La compagnie Ryanair profite-t-elle de la crise pour remettre en question des acquis sociaux ?

La compagnie Ryanair veut supprimer au moins  3000 emplois et annonce des baisses de salaire. La Belgique ne sera pas épargnée.
La compagnie Ryanair veut supprimer au moins 3000 emplois et annonce des baisses de salaire. La Belgique ne sera pas épargnée. - © ROBIN TOWNSEND - EPA

Ryanair vient d’annoncer un vaste plan de restructuration. La compagnie low cost irlandaise veut fermer certaines bases au Royaume-Uni, en Allemagne et en Espagne. 3000 emplois devraient passer à la trappe. La Belgique ne sera pas épargnée. Des efforts très importants sont aussi demandés à ceux et celles qui resteront. Certains pilotes estiment que Ryanair vise uniquement la rentabilité à tout prix et profite de la crise du coronavirus pour faire passer ses mesures.

Dans un courrier envoyé aux syndicats, Ryanair annonce vouloir se séparer de 30% de ses effectifs. Ceux qui restent gagneront moins : la baisse serait de 20% pour les pilotes et de 10% pour le personnel de cabine. Pour Yves Lambot de LA CNE, ce qui est encore plus interpellant, c’est la volonté de la compagnie low cost d’imposer ces mesures durant 5 ans : " On ne sait pas quand cette crise finira exactement mais ce serait beaucoup plus logique que ces diminutions soient remises en question dès qu’il y aura une reprise. C’est clairement interpellant de voir que Ryanair veut balayer toutes les avancées salariales obtenues après les grèves de 2018 qui ont permis d’obtenir enfin des contrats belges pour le personnel ! "

Du coté des pilotes, les mesures d’économie passent très mal : " C’est indécent s’indigne l’un d’eux sous couvert de l'anonymat! La compagnie vient d’annoncer un bénéfice annuel d’1 milliard d’euros. Bien sûr, le dernier trimestre a déjà coûté 200 millions mais il y a de la marge et la situation chez Ryanair est bien moins dramatique que par exemple chez Brussels Airlines ! En plus la compagnie ne tient pas ses promesses. A titre d’exemple, on attendait des augmentations prévues dans le cadre de conventions signées avec les syndicats mais Ryanair fait tout pour ne pas honorer ses engagements ! Ce sont des pratiques dignes de voyous ! "

Autre problème et non des moindres : la compagnie irlandaise n’a pas fait les démarches correctes qui permettaient à son personnel de toucher le chômage temporaire en Belgique. Le nombre de jours de travail déclaré ne correspond pas à ce qui a été réellement presté. Certains n’ont reçu que la moitié de ce à quoi ils avaient effectivement droit, soit entre 700 et 800 euros. " C’est franchement de l’amateurisme explique un ancien commandant de bord. Non seulement ils ne maîtrisent pas la législation belge mais je pense que c’est aussi une façon de maintenir la pression. Quand vous avez le couteau sous la gorge vous êtes fatalement plus docile ! Et je ne vous parle pas des congés impossibles à prendre en période de vacances ou encore des pécules de mes anciens collègues qui n’ont toujours pas été payés! "

Actuellement les promotions sont aussi bloquées : impossible par exemple de passer commandant de bord à moins d’accepter de travailler dans la filiale polonaise Buzz où les droits sociaux sont nettement moins favorables pour le personnel.

Plus grave encore, les plus anciens pilotes engagés avant 2012 étaient jusqu’ici sous contrat irlandais. Cette année ,ils sont passés sous contrat belge. Une bonne chose a priori mais les démarches auprès de l’ONSS n’auraient pas non plus été faites correctement. Résultats : certains n’ont actuellement plus de mutualité ni de droits au chômage.