La recherche du profit: un gros mot pour un entrepreneur social?

Utiliser des abeilles pour étudier l'état de la biodiversité pour initier des programmes d'amélioration, c'est le projet de Beeodiversity et c'est ce qui lui permet de se définir comme entreprise à but social.
Utiliser des abeilles pour étudier l'état de la biodiversité pour initier des programmes d'amélioration, c'est le projet de Beeodiversity et c'est ce qui lui permet de se définir comme entreprise à but social. - © Tous droits réservés

L'entrepreneuriat social a de plus en plus la cote auprès des jeunes diplômés. Faut-il travailler dans une ASBL, donc sans but lucratif pour être un entrepreneur social? C'est la question que nous posons.

La réponse mériterait un long débat car les positions sont assez tranchées. On peut faire la distinction entre l'économie sociale, pure et dure, et la notion plus large d'entrepreneur social. C'est l'entrepreneur qui ajoute la dimension sociale dans son business.

Nous en avons rencontré quelques-uns, tous des jeunes entrepreneurs, des "startupeurs" pour employer un néologisme. Ils participent à un concours organisé par l'université d'Oxford avec à la clé un prix substantiel.

Molécule bio

Prenons deux exemples, tous les deux dans le créneau environnemental. Guillaume Wegria a créé Fyteko. La startup produit une molécule bio qui peut garantir le rendement des cultivateurs de céréales dans les pays en développement : "Quand la plante manque d’eau, elle a naturellement tendance à se protéger en activant certaines défenses naturelles. Notre molécule va pré-activer ces défenses comme le ferait une vitamine ou un vaccin dans le métabolisme immunitaire de l’homme. Cela permettra à la plante de beaucoup mieux résister à la sécheresse et de mieux récupérer à la première pluie".

Quatre milliards de fleurs

Deuxième entrepreneur social : Michael Van Cutsem. A partir de la disparition des abeilles, Beeodiversity débouche sur des plans concrets d'amélioration de l'environnement : "Nous plaçons une colonie d’abeilles qui va butiner sur une surface de 700 hectares. Elle va visiter quatre milliards de fleurs par an dont elle va ramener le pollen et le nectar. Nous analysons ces échantillons pour identifier les pollutions, pesticides, métaux lourds pour voir quel type de biodiversité lié à l’abeille il y a, sa qualité. Sur base de ces résultats, nous pouvons ensuite proposer des mesures d’amélioration très spécifiques en intégrant les parties prenantes telles que les agriculteurs, les apiculteurs et les citoyens".

Un modèle durable

On perçoit bien l'objectif sociétal de ces deux projets. Mais dans les deux cas, il s'agit d'entreprises commerciales, donc avec un but lucratif. Et alors, nous répond un des coachs de ces jeunes entrepreneurs ? Il s'appelle Sébastien Deletaille. Il dirige la société Real Impact Analytics : "Typiquement quand on pense à un entrepreneur social, ça doit nécessairement être une ASBL, nécessairement un acte de générosité sans limite et nécessairement être financé par le public. Je ne partage pas ces hypothèses. Je pense qu’un entrepreneur social doit réfléchir à un modèle qui soit durable. La recherche du profit n’est pas un gros mot dans le monde social, c’est un moyen pour réaliser cet objectif social qui est très important".

Ce qui apparait clairement, c'est la motivation des jeunes entrepreneurs rencontrés. Ajouter du sens à leur job, c'est une évidence pour eux. Il restera à voir comment ils réussiront à garder cet objectif prioritaire quand leur entreprise sera en pleine croissance. Un défi à suivre!

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