La douane embauche pour aider les entreprises lors du Brexit

141 futurs douaniers sont actuellement en formation
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141 futurs douaniers sont actuellement en formation - © Tous droits réservés

Non, le métier de douanier n'a pas disparu. Il connait même une seconde jeunesse à quelques semaines du Brexit. L'administration des douanes vient en effet de recruter 141 douaniers qui prendront leurs fonctions dans les prochaines semaines. Et ce n'est qu'un début, deux cents autres pourraient suivre bientôt.

A Bruxelles, dans les locaux du ministère des Finances, une vingtaine de nouvelles recrues complètent leur formation. Elles seront bientôt affectés au contrôle des marchandises dans les aéroports de Zaventem et Charleroi ou dans les ports d'Anvers et Zeebrugge.  Les formalités douanières seront en effet, sans doute beaucoup complexes après le 29 mars, date prévue pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne. Elles occasionneront aussi un surcroit de travail pour les douaniers. A titre d'exemple, l'administration des Douanes s’attend à une hausse de 47% du nombre de déclarations d’exportation.

Eviter le chaos aux frontières de l'Union Européenne et notamment à Zeebrugge

L'Angleterre est le premier partenaire commercial du port de Zeebrugge. Quarante-trois pour cent des marchandises viennent ou partent à destination du Royaume-Uni, principalement des voitures, du textile et de l'alimentation. En ce début février, sur les grands parkings de la douane qui jouxtent les quais, les douaniers vérifient les documents d'un camion roumain qui s’apprête à embarquer avec sa cargaison de pneus.  La journée est calme et le camion passera sans encombre le scanner qui va contrôler son contenu. Après le 29 mars, les délais d'attente seront vraisemblablement allongés et les équipes de douaniers réorganisées. L’administration des douanes propose aussi d'étendre les visites de douaniers directement dans les entreprises, là aussi, afin d’accélérer le passage de la frontière.  

Beaucoup d'entreprises n'ont pas encore pris conscience de l'impact du Brexit

Selon l’Administration générale des Douanes et Accises, les trois quarts des entreprises commerçant avec le Royaume-Uni ne disposeraient pas (ou pas encore) du numéro EORI (numéro d’identification pour la douane), pourtant bientôt indispensable.  L'administration prévoit de contacter cinq mille sociétés directement par téléphone. Les autres recevront des courriers pour leur rappeler les formalités indispensables à accomplir. Genevière Roberti est consultante en exportation, spécialiste de l'Angleterre et elle le constate tous les jours, beaucoup de PME n'ont aucune idée de ce qui les attend. A Ghislenghien, dans le Hainaut, la société Alimad Food vend des eaux aromatisées à l'eau de rose ou à la fleur d'oranger pour la cuisine exotique. Des produits que la responsable de l'entreprise, Corinne Joubran, espère continuer à vendre de l'autre côté de la Manche après le Brexit, mais elle n'en est pas sûre, loin de là! 

L'Angleterre est désormais imprévisible et cela nous inquiète

"Comme toutes les PME qui vendent en Angleterre, nous ignorons de quoi l'avenir sera fait. Si la livre perd encore de sa valeur, nos produits seront trop chers et si des droits de douanes sont appliqués en plus, ils pourraient devenir invendables".

A quelques dizaines de kilomètres de là, la société Food' N Joy vend des bouchées apéritives dans le monde entier. Chaque année, quinze pourcent de la production prend la direction de la Grande-Bretagne. Arnaud Bonnel, le directeur général a l'habitude de jongler avec les formalités douanières mais pour lui, la réinstallation des droits de douane avec l'Angleterre et les contrôles administratifs aux frontières, c'est indéniablement une recul. Un peu comme si on retournait plusieurs dizaines d'années en arrière. Il redoute aussi les files de camions aux postes frontières et peut-être des jours voire des semaines d'attente sur les parkings de Zeebrugge ou de Calais.

"On a encore une chance qu'ils restent dans l'Europe"!

Après le net rejet par les députés britanniques de l'accord de sortie négocié entre Theresa May et l'Union Européenne, la Première ministre multiplie les contacts de part et d'autre de la Manche. Il serait donc encore possible de divorcer en douceur. Geneviève Roberti, la consultante en exportation y croit encore (un peu?). "De plus en plus d'anglais se rendent compte qu'ils vont perdre beaucoup en quittant l'Europe. Tout récemment, un accord de libre-échange a été conclu entre l'Europe et le Japon, et les anglais en seront exclus".

Il reste à présent une cinquantaine de jours pour trouver un accord satisfaisant pour l'Europe et pour le Royaume-Uni. A défaut, l'avis de tempête sur les relations trans-Manche est déjà annoncé. Il pourrait faire tanguer les entreprises qui ne seraient pas suffisamment arrimées.

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