La Commission européenne sanctionne la Hongrie pour son déficit

Vue du Parlement hongrois, à Budapest,le 10 février 2012
Vue du Parlement hongrois, à Budapest,le 10 février 2012 - © Attila Kisbenedek

Les relations continuent de se dégrader entre la Hongrie et la Commission européenne, qui a proposé mercredi de geler des aides promises au pays pour sanctionner un déficit public trop important, un nouveau bras de fer alors que Budapest est déjà dans le collimateur de Bruxelles pour des lois controversées.

Excédée par la situation de Budapest dont le déficit dépasse les seuils autorisés en Europe depuis 2004, la Commission européenne est passée à l'action en proposant de priver le pays de 495 millions d'euros de subventions de l'UE en 2013.

Cette somme correspond à un peu moins d'un tiers des 1,7 milliard d'euros que le pays peut percevoir en 2013 du Fonds de cohésion, qui fournit de l'aide aux régions défavorisées de l'Union européenne, et notamment dans les ex-pays communistes d'Europe de l'Est ayant adhéré au bloc en 2004 et 2007.

La menace de sanction tombe au plus mal alors que la Hongrie ne peut plus se financer sur les marchés à des taux supportables et a besoin de 15 à 20 milliards d'euros, une somme qu'elle compte obtenir sous forme de prêts du Fonds monétaire international et l'Union européenne.

La proposition de geler des fonds, faite en vertu de nouvelles prérogatives de l'exécutif européen, doit être vue comme "une incitation forte pour que la Hongrie mène de solides politiques budgétaires", a estimé le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn.

Elle doit d'abord être avalisée par les chefs d'Etat et de gouvernement européens début mars à Bruxelles. Ensuite, Budapest aura jusqu'à fin 2012 pour prendre des mesures adéquates, sachant que la mesure sera effective début 2013.

Dans le meilleur des cas, le gouvernement hongrois pourrait présenter un budget correctif pour 2012 et un projet de budget 2013 permettant de réduire le déficit budgétaire sous la barre limite des 3% du produit intérieur brut du pays, le seuil maximal toléré dans l'Union européenne.

"La balle est dans le camp de la Hongrie", a résumé le commissaire en charge de la politique régionale, Johannes Hahn.

Cette décision a fait bondir le gouvernement hongrois, qui a déjà maille à partir avec l'Union européenne pour la politique menée par son Premier ministre, le controversé Viktor Orban. Budapest a parlé d'une initiative "incompréhensible", "juridiquement contestable", et qui ne prend pas assez en compte les efforts du gouvernement.

Le pays a certes pris des mesures pour réduire son déficit budgétaire, "malheureusement, elles ont été jugées insuffisantes ou non soutenables", a répondu un porte-parole de la Commission européenne, Amadeu Altafaj.

Le déficit hongrois s'est bien inscrit en 2011 sous le seuil des 3%, mais uniquement grâce à des mesures exceptionnelles qui ont masqué le dérapage des finances du pays, déplore Bruxelles qui va publier jeudi de nouvelles prévisions économiques pour la zone euro et l'UE, portant sur la croissance et les déficits notamment.

Le gouvernement hongrois a notamment nationalisé les caisses de retraites privées du pays et transféré dans le portefeuille de l'Etat les cotisations qui y avaient été versées. Sans cela, le déficit aurait été d'environ 6% en 2011.

L'admonestation de la Commission intervient dans un contexte tendu. Le Premier ministre Viktor Orban est accusé de dérive autoritaire par ses opposants et a été sommé par l'exécutif européen, gardiens des traités de l'UE, de modifier plusieurs lois controversées risquant aux yeux de leurs détracteurs de réduire l'indépendance de la Banque centrale et de permettre au pouvoir de contrôler le pouvoir judiciaire notamment.


AFP
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