La livre turque chute à son plus bas niveau historique, Erdogan exhorte les Turcs à changer leurs devises

La livre turque chute de 7% face au dollar, sur fond de crise diplomatique entre la Turquie et les Etats-Unis
La livre turque chute de 7% face au dollar, sur fond de crise diplomatique entre la Turquie et les Etats-Unis - © Yasin AKGUL

La livre turque a brutalement chuté vendredi, perdant quelque 7% de sa valeur face au dollar, sur fond de crise diplomatique entre la Turquie et les Etats-Unis et d'inquiétude face à d'éventuelles répercussions sur des banques européennes.

Cette chute spectaculaire survient alors que la Turquie est embourbée dans une grave crise diplomatique avec les Etats-Unis au sujet d'un pasteur américain détenu par Ankara. Ces deux alliés au sein de l'Otan ont imposé la semaine dernière des sanctions réciproques contre des responsables gouvernementaux.

Une rencontre entre de hauts diplomates américains et turcs mercredi n'a débouché sur aucune avancée notable en vue d'apaiser les tensions et des observateurs s'attendent désormais à ce que Washington impose de nouvelles sanctions pour accroître la pression afin de faire libérer le pasteur.

Outre ces tensions diplomatiques, les marchés s'inquiètent de la direction de la politique économique du président Recep Tayyip Erdogan alors que la banque centrale turque rechigne à relever ses taux pour contrer une inflation qui a pourtant atteint près de 16% en juillet en rythme annuel.

Erdogan ne convainc pas

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté ce vendredi ses concitoyens à changer leurs devises étrangères pour soutenir la livre turque à l'agonie, affirmant qu'il s'agissait d'une "lutte nationale" contre la "guerre économique" déclarée selon lui à la Turquie.

"Si vous avez des dollars, des euros ou de l'or sous votre oreiller, allez dans les banques pour les échanger contre des livres turques. C'est une lutte nationale", a lancé Erdogan dans un discours à Bayburt (nord-est) retransmis à la télévision.

"Ce sera la réponse de ma nation à ceux qui nous ont déclaré une guerre économique", a poursuivi M. Erdogan, pointant un doigt accusateur en direction d'un mystérieux "lobby des taux d'intérêt" dont il n'a pas défini les contours.

Craintes de contagion

L'inquiétude a dépassé les frontières turques vendredi avec la publication d'un article du Financial Times selon lequel la Banque centrale européenne est préoccupée par une éventuelle contagion de cette crise monétaire à certaines banques européennes très présentes en Turquie.

Des allemandes Deutsche Bank et Commerzbank aux italiennes UniCredit et Intesa Sanpaolo, en passant par l'espagnole Santander, les titres de grandes banques européennes évoluaient dans le rouge vendredi dans la matinée, pénalisés par la crise de la livre turque.

"Les investisseurs voyaient la crise monétaire en Turquie comme un problème local. Cependant, il semble que la rapidité de la chute (de la livre) renforce les inquiétudes d'une possible exposition de banques européennes au système bancaire turc", souligne Michael Hewson, un analyste de CMC Markets.

Crise de confiance

La chute de la livre survient à quelques heures d'un discours attendu du ministre des Finances Berat Albayrak, également gendre du président Erdogan, qui doit présenter le "nouveau modèle économique" du pays.

Depuis sa nomination à ce poste après la réélection de M. Erdogan en juin, M. Albayrak s'est efforcé sans succès d'apaiser les marchés qui voient d'un mauvais oeil la mainmise croissante sur les affaires économiques du président dont les positions peu orthodoxes inquiètent.

La livre turque chute à son plus bas niveau historique: bureau de change à Istanbul, ce 10 août

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