Paul De Grauwe: "La théorie derrière l'austérité n'a plus de sens"

Le compteur de la dette publique américaine qui ne cesse d'augmenter
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Le compteur de la dette publique américaine qui ne cesse d'augmenter - © WP

L'austérité est un choix, pas une fatalité. Un choix souvent influencé par une étude : "growth in a time of debt". Datant de 2010, elle est sans doute l'étude économique la plus influente des dix dernières années. Or des économistes américains viennent de découvrir qu'elle est basée sur des données erronées.

"Growth in a time of debt”, ce nom ne vous dit sans doute rien, mais il influence la vie de millions d’Européens. Il s’agit d’un article économique, sorti de la plume en 2010 de deux économistes Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (ancien économiste en chef du FMI) et qui analyse, de 1946 à 2009, l’évolution des données économiques des 20 économies les plus développées.

L'étude de Reinhart et Rogoff arrive à une conclusion sans appel. La dette publique est contre-productive : au-delà du seuil de 90% de dette publique par rapport au PIB, la croissance devient statistiquement négative. Là où l'impact sur l’Europe est grand, c’est que ces conclusions sont régulièrement utilisées pour justifier les politiques d’austérité menées au niveau européen, et même mondial.

Une étude erronnée

Or, hier, une autre étude publiée par 3 chercheurs de l’université du Massachussetts démontre que ces chiffres ne sont pas corrects. Les chercheurs démontrent que les données utilisées par Reinhart et Rogoff sont partielles. "On note des erreurs dans les tables de calculs, dans la pondération et des omissions de données " notent les scientifiques, "ce qui fait que leur conclusion : 'un pays dont la croissance est fortement diminuée à cause de sa dette élevée' est une fausse image ".

Reinhart et Rogoff se sont expliqués mardi matin dans le Financial Times, en admettant les erreurs commises mais en soutenant "qu’il n’y avait aucune motivation politique derrières leurs recherches et surtout que cela ne changeait rien aux conclusions générales de l’étude". Des propos que réfute Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, pour qui " le fameux seuil de 90% perd toute sa pertinence, il n’est désormais plus significatif de rien ".

 

Quelles suite dans la politique ?

Les trois économistes américains insistent sur le fait que " les erreurs des recherches de Reinhart et Rogoff devraient nous pousser à réévaluer la pertinence des politiques d’austérité et leur application en Europe et aux Etats-Unis ". Paul De Grauwe, poursuit en disant qu'en récession, "pour un euro économisé, on perd un euro et demi de croissance, augmentant ainsi sans cesse la proportion de la dette. L'austérité va elle-même dans le mur". Dans la même lignée, il "espère qu’on se rendra enfin compte que l’austérité est une mesure contre-productive dans une économie en récession".

Etienne de Callataÿ, chef économiste à la banque Degroof est moins catégorique "l’austérité ne devrait pas consister à supprimer massivement et aveuglément des dépenses mais être pratiquée de manière plus réfléchie : en faisant payer les gros capitaux par exemple, ou en diminuant les dépenses inutiles en cas de crise". Il estime plutôt que l’Europe (entendez la troïka FMI-BCE-UE) a "un devoir d’ingérence dans l’austéritéen imposant des mesures utiles".

FMI - austérité : erreurs en chaîne

Il y a quelques semaines, le FMI, par la voix de son économiste en chef Olivier Blanchard, avouait s’être trompé dans son évaluation de l’impact de l’austérité Aujourd’hui, les calculs à la base du raisonnement se révèlent biaisés. De là à dire que ces révélations auront un impact sur la politique menée (dictée ?) dans les pays européens en difficulté (Grèce, Espagne, Portugal), on en est sans doute encore loin. Etienne de Callataÿ rappelle que Marco Buti, responsable en chef de la commission européenne à l’économique et fervent défenseur de l’austérité, "attaquait encore vivement les " mythe sur l’austérité " en mars dernier ".

BF

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