"La question, ce n'est pas s'il y aura une nouvelle crise financière, mais quand"

10 ans après la chute de Fortis, les actionnaires lésés du bancassureur belgo-néerlandais vont pouvoir récupérer une partie de leur mise. Les premières indemnisations des actionnaires de Fortis ont été versées ces derniers jours. Pierre Nothomb, associé chez Deminor, le cabinet d'avocats qui défend les actionnaires minoritaires dans l'affaire Fortis, était sur le plateau de Jour Première de François Heureux ce vendredi.

Combien les actionnaires vont-ils récupérer ?

Donc ils vont toucher entre 1 et 2 euros par action, avec 70 % qui tombe maintenant et encore 30 % qui va tomber l'année prochaine ou l'année d'après, en fonction du nombre d'acceptations, à savoir s'ils sont dilués ou non dans cette enveloppe.

Juste après en 2008-2009, ils avaient quasiment tout perdu. Il n'y avait plus rien. Depuis, il y a eu pas mal d'éléments positifs. Le premier, c'est qu'on a réussi à remettre en place une société d'assurance, et c'est grâce aux organisations qui ont permis en justice de ne pas vendre l'assurance. On a réussi à garder l'assurance et cette assurance a pu se développer, c'est devenu AGEAS. Il y a un excellent management qui a été mis en place. On a nommé des administrateurs nous-mêmes et aussi évidemment d'autres organisations au Conseil et le parcours boursier. Le parcours économique et financier d'AGEAS est exceptionnel et cette société continuera à évoluer très bien et a repris évidemment pas mal de capitalisation, c'est une chose.

Deuxièmement, elle a racheté beaucoup de ses actions propres. Quand vous faites ça, c'est comme si vous payez un dividende à vos actionnaires. Elle a payé des dividendes exceptionnels puisqu'elle avait pas mal de cash en excès. Et le quatrième point c'est qu'elle a pu indemniser nos représentants, les représentants d'autres organisations à concurrence de 1.3 milliard, le total ne fera pas certainement la moitié de ce que les gens ont perdu, mais quand même, quelque chose de représentatif alors je ne peux pas vous dire exactement si c'est 40 % si c'est 32, que sais-je ? Ça dépend de la qualité des demandeurs puisque ceux qui nous ont mandatés gagnent un peu plus que ceux qui ne nous ont pas mandatés.

Est-ce que selon vous le monde bancaire a tiré les leçons aujourd'hui de ce qui s'est passé il y a dix ans ? Est-ce qu'une telle mésaventure est encore possible aujourd'hui ?

C'est la question à 20 Frs. Il y a en tout cas plus de fonds propres dans les banques qu'avant. Le problème c'est qu'à ce moment-là il y avait relativement peu de fonds propres par rapport à un endettement gigantesque. C'était un levier énorme. Je ne dis pas que même si ces fonds propres ont doublé par rapport à il y a dix ans, ils sont encore insuffisants. D'après moi, il y a évidemment beaucoup plus de régulations. Elle est devenue très lourde, trop lourde probablement et ce qui me frustre souvent c'est que les grandes banques qui sont à l'origine de cette crise ont relativement peu d'efforts à faire par rapport aux petites qu'on surtaxe et quand on alourdit de procédures extrêmement pénibles.

Les petites banques payent pour les grandes aujourd'hui ?

Exact. Elles disparaissent et sont obligées de fusionner et de faire faillite, parce qu'on les assomme de règles, ce qui fait que simplement une petite banque qui était viable il y a 10 ans ne l'est probablement plus aujourd'hui. Elle doit donc se fusionner, et on recrée ce que l'on appelait  les  "too big to fail" (qui est la phrase la plus stupide qui ait été dite puisqu'il y a 10 ans). Une des banques était la plus big, Lehman Brother s'est absolument cassé la figure laissant dans les bilans des banques au niveau mondial des trous énormes, et notamment chez Fortis, et dans toutes les autres banques belges.

Est-ce qu'on a tout nettoyé aujourd'hui dix ans après ? Tout ce qui était toxique, est-ce que tout ça a disparu aujourd'hui ?

Non. Évidemment la créativité n'a pas de limite et dans les banques elle est tout à fait mise à l'honneur. Il y a certainement plus de contrôle sur les produits, mais des produits qui s'avéreront toxiques dans le futur, il y en a plein, ça je peux vous l'assurer. Il y en a beaucoup, on les voit, on les regarde, on les analyse, on essaie d'anticiper là où ils peuvent déraper. Mais il y en a et donc est ce que ça sera la cause d'une crise future ? Je ne sais pas. Mais il y en aura une. C'est comme les saisons. Je dirais on a la chance là maintenant depuis très longtemps. Ça fait 10 ans qu'on n'a plus de crise. La question n'est pas "est-ce qu'on va avoir une autre crise?". La question c'est quand elle va arriver.

La question c'est aussi, est-ce qu'on est mieux préparé à l'affronter qu'il y a dix ans ?

Je pense que oui. Je pense que le marché était truffé de (edge funds) qui avaient la capacité, et encore maintenant, qui avaient la capacité de shorter des banques. Cela veut dire en termes techniques, de miser à la baisse les plus faibles. Fortis a été shorté, Dexter a été shorté. A ce moment-là, quand vous montrez un signe de faiblesse en bourse, vous êtes attaqué. Il y a encore la capacité de le faire mais sous certaines conditions et très vite. Le politique d'ailleurs a pris des mesures afin que l'on ne puisse pas shorter les plus faibles. Ça a été le cas de Fortis, le cas de Dexter mais cela n'a pas empêché le dérapage. Alors je dirais qu'il y a probablement un cadre beaucoup plus contraignant pour le moment, mais cela ne veut pas dire qu'on n'aura pas de dérapage.

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