La faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers, premier domino de la dernière crise économique majeure au niveau mondial

Dix ans après sa disparition, son nom résonne toujours comme celui d’un tocsin annonçant une catastrophe. Il faut dire que Lehman Brothers n’était pas une banque comme les autres. C’était une banque d’affaires, une banque d’investissements, la quatrième plus grosse banque américaine, dont le siège sur la 7ème Avenue à New York offrait une vue magnifique sur l’Hudson. Mais dans la nuit du 14 au 15 septembre 2008, ce qui était un authentique fleuron de Wall Street tombe en faillite. Les chiffres sont affolants : il est question de 639 milliards de dollars d’actif et de 613 milliards de dollars de passif. C’est du jamais vu, non seulement à Wall Street, mais sur la planète entière, qui va subir les conséquences de cette faillite au travers d’une crise économique majeure comme elle n’en n’avait pas vécu depuis 1929.

Cinq questions pour comprendre

La faillite de Lehman Brothers est un véritable cas d’école, qui mérite donc l’éclairage d’un expert : aujourd’hui professeur de finance à l’Université de Namur, Oscar Bernal se souvient parfaitement de cette faillite retentissante. A l’époque, il était l’un des économistes de l’équipe de recherche au sein du département économique de la banque ING. Il répond pour nous à ces cinq questions : pourquoi cette banque est-elle tombée en faillite, était-ce imprévisible, inévitable, imaginait-on son impact et serait-ce encore possible aujourd’hui ?

Pourquoi Lehman Brothers est-elle tombée en faillite ?

"Le premier élément de réponse est à trouver dans le marché immobilier américain où une bulle spéculative s’était créée durant les années 2000, entraînant une accumulation de produits toxiques  dans le système financier américain (les fameux subprimes), ce qui a entraîné au moment de l’éclatement de cette bulle des pertes énormes qui sont la principale cause de la faillite"

Cette faillite était-elle imprévisible ?

La réponse d’Oscar Bernal est très claire, c’est " Non " ! " Dès 2006, des problèmes avaient commencé à apparaître sur le marché immobilier américain avec des pertes importantes. D’autres banques (Bear Stearns ou encore Fanny Mae et Freddie Mac, les deux géants du prêt hypothécaire) ont déjà connu des problèmes qui ont amené les autorités à devoir intervenir. Par ailleurs, un certain nombre d’indicateurs de risques financiers étaient déjà dans le rouge au moment de la faillite. Les signes annonciateurs de difficultés majeures étaient déjà donc présents. Le monde de la finance savait que des difficultés étaient en train de s’accumuler et que le risque de faillite était important sans une intervention des autorités publiques pour permettre un redressement de la banque."

Était-elle dès lors inévitable ?

"Elle était inévitable à partir du moment où les autorités ont décidé de ne pas intervenir. Ce qu’elles avaient fait pour d’autres institutions, elles ont décidé de ne pas le refaire pour Lehman Brothers, sans doute avec l’objectif de créer un exemple et d’éviter un problème d’aléas moral, autrement dit, si l’on sauve quelqu’un qui a fait des excès, cela ne va pas inciter les autres ne vont pas se discipliner puisque existe la possibilité d’être sauvé."

Avait-on estimé l’impact de cette faillite ?

"Dès que la décision a été prise de ne pas sauver la banque Lehman Brothers est apparue la question de l’impact pour la stabilité du système financier mondial. Et là, il y a sans doute eu une sous-estimation des effets de cette décision de laisser tomber la banque et on s’en est très vite rendu compte : dans la mesure où Lehman Brothers était un nœud important de la finance mondiale, sa défaillance a entraîné une grave crise de confiance qui a amené un blocage du système financier international."

Un tel scénario serait-il encore possible aujourd’hui ?

"La réponse est oui puisque la faillite de Lehman Brothers a résulté de la décision des autorités de ne pas intervenir. Une banque qui se retrouverait aujourd’hui dans une situation similaire, sans soutien des autorités, verrait forcément la faillite arriver. La différence par rapport à il y a dix ans, c’est qu’un certain nombre de mécanismes ont été mis en place pour qu’en amont ne puissent pas se développer les mêmes excès, les mêmes accumulations de produits toxiques qui entrainent les difficultés telles que celles que nous avons vues pour Lehman Brothers."

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