souffrance

Des avances vont être faites. Les agriculteurs pourront recevoir jusqu'à 70% de leur paiement direct et 85% des paiements dûs au titre du développement rural dès octobre au lieu d'attendre décembre. Ils obtiendront aussi des dérogations en matières d'écologie, en étant autorisés à utiliser les terres normalement mises en jachère pour produire du fourrage pour les animaux.

Reste l'Afrique sub-saharienne, également victime de sécheresse en cette période de "soudure" entre la fin de la consommation de la récolte précédente et l'arrivée de la prochaine, et où l'insécurité alimentaire est aggravée, notamment au Sahel, par l'insécurité tout court et les conflits armés.

Comme les prix montent, les pays pauvres vont souffrir si les gouvernements ne subventionnent pas davantage le pain ou les nourritures de base, avertit un courtier spécialiste en matières premières agricoles qui requiert l'anonymat.

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