La (mauvaise) qualité des logements, priorité de la lutte contre la précarité énergétique

De plus en plus de personnes craignent de pas pouvoir chauffer leur logement. Voilà ce que nous dit le dernier baromètre de la précarité énergétique de la Fondation Roi Baudouin. Pour résumer, la précarité énergétique est un mélange de pauvreté, de privation et de crainte. Il y a tout d’abord les ménages qui consacrent une part trop importante de leur budget au poste énergie – faute de revenus suffisants (14% des ménages belges).

Pauvreté, privation et crainte

Ensuite, il y a la précarité cachée de certains ménages (4,5%), qui se privent volontairement d’énergie – et ne la consomment donc pas. Et enfin, il y a la précarité " ressentie " de ceux disent craindre ne pas être en mesure d’honorer les factures. Souvent, ces ménages concernés n'ont que très peu de prise sur la manière qu'ils ont de se chauffer.

Non seulement les logements les plus accessibles en termes de prix ont connu une forte augmentation des loyers, ne sont pas assez nombreux, mais en plus leur qualité énergétique laisse souvent à désirer

Un ménage sur cinq touché par la précarité énergétique

Globalement, la proportion d’un ménage belge sur cinq touché par le phénomène reste stable depuis 2013 – et le lancement du baromètre. Pourquoi cette stabilité ? Selon Françoise Pissart, directrice à la Fondation Roi Baudoin, parce que nous sommes bien face à une précarité multifactorielle : " La météo a été plutôt clémente ces dernières années. Et malgré le constat d’une diminution du revenu disponible et d’une augmentation des prix de l’énergie (et donc de la facture) et des logements…et bien l’un dans l’autre les chiffres restent stables ".

Le parc de logements sociaux tourne autour des 6% en Belgique, contre 18% en France et 34% aux Pays-Bas

Familles monoparentales et personnes isolées

Les familles monoparentales et les personnes isolées sont particulièrement touchées par la précarité énergétique. Et ce sont justement ces publics-là qui occupent les segments inférieurs du marché immobilier belge. Or, non seulement les logements les plus accessibles en termes de prix ont connu une forte augmentation des loyers, ne sont pas assez nombreux, mais en plus leur qualité énergétique laisse souvent à désirer. Une des recommandations émises par la plateforme de lutte contre la précarité énergétique est donc sans surprise le développement de politiques de qualité du logement.

Un parc de logements sociaux insuffisants

Le parc de logements sociaux tourne autour des 6% en Belgique, contre 18% en France et 34% aux Pays-Bas. Ce qui veut dire que les belges les plus démunis paient en fait souvent bien cher le loyer d’un logement qui ne sera de surcroît pas efficace énergétiquement.

Des propriétaires trop peu incités à rénover

Soulignons aussi que les incitants existants sont trop peu nombreux - ou trop faibles pour encourager les propriétaires qui n’occupent pas leur logement à le rénover. Ces propriétaires ne sont que très peu pénalisés par l’inefficacité énergétique éventuelle de leur logement : ils n’en paient pas les factures d’énergie. Or, les performances énergétiques les moins bonnes en Belgique sont observées dans les biens en location. Les locataires c’est moins d’un tiers des ménages belges, mais des ménages qui ont des besoins en matière de rénovation énergétique souvent plus importants et des moyens financiers plus faibles. 

Des dispositifs existent, comme le souligne Françoise Pissard : " méthodes de financements alternatifs comme les tiers-investisseurs, les achats groupés ou les rénovations collectives…ou des prêts à taux zéro en Région wallonne, comme les éco-packs ou les réno-packs, qui sont aussi accessible pour les bailleurs "

Mais le constat reste pour l’instant sans appel, le bâti belge est vieux et polluant. Comme le rappelait encore récemment la Confédération de Construction, 80% du parc immobilier belge date d'avant 1985, et la performance énergétique du bâti laisse donc à désirer.  Les 5,5 millions de logements belges représentent 40% des émissions de gaz à effet de serre du pays.

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