La fragile santé financière des hôpitaux à l'heure du coronavirus

La fragile santé financière des hôpitaux à l’heure du coronavirus
La fragile santé financière des hôpitaux à l’heure du coronavirus - © THIERRY ROGE - BELGA

On est encore très loin d’un retour à la normale, mais depuis ce lundi, les consultations et les interventions non urgentes ont doucement repris dans une partie des hôpitaux, notamment à Bruxelles. Des hôpitaux accaparés jusqu’ici presque exclusivement par des patients Covid. Ce qui n’est pas sans impact financier.

A Bruxelles, le Chirec n’était déjà pas dans une très grande forme financière vu les très importants investissements consentis ces dernières années avec notamment la construction du site Delta. Aujourd’hui la crise du Covid n’arrange rien. " D’une part, nous avons eu à peu près un million et demi d’investissement et de frais supplémentaires strictement liés au coronavirus. Principalement des investissements pour ouvrir nos lits de soins intensifs, mais aussi pour le matériel de protection dont les prix ont parfois été multipliés par dix. De l’autre côté, on estime notre perte de cash-flow à environ 4 millions d’euros par mois " explique le Benoît Debande, directeur financier du Chirec.

D’importantes pertes de recette

Car pendant huit semaines, l’hôpital a perdu près de 80 pour-cent de son activité habituelle. Cela 80 pourcents de recette en moins. Le scénario est le même à peu près partout. Et le retour à la normale ce n’est pas pour tout de suite. Avec les mesures de distanciation sociale, la désinfection des locaux, moins de patients pourront être pris en charge chaque jour. Cela va peser aussi sur les finances comme le confirme Johan Kips, administrateur délégué d’Erasme. " C’est clair ! On ne va prendre aucun risque pour nos patients et notre personnel. La distance du mètre et demi doit être, par exemple, respectée dans les salles d’attente. Il y aura donc moins de rendez-vous. La reprise sera très progressive. Et toutes ces mesures de précaution, cela risque de durer " précise le professeur Johan Kips, administrateur délégué de l’hôpital Erasme. " A cela s’ajoute, et c’est logique, le fait que nous devons continuer à bloquer 25 pourcents de l’hôpital pour la prise en charge de patient Covid. Ce qui réduit la capacité pour la prise en charge des autres patients ".

La question est de savoir si on aura une petite ou grosse baisse d’activité

Les hôpitaux ne sont donc pas près de compenser leurs pertes. " Moi je suis peut-être un peu pessimiste " reconnaît Benoît Debande. " Mais la question maintenant est de savoir si on aura une petite ou grosse baisse d’activité plutôt que de se demander si on pourra revenir à une situation antérieure. D’autant qu’on ne sait pas si les patients vont revenir se faire soigner ou se faire opérer comme avant. La crainte du Coronavirus risque de perdurer surtout chez les patients plus âgés qui fréquentent beaucoup l’hôpital en temps normal. Et si on se projette un peu plus loin, avec la crise économique qui se profile, on peut se demander si la part du revenu des ménages attribué aux soins de santé ne va pas diminuer et donc avoir in fine un impact négatif sur l’activité de l’hôpital ".

Vers la faillite de certains hôpitaux ?

C’est la raison pour laquelle la fédération d’hôpitaux Santhea, tire la sonnette d’alarme d’autant qu’en 2019 déjà un tiers des hôpitaux belges étaient dans le rouge. Des faillites ne seraient pas à exclure dans les institutions qui ont les reins les moins solides. " Si demain on a quelques hôpitaux en moins, nous ne sommes pas certains qu’on puisse garantir à la population de pouvoir être pris en charge aussi promptement et d’une façon aussi professionnelle que maintenant. Il risque d’y avoir davantage de catastrophes et peut-être alors davantage de décès que ce qu’on a connu ".

Le fédéral a bien débloqué un milliard d’euros sous forme d’avance. De nombreux hôpitaux, parmi lesquelles Erasme, ont aussi bénéficié de dons. Mais cela sera-t-il suffisant ? Ce qui est sûr c’est que le débat autour du financement des hôpitaux va être relancé plus vite que prévu. " Il y a des choses qu’il va falloir maintenant remettre à plat ", poursuit Yves Smeets. " Le financement des hôpitaux doit être correct par rapport aux obligations qui lui sont faites. Il faut plus de personnel pour traiter les patients. Et il va falloir aussi préparer le futur. Les spécialistes nous disent que ce ne sera peut-être pas la dernière pandémie. Donc il va falloir aussi que nous ayons des plans de réponse par rapport d’éventuelles crises à venir. En ce compris, sans doute, des unités de soin qui vont être spécifiquement conçues pour pouvoir faire face à ce type de pandémie ".

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