"La faiblesse principale de l'Espagne, c'est la situation des banques"

André Sapir, économiste et professeur à l'ULB, était l'invité de Matin Première ce mercredi.
André Sapir, économiste et professeur à l'ULB, était l'invité de Matin Première ce mercredi. - © RTBF

André Sapir, économiste et professeur à l'ULB, était l'invité de Matin Première ce mercredi pour évoquer la situation économique en Europe. S'exprimant largement sur l'Espagne, officiellement entrée en récession, il estime que son principal problème vient des banques qui font les frais d'une importante crise immobilière.

"L’Espagne présente un certain nombre de faiblesses", dit-il, mais "la faiblesse principale de l'Espagne, c'est la situation des banques".

Un problème qui persiste depuis deux ans déjà. En cause, "une crise immobilière très importante qui a créé des difficultés au niveau bancaire". Ces banques ont prêté de l'argent et "vraisemblablement elles ne pourront pas être remboursées ou en partie".

"Il faut nettoyer cette situation-là", "mettre de l'ordre dans les banques le plus rapidement possible".

En attendant, le pays se retrouve dans une situation "assez dure" avec un taux de chômage qui a atteint 25% et une perspective de croissance quasi nulle (-0,3% pour l'année 2012) pour la zone euro.

Une situation à la grecque ?

A la question de savoir si la situation actuelle de l'Espagne est comparable à la situation grecque, André Sapir estime que non, "ce n'est pas la même logique".

"Le niveau de la dette publique est différent. L’Espagne a entamé la crise avec un niveau de dette très faible qui a ensuite fortement augmenté avec la situation des banques, mais cela reste gérable".

L'Europe et son problème de croissance

De manière plus générale, "l'Europe a un problème de croissance sur le moyen terme et le long terme", estime l'économiste.

Avant la crise, dit-il, il y avait déjà un problème de croissance. Elle était molle à cause notamment d'une démographie pas toujours favorable en Europe.

Aujourd'hui, elle "a besoin d'améliorer les fondamentaux de la croissance, c'est à dire améliorer la productivité, changer un petit peu notre modèle de croissance en Europe" comme les pays nordiques et l'Allemagne ont réussi à le faire.

En d'autres termes, il faut "des réformes structurelles pour adapter l'économie européenne à l'économie mondiale qui a fortement changé et aussi au vieillissement de notre population".

"Ça, c'était ce qu'on avait avant la crise. Là-dessus est venue la crise qui pose la question de croissance à court terme et là, on peut parler de politique de demande pour essayer de soutenir la croissance, pour éviter qu'un certain nombre de pays ne tombent à leur tour dans une situation difficile".

Donner plus de ressources à la BEI

Ce problème de long terme, c'est "là-dessus qu'il faut s'atteler". "Il aurait fallu le faire il y a 5 ans, il aurait fallu le faire il y a 10 ans et c'est encore plus nécessaire aujourd'hui", martèle André Sapir.

L’Europe doit investir davantage de ressources dans la croissance, "mais aussi mieux dépenser au niveau du public", dit-il.

"On peut penser à un certain nombre de leviers et le premier, c'est la banque européenne d'investissement (BEI)". Et de proposer de "donner davantage de ressources, du capital supplémentaire, à la BEI pour qu'elle puisse elle-même prêter à d'autres qui prêtent".

Renégocier le traité de discipline budgétaire ?

Enfin, à la question de savoir s'il faut renégocier le traité de discipline budgétaire, comme le réclame le candidat socialiste à l'élection présidentielle en France, André Sapir estime que cela n'est pas réaliste. "Ce qui me semble réaliste, c'est d' ajouter au traité un volet croissance par l'intermédiaire d'un nouveau traité".

C. Biourge

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