La Grèce doit-elle sortir de la zone euro ou y rester ?

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L'existence du plan mis au point par l'Union européenne, le 25 mars dernier à Bruxelles, pour venir en aide à la Grèce, n'arrive pas à rassurer les marchés. Jeudi, toutes les bourses européennes ont terminé dans le rouge. Certains réclament la sortie de la Grèce de la zone euro.

La Grèce ne parvient toujours pas à convaincre les marchés qui lui font désormais payer très cher le financement de ses déficits. Les taux des obligations grecques à dix ans ont atteint jeudi le niveau historique de 7,508%, du jamais vu depuis l'adoption de l'euro par la Grèce en 2001.

Cela signifie qu'elle doit actuellement débourser plus du double de l'Allemagne, référence des marchés, pour financer ses déficits. Dans ces conditions, les experts expriment désormais ouvertement leurs inquiétudes sur la capacité du pays à faire face à la crise financière.

C'est le cas de Geert Noels d'Econopolis, un bureau de consultance spécialisé dans le secteur de l'économie et des finances.

Interrogé par Françoise Gilain pour Ecomatin sur La Première en radio, l'ancien économiste en chef de Petercam affirme que "les problèmes grecques sont encore sous-estimés et que même avec l'aide budgétaire de l'Europe ou du FMI, la Grèce ne pourra sortir de sa crise".

D'abord parce que, selon lui, l'économie grecque n'est pas capable de supporter de telles charges. Ensuite parce qu'à ce problème, s'ajoute la fuite des capitaux. De nombreux Grecs retirent l'argent de leur banque en Grèce pour les placer à l'étranger. Selon l'institut d'émission grec, au total, 10 milliards d'euros ont ainsi été retirés des banques du pays en janvier et février par rapport à décembre 2009.

"La Grèce doit sortir de la zone euro"

Pour Geert Noels, il ne faut donc plus tarder, la Grèce doit sortir de la zone euro au plus vite : "La Grèce essaie de suivre une devise trop forte pour son économie et les solutions proposées jusqu'à présent, ne sont pas suffisantes (...) La Grèce pourrait sortir d'une façon ordonnée, avec l'aide de l'Europe et du FMI". Si elle ne le fait pas, un pays comme l'Allemagne pourrait le faire et dans ce cas, on risque un éclatement de la zone euro, dit-il.

Et de conclure : "On a fait une erreur en laissant les Grecs rentrer dans la zone euro car la Grèce est aujourd'hui un problème pour la zone euro et l'euro est également un problème pour l'économie grecque (...) Quand une situation n'est pas durable, il faut la changer".

Un scénario rejeté par Jean-Claude Trichet

Pour le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, il n'est pas question de laisser tomber la Grèce. Lors d'un point de presse à Francfort, jeudi, il a affirmé que le plan d'aide européen était "viable" en dépit des critiques dont il fait l'objet.

Côté grec, le porte-parole du gouvernement a écarté jeudi l'hypothèse d'un recours dans l'immédiat au plan de soutien européen et qui prévoit l'octroi de prêts européens et du Fonds monétaire international (FMI).  "Il n'y a pas de raison de prendre cette initiative pour le moment", a déclaré Georges Pétalotis. Ce vendredi, le ministre des Finances a renchérit : "Nous n'avons pas activé le plan d'aide".

Un scepticisme qui persiste

Mais l'Europe, Allemagne en tête, ne semble toujours pas prête à s'engager, et les conditions de déblocage de l'aide européenne décidée il y a quinze jours, avec l'appui du FMI, ne sont toujours pas éclaircies.

Selon certains analystes, l'hypothèse d'un recours au FMI uniquement, seule institution en mesure de débloquer les fonds nécessaires à des taux raisonnables pour la Grèce, est donc désormais à envisager sérieusement.

Les craintes des analystes sont d'autant plus fortes que le ministre grec des Finances Georges Papaconstantinou a reconnu que le déficit public pour 2009 serait révisé "au moins à 12,9%" du PIB contre 12,7% actuellement.

Une légère embellie sur le front des déficits a été toutefois annoncée par le ministère des Finances jeudi: le déficit public de la Grèce a baissé de 40% au premier trimestre 2010 à 4,3 milliards d'euros, sous l'effet des récentes mesures d'austérité.

 

 

C. Biourge avec F. Gilain et AFP

 

 

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Geert Noels ci-dessus.

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