La Construction tire la sonnette d'alarme: les carnets de commandes se vident dangereusement

La construction, témoin du moment économique que vivent certains secteurs : il n’y est pas encore question de faillites en masse, mais les carnets de commandes commencent à se vider dangereusement, signe d’une reprise économique beaucoup plus lente qu’attendue.

Ne nous y trompons pas, malgré des chiffres de l'immobilier annoncés en "surchauffe" en Wallonie et en Flandre, il en va autrement de la construction. Ces derniers mois, de nombreuses boîtes ont en fait exécuté des contrats passés avant le confinement. Au mois de février, les carnets de commandes pour le gros œuvre des bâtiments étaient remplis pour 6 à 7 mois. Inutile de préciser que la situation s’est détériorée depuis.

Le travail actuel est souvent encore basé sur des contrats signés en janvier ou février

"Fin août, pour une entreprise sur deux, les carnets de commandes sont retombés à moins de trois mois", souligne Veronique Vanderbruggen, responsable relations publiques de la Confédération de la Construction. "La période de crise et de confinement a mis en quelque sorte le secteur de la construction dans le coma. Le travail actuel est souvent encore basé sur des contrats signés en janvier ou février. La construction vit des investissements des particuliers, de l’industrie ou des pouvoirs publics – et la production n’arrive que six mois plus tard".

Reports de commandes

Les carnets de commandes se vident. Et le secteur était déjà considéré comme vulnérable avant la crise – parce que composé de nombreuses petites entreprises qui ne disposent en général que de peu de liquidités pour tenir le coup. Et "les entreprises voient ce qui se passe. Des gens qui reportent les commandes. Des contrats signés mais retardés par certains consommateurs, par crainte de l’avenir ou parce qu’ils vivent une situation financière difficile".

La sonnette d’alarme est tirée : les intentions de licenciement augmentent. 4 entreprises de la construction sur 10 prévoient de licencier du personnel d’ici à la fin de l’année (38%). Voilà pour les chiffres de fin août. Deux mois plus tôt en juin c’était la moitié (22%).

Quand même des embauches

Et pourtant, en Wallonie la Confédération de la Construction a relancé il y a quelques jours une campagne de communication sur les métiers, carrières et formations. Vous avez dit paradoxe ? C’est une sorte de dualité que vit le secteur. Deux faces d’une même réalité qui se côtoient. Avec il est vrai, d’un côté la crise actuelle, "avec un impact que l’on espère bien limité à une certaine période".

Mais d’un autre côté, le secteur a besoin d’embaucher, confirme Véronique Vanderbruggen, parce que les métiers en pénurie le sont toujours. Et que "le secteur est en transition. La société évolue. Les exigences climatiques, énergétiques, les évolutions numériques, tout cela a transformé énormément les profils que l’on recherche. De plus en plus de profils techniques, de plus en plus en plus de mains douées et intelligentes, pour réaliser des logements peu énergivores, de la domotique, etc. Et dans ce sens, oui, le secteur a besoin de main d’œuvre, et… Oui, il est sensible à la crise".

Oui, le secteur a besoin de main d’œuvre, et… Oui, il est sensible à la crise

Comme dans de nombreux secteurs, qui sont en transformation, il y aura donc dans les mois qui viennent sans doute deux mouvements en apparence contradictoires : des embauches, d’un côté, pour les profils les plus recherchés, et de l’autre, des faillites et des licenciements – quand les dégâts de la crise du Covid deviendront pleinement visibles, en quelque sorte.

Une relance d'urgence

"Il y aura des dégâts. Et notre rôle en tant qu’organisation professionnelle, c’est bien de montrer les signaux d’alarme que nous voyons aujourd’hui à ceux qui ont le pouvoir d’agir – nos gouvernements. On ne peut pas attendre les faillites avant d’agir, il faut lutter avant qu’elles n’arrivent.

Et c’est pour ça que la construction réclame à cor et à cri un plan de relance, de toute urgence. Il rejoint en cela, la déclaration du Groupe des 10 – qui regroupe les partenaires sociaux, syndicats et employeurs au niveau fédéral, de ce lundi : la demande d’un plan d’investissements ambitieux qui doublerait les investissements publics de 2 à 4% de PIB belge, notamment pour l’isolation et la rénovation du parc immobilier. Qu’il soit privé ou public.

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