La mobilité de demain passera-t-elle nécessairement par des bus et des trains gratuits ?

La mobilité de demain passera-t-elle par des bus et des trains totalement gratuits ? Ce n'est pas sûr. Bart Jourquin, professeur d’économie des transports à l’UCLouvain, rappelle que les transports en commun belges sont déjà en partie gratuits : "Le prix du billet représente aujourd’hui entre 20 et 25% de son coût réel. C’est ce qui rentre dans la billetterie TEC d’une manière ou d’une autre et le reste sont des subsides régionaux. On voit dans d’autres pays que le transport est de qualité, mais qu’il est particulièrement cher".

La gratuité en tant que telle ne répond pas à une demande de transport de qualité, qu’on parle de confort, de régularité, de service ou de ponctualité. À ce stade, quant à l’état de l’offre de transports en commun belges, on peut douter que de nombreux automobilistes acceptent de délaisser leur voiture pour se rendre au travail, même si le ticket de bus ou de train est gratuit.

"Il ne faut pas oublier que le transport en commun est un des éléments d’une chaîne de transport. Aujourd’hui, les gens doivent quitter leur domicile pour aller travailler ou pour aller à l’école. Ce n’est pratiquement jamais le cas où vous pouvez le faire en transport en commun à partir du pas de votre porte jusqu’à l’arrivée. Il y a donc toute cette réflexion à avoir : si je dois par exemple prendre ma voiture parce que j’habite à la campagne pour prendre un train, est-ce que je peux le faire dans de bonnes conditions ? Et ensuite, si j’ai une heure ou une heure et quart de train, est-ce que je peux oui ou non utiliser cette heure et quart pour des liens sociaux, pour discuter avec les autres, ou pour travailler ?", poursuit Bart Jourquin. Le professeur de l'UCLouvain rappelle que des billets communs, donc une offre intégrée des différentes sociétés de transport, n’est pas encore aboutie aujourd’hui.

Télétravail et coworking

Désengorger les routes aux heures de pointe, cela passera sans doute par une réduction de la mobilité en tant que telle : moins de déplacements, donc moins de personnes, et moins de marchandises à la fois sur les routes et sur le rail. Bart Jourquin expIique qu'il "y a 25-30 ans, on a eu un énorme mouvement des sociétés de services, telles que les banques ou les assurances, qui s’orientent vers les grands pôles qui sont Bruxelles et Anvers. Tous les gens qui travaillaient dans les pôles régionaux ont donc dû aller vers ces villes-là. On leur a d’ailleurs plus souvent offert une voiture de société pour que la pilule soit moins difficile à avaler. Aujourd’hui, on a tendance à se déplacer beaucoup plus qu’avant et c’est quelque chose que l’on observe depuis une vingtaine d’années, où on a ce qu’on appelle un découplage entre l’activité économique et l’activité de transport. L’activité de transport augmente de manière beaucoup plus rapide que l’activité économique, même si ça a l’air de se stabiliser un peu ces dernières années".

Pour réduire le nombre de déplacements, il y a deux idées à retenir : le télétravail d’une part et les espaces de coworking, entre autres.

Quant à la fameuse taxe kilométrique intelligente annoncée à Bruxelles, elle n’est manifestement pas prévue ou à l’ordre du jour en Wallonie.  Cela laisse penser que l’instauration d’un péage par zone à l’entrée de Bruxelles serait a priori le scénario le plus probable à ce stade.

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