La récupération du "local" par la grande distribution fait mal à certains petits producteurs

Chapeau de paille, salopette en jeans, "Jean-Pierre" (prénom totalement fictif) vous salue bien bas. Son effigie en carton grandeur nature trône dans le rayon "producteurs locaux" de votre supermarché. Il s'agit bien de marketing. D'une part parce que la grande distribution a pratiquement toujours vendu des produits locaux... sans forcément en faire la publicité.

Centrales d'achat et rémunération

D'autre part, parce que l'écrasante majorité des produits vendus en rayon des grands magasins ont transité par des centrales d'achats - qui réduisent les revenus des petits producteurs - par rapport à la vente directe en tout cas. L'annonce récente de l'enseigne Carrefour de vendre "le bio moins cher que le non bio" et d'acheter certains produits directement au producteur sans passer par des centrales d'achats, a fait bondir les groupements de producteurs.

Là, il y a quand même une diminution, face à toute l’offre possible des épiceries, des magasins bio, ou de la grande distribution

Certains producteurs qui ont misé sur les paniers livrés directement au consommateur (les GASAP, apparus en 2006 en Belgique) voient leur volume de paniers diminuer. Même s'il est difficile de tirer un constat global, "il y a eu une grosse croissance du volume des paniers depuis 2006. Après il y a eu un moment de tassement",  énumère Camille Latin, du réseau des GASAP à Bruxelles, avant de conclure: "et puis là il y a quand même un peu une diminution, face à toute l’offre possible en termes de produits bio, que ce soit des épiceries, des magasins bio, ou de la grande distribution".

Retombées ou non dans l'économie locale

Parce que c'est intéressant pour la grande distribution évidemment. Même si le bio ne représente que 4% de la grande distribution en Belgique aujourd'hui, c'est un marché qui se développe. Idem pour le local, qui redevient lui un argument de vente. Mais ce qu'il faut bien comprendre c'est que même économiquement, la différence est marquée entre acheter directement au producteur ou acheter en supermarché. Une récente étude française est très claire sur ce qui revient ou non à l'économie locale. Quand vous dépensez 100 euros dans un supermarché, 5 euros seulement reviennent à l'économie locale. Dans un magasin de producteur, c'est au moins 60 euros.

Les demandes affluent d'instaurer des groupes d'achats dans les écoles

Evidemment, les producteurs de paniers essaient de réagir. Une idée nouvelle et qui semble bien fonctionner, c'est de miser sur les écoles. "Les demandes affluent d'instaurer des groupes d'achats dans les écoles", se réjouit Camille Latin, "parce que  les parents peuvent faire d'une pierre deux coups en allant chercher leurs enfants et en reprenant leur panier de légumes. Et on voit que les gens sont demandeurs de ça".

Salaire horaire brut: 8 euros

L'idée est adaptée au rythme de vie parfois effréné de certains parents. Tant mieux pour les producteurs, pour lesquels l'enjeu du revenu reste essentiel: en Belgique, le salaire horaire brut moyen oscille entre 12 et 30 euros. Pour les agriculteurs, c'est...8 euros brut de l'heure.
 

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